DeThou, liv. XXIII, éd. de 1740, t. U, p
ET JEANNE D*ALBRBT. 95
€ mofxle. » Heureusement pour lui, son humeur légère prenait le dessus sur sa mauvaise fortune : c Si vous c aviez l'estomac aussi vieil et morfondu comme je le c pense gaillard, je vous ferois feste de nos vins ; mais c voilant comme vous faictes pour Tamour S je donne c maintenant le bouquet des flaquons à ceulx qui les € ayment mieulx que les dames ^. >
Antenne avait d'autres intrigues en jeu. Au mois de novembre précédent, il avait profité de la visite que le comte de Buendia, ambassadeur extraordinaire auprès de la princesse Elisabeth, lui avait faite à Blois pour proposer à Philippe II une entente conmiune sur une place de la Barbarie, autour de laquelle il se vantait d'avoir des intelligences. L'ambassadeur n'avait fait aucune réponse à ces propositions ; mais le prince avait pris sa réserve pour un acquiescement. Après a voir congédié le s. d'Odoz, Philippe II, décidé à refuser tout égard au roi de Navarre dès que la reine aurait édiappé à sa tutelle, s'occupa de dégager sa parole un peu compromise par le silence du comte de Buendia. Le 24 décembre, au moment où Elisabeth touchait aux frontières d'Espagne, il écrivit à Ghantonay : c Quant à ce que assure M. de Vendôme qu'il auroit c le moyen de nous faire avoir une place forte c en Barbarie, il nous tient le même langage ici ^.
1. Florimond Robertet de Fresne était amoureux de la belle Jeanne de Piennes, délaissée par François de Montmorency, et était à la veille de Tépouser (Mémoire publié dans le t. VI des Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris, p. 200 et suiv.)-
2. Lettre datée de Pau, du 21 janvier 1559 (1560) (Lettres d'Ant. de Bourbon et de Jeh. d'Albret, p. 187).
3. Le roi de Navarre n'était pas encore arrivé sur la frontière
c Nous lui répondîmes que, sans savoir qudle étoit c cette place ni le moyen qu'il avoit à sa disponc tion, nous n'avions qu'à le remercier de sa bonne c volonté ^ » Jamais refus plus méprisant ne (at signifié avec plus de hauteur railleuse. Le jour où Philippe II écrivait cette lettre, Ghantonay était à la cour de Blois et le roi de Navarre à Pau ; la réponse ne pouvait donc être remise promptement à son adresse.
Le refus du roi d'Espagne arriva trop tard poor arrêter l'expédition de Barbarie. Antoine avait armé quelques gentilshommes, le capitaine Montfort, les frères Billy de Prunay, neveux de Grespin de Bridianteau, évèque de Senlis, un seigneur portugais, ncHumé Melchior Vaez, Buade et un bon nombre d'aventuriers. Antoine de Noailles avait frété les navires de transpmi et réuni les munitions à Bordeaux, au Gapbreton et dans d'autres villes de la côte ^.
Depuis deux ans, le roi de Navarre avait ouvert des négociations, par l'intermédiaire d'un agent, appelé
(l*E8pagne à la date du 24 décembre. Philippe II parie sans doute des propositions de Tambassadeur béarnais, don Pedro d'Albrei, en qui il personnifie le roi de Navarre.
t. ff ... Y en lo que toca a lo que os dijo que ténia medio de ff hacernos aver a las manos una plaza en Berberia (Al s. de Ven* t dôme), lo mismo nos dijo y a aqui, de suerte que le respondiff mos que, sin saber que plaza era ni el medio que tendria para t hacerlo que decia no teniamos ({ue decir mas de agradecerle su t buena voluntad. » (Lettre du '24 décembre, écrite de Tolède ; orig. espag., Arch. nat., K. 1439, n« 13.)
2. I^ettre de Buade à L*Aubespine, du 3 septembre 1560 {Néçth' nations snus François II, p. 506). Voyez aussi les documents inédits que nous citons plus loin et spécialement la lettre du duc dWlbuqnerque du 17 février 1560 (Gop. esp.; Arcb. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).
BT JBANNB D'aLBRET. 97
Babelo, avec le schénf de Fez*. Son desseiii, d'après les confidences que recueillit l'ambassadeur d'Espagne, était d'obtenir, par trahison ou autrement, la livraison d'une ville voisine de la côte ou d'un port de mer, probablement Géina, près de Geuta. Fortement établi dans cette position, il se flattait de conquérir Zaquer, près de Tarife, et de l'ofiFrir à Philippe II ^. Suivant un rapport d'espion adressé au duc d'Albuquerque, il avait même formé un projet plus large. Le schérif lui avait promis de l'aider à prendre les ports de Tanger et de Geuta en retour de l'appui que la France lui prêterait pour se rendre indépendant du Grand Turc. Monfort voulait y installer ses compagnons d'armes, et, le premier établissement formé, revenir en France. Il devait alors publier le récit de ses aventures et présenter l'expédition sous ces couleurs merveilleuses, qui, depuis le commencement du siècle, attiraient tant de navigateurs vers les terres promises d'outre-mer, offrir sa nouvelle conquête au roi de Navarre, lever, avec la connivence de ce prince et peut-être sous son comniandement, une armée de 1 0,000 hommes et entraîner ses troupes avec lui en Afrique afin d'aider le schérif à secouer le joug du Grand Turc ^ . Gette campagne audacieuse est qualifiée par Buade t des belles que se sau- « roit faire * > . Il est vrai que le nord-ouest de l'Afrique
1. Brantôme dit un mot de ces négociations (t. IV, p. 362, édit. de la Soc. de THist. de France).
2. Lettre originale de Chantonay au roi d'Espagne, du 17 jan- ^er 1560 (Arch. nat., K. 1493, n<» 30). Ces indications de villes ûe sont présentées par Chantonay que comme des probabilités.
3. Lettre du duc d'Albuquerque au roi d'Espagne, du 17 février Ï560 (Copie esp.; Arch. de la secret. d*État d'Espagne, leg. 358, f. 52).
^ Lettre de Buade (Négociations sous François II, p. 506).
semblait une proie facile. Le pays, habité par les descendants dégénérés des Maures d'Espagne, était divisé en deux royaumes, le Fez et le Maroc, habitués à se dominer et à se piller successivement. En ce moment le Maroc remportait. Âbdalla, fib de Mahomet, à b suite des plus étranges péripéties, réunissait le Fa au Maroc ^
Les Espagnols s'étaient toujours montrés jaloux de leur suprématie sur les côtes d'Afrique, mais les circonstances justifiaient alors leurs dispositions haineuses. La guerre entre les chrétiens et les infidèles continuait le long des côtes de b Méditerranée comme au temps des Croisades. Un corsaire africain, Dragut, maître de Tripoli, pillait sans merci les villes chrétiennes du littoral et se faisait redouter à l'égal de Barberousse. Quelques mois auparavant, Philippe II avait ordonné au duc de Médina Geli de diriger une expédition contre un des repaires de ce forban, l'ilc de Djerbah ou de Gelves. Le duc arma une flotte, reçut de nombreux secours des puissances italiennes et se mit en campagne.
La France seule ne prenait aucune part à l'expédition de Djerbah. La politique traditionnelle des Valois, loin de s'associer à la guerre d'extermination que Gharles-Quint avait faite aux fiarbares, entretenait des relations avec les souverains musulmans. François r% par haine de l'Empereur, avait même été l'allié du féroce Barberousse. Cependant Henri II, dans les derniers jours de son règne, avait offert un secours de 25 galères contre Alger, mais l'offre, coïn-