‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 30 sur 133 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

ET JEANNE D'ALBRBT. 81

Pootac, rue du Chapeau-Rouge^. Aussitôt qu'elle fut descendue de sa litière, le parlement, en robes rouges, se présenta à la porte de son logis. Le roi de Navarre attendait : € Ne faites point de difficultés de c vous mettre à genoux, dit-il, car le roy veult et m'a c commendé qu'on fasse autant d'honneur à la royne c qu'à luy. Je remets beaucoup de ma grandeur, c comme vous voyez, pour l'amour d'elle; ce que je c ne ferois pas autrement. > Le parlement entra ; la reine était assise et se leva à demi pour recevoir les salutations des conseillers. A sa droite, se tenaient debout Jeanne d'Albret et Mademoiselle de Montpensier. Le roi de Navarre, le prince de la Roche-sur- Yon et Antoine de Noailles étaient à sa gauche. Le président Pierre de Roffignac, qui remplaçait Jacques-Benoit de Lagebaston, alors disgracié, prononça une courte harangue. Elisabeth répondit : c Je vous remercie de « l'honneur qu'il vous plaist me faire. Je le feray « entendre au roy mon frère. Si je puis vous faire « plaisir, je le feray de bon cœur. » Le 9 décembre, elle rendit au parlement une visite solennelle, avec son cortège, et reçut de nouveaux compliments d'apparat^. Les autres journées se passèrent en fêtes et en spectacles c tant de toreaux et dogues que de mome-

i . Lettre d'un témoin rapportée dans Antoine de Noailles à Bor- <feau«, par M. Tamizey de Larroque, p. 68. — On conserve parmi le» autographes de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg (^ol. XVI) une lettre de la princesse Elisabeth au cardinal de î^ïTaine, en date de Tolède et du 16 avril 1560, par laquelle elle appuie une requête du s. Pontac, chez lequel elle avait été logée

* *on passage à Bordeaux, î. Devienne, Hist. de Bordeaux, t. I, p. 131. C'est par erreur

qu'il fixe rentrée de la reine au 6 septembre au lieu du 6 décembre.

c ries et comédies à sa louange > , dont elle marqua sa satisfaction à Antoine de Noailles ^ .

Antoine espérait, par ce vain étalage, prévenir favorablement la cour d*Espagne, toujours exigeante sur Tétiquette. A chaque étape, le plus beau logis était réservé pour la princesse et pour sa maison. Quand le cortège royal eut franchi la frontière du Béam, Antoine intervertit les rôles et reprit ses droits de souverain. Le premier logis était retenu par ses fourriers, le second par ceux de la reine. Son droit ne s'exerça pas sans conteste. Le secrétaire espagnol que Gbantonay avait donné à sa maîtresse, André Gallen^, protesta ; les oflficiers français partagèrent l'avis de l'Espagnol. Battu par les juges naturels du différend, les représentants de la France, Antoine se retrancha nettement dans sa dignité royale; il fallut lui obéir ^. C'est ainsi que, d'étape en étape, le cortège royal traversa le Béam jusqu'à Pau, où les voyageurs arrivèrent le 21 décembre*.

La reine d'Espagne se reposa quelques jours au château, entourée des soins du roi et de la reine de Navarre^. Le jour de Noël on tira une blanque ou

1. Lettre d un témoin publiée dans Antoine de Noailles à Bor* deaux, par M. Tamizey de Larroque, p. 69.

2. Dans sa lettre du 23 novembre, Chantonay dit que, se sentant malade, il ne peut accompagner la reine et qu'il confie ce soin au secrétaire André Gallen (Arch. nat., K. 1492, n* 78).

3. Palma Gayet, Chronologie novenaire, liv. I, coll. du Panth, liit., p. 176.

4. Lettre datée de Pau et du 21 décembre 1559 (Calendars of State papers, foreign séries, 1558-1559, p. 214). — Suivant une lettre de Gabriel de la Gueva au roi d'Espagne, du 25 décembre, elle n'y serait arrivée que le 22 (Orig.; arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 357, f. 87).

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