‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 38 sur 133 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

La conjuration d'Âmboise (février, mars et avril 1560).

Mauvaise santé du rai et incertitude générale du gouvernement, — François II arrive à Blois {nav. 1 559) .

— Assassinat du présidetit Mynard (1 2 déc. 1 559) .

— Mécontentement des gens de guerre licenciés.

— Désir de rassembler les états généraux. — Troubles à Paris et dans V Orléanais. — Chantonay les attribue au roi de Navarre et au prince de Condé.

Organisation de la conjuration d^Amboise. — Condé en est le chef caché. — La Renaudie. — Assemblée de NatUes (1'' février 1560). — Révélation de des Avenelles. — La cour se retire à Amboise. — Journée du 6 mars. — Êdit de tolérance (8 mars).

— Assemblée des conjurés à La Carretière. — $a?icerre à Tours. 4- Arrestation de Raunay^ de Mazères et de Castelnau à Noizay.

Attaque générale du château d' Amboise par les conjurés (16 mars et suiv.). — Le duc de Guise est nommé lieutenant général du royaume (17 mars). — Êdit

d'amnistie (17 mars). — Mort de La Renaudie (19 mars). — Le roi révoque redit d'amnistie du 17 mars. — Supplice des conjurés. — Supplice de Raunay, de MazèreSy de Castelnau.

Mort du chancelier Olivier (28 mars). — Comnimnication du connétable au Parlement.

Condé arrive à la cour {\6mars). — Fuite de Maligny le jeune (1 6 mars) . — Complicité de Condé. — Le roi se retire à Chenonc-eaux (31 mars). — Explir cation de Condé avec la reine mère et avec le duc de Guise. — Sa fuite en Béam.

Complicité du roi de Navarre dans la conjuration d^Amboise. — Son attitude indécise. — Déclaration de la reine d'Angleterre (24 mars). — Sa lettre au rai de Navarre. — Conclusion.

Ce n^est jamais impunément qu'un parti politique abuse de la fortune. Les Guises avaient exagéré leur triomphe jusqu'à justifier une réaction sanglante. En réduisant le roi de Navarre à la simple condition d'un de leurs courtisans, ils offensaient les sentiments monarchiques et se condamnaient euxmêmes à une guerre sans trêve. Un capitaine plus modéré que le duc de Guise, un homme d'État moins avide que le cardinal de Lorraine auraient jugé que la discrétion dans la faveur du roi était une condition de succès et qu'ils auraient fondé plus solidement la grandeur de leur maison en partageant le pouvoir avec les princes qu'en les forçant à le reconquérir de haute lutte.

La mauvaise santé de François II laissait planer une

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incertitude générale sur l'avenir du gouvernement; chacun sentait qu'il était incapable de régner. Ceux dont on attendait les ordres, les conseillers nés du trône, les princes du sang, étaient sans crédit; la reine mère n'occupait ostensiblement aucune situation prépondérante. IjC pouvoir des Guises eux-mêmes restait toujours attaché à un fil, la vie de François II. Le roi avait soufiert, au commencement de son règne, de la fièvre quarte. Il était d'un tempérament bilieux, toujours de sombre humeur, mélancolique conune un malade condarainé à de perpétuelles rechutes. Les exercices du corps étaient ses plaisirs préférés ; mais il n'avait d'autres bons jours que ceux de ses convalescences et chaque convalescence était traversée par de nouveaux accès de fièvre.

Au mois d'octobre 1559, il commença de grandir. D'enfant il devint rapidement homme, à la grande joie de ses oncles, qui espéraient fermer la bouche, en montrant le roi, aux promoteurs de la régence. Mais, malgré sa haute stature, il ne se développait que très incomplètement. € Beaucoup de gens, écrit l'ambas- « sadeur d'Espagne, sont [d'avis] que la royne de

« France ne doive avoir enfant^ > c s'ils ne venoient

« d'autre que du roy >, ajoute La Planche. A peine rétabli de sa fièvre quarte, il eut un abcès à l'oreille. Il ne se mouchait ni ne crachait jamais, et ses humeurs

i. Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme, du 15 avril 1560 (Recueil conservé aux archives de Bruxelles, f. 63). — Lettre de Caiantonay à Philippe II, du 22 avril 1560 (Arch. nat., K. 1493, n* 55). — Précédemment, le 6 août 1559, l'ambassadeur de Toscane écrit que la reine est phtisique {Négociations diplom. de la France avec la Toscane, t. III, p. 402).

s'écoulaient parTabcès. Son visage, c blafard et bouffi, c tira adonc sur la haute couleur^. > La reine mère, effi^yée de ces symptômes, réunit à Fontainebleau un conseil de médecins. II fut décidé que le jeune prince irait passer l'hiver à Blois € pour estre ceste contrée c en meilleur et plus gracieux air de tout le royaume, > et qu'il commencerait au printemps un traitement de bains aromatiques. € On dit que de ce pas quelques c médecins, faits de la main de ceux de Guy se, les € advertirent secrètement de pourveoir à leurs af&ires, c d'autant que ce prince n'estoit pour la faire longue '• » Ces tristes prévisions resserrèrent l'alliance des Guises et de la reine mère ; la mort éventuelle de François II laissait la couronne au duc d'Orléans, plus tard Charles IX, et la régence à Catherine, qui de son côté trouvait dans les mains du duc de Guise une vaillante épée à opposer à l'ambition des princes du sang ^.

Le roi arriva à Blois au commencement de novembre avec ses oncles, accompagna sa sœur, la reine d'Espagne, à Chàtellerault, le 23 novembre, et fit son entrée à Amboise, le 29, sous un dais de damas et de velours, avec la pompe que le génie de la Renaissance avait mise à la mode à la cour des Valois^. Indif-

1. La Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panth. litt., p. 231 et suivantes. — De Thou, liv. XXII, 1740, t. II, p. 700.

2. La Planche, ibid. — L'ambassadeur de Toscane écrit, dès le 6 août 1559, que le roi n'a pas longtemps à vivre (Négoc. diplom, de la France avec la Toscane, t. lU, p. 403).

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