La Planche, ibid
4. Mémoires de la Société des Antiquaires de V Ouest, t. VIII, p, 258. — La ville, à l'occasion de l'entrée du roi, paya plus de 535 livres. On dépensa 40 livres de poudre en feux d'artifice et on donna au prince des poires et des confitures pour 55 livres.
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férent aux troubles du royaume et aux compétitions des grands, ce roi enfant était animé d'une passion qui contrastait avec sa faiblesse, la passion de la chasse. Il avait essayé d'obtenir de ses oncles, au moment de son sacre, la permission d'aller à Reims et d'en revenir en chassante Ne l'ayant pas obtenue, il s'en était dédommagé^ en Lorraine, à Esclairon, à Vauluisant, à Valéry, à Fontainebleau et plus tard à Blois, à Amboise, à Ghenonceaux, à Ghambord. L'ambassadeur Tornabuoni écrit au grand duc de Toscane que la chasse au cerf est € la grande occupation de la cour ^ > . Les Guises favorisaient € ces passe-temps sans destournure et € façon ». € Il semble, écrit l'ambassadeur d'Espagne, € que ces seigneurs, qui peuvent le tout aux affaires, € mettent ce jeune prince à ses plaisirs pour l'accousc tumer à iceux et par ce retenir plus longuement la
c maniance entière des affaires , car, si le roy se
c accoustume à s'en descharger, il est à penser que c difficilement il y vouldra rentrer^. > Il parcourait à cheval les forêts et les campagnes, s'arrétant à peine de diàteau en château, suivi de ses pages, de ses chiens et de ses gerfauts, la pique ou l'arquebuse à la main, avec une ardeur impatiente qui cachait mal le délabrement de ses forces.
1. Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, du 15 septembre 1559 (Recueil conservé aux archives de Bruxelles, f. 7).
2. Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme, du 13 octobre 1559 (Ibid., f. 13).
3. Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. III,
4. Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, en date du 5 octobre 1559, copie (Recueil conservé aux archives de Bruxelles, f. H V). — Autre lettre du 15 oct. 1559 (Ibid., f. 13 V).
De sombres rumeurs se répandirent bientôt en Blaisois. Les taches rouges du visage du roi faisaient dire qu'il était atteint de ladrerie, sorte de peste imaginaire, qui joue un grand rôle dans les récits du moyen âge. On racontait que, pour se guérir, il prenait des bains de sang chaud de petits enfants. Sur cette pente, rimagination du peuple courut rapidement. Les pères et mères cachaient leurs enfants ; plusieurs émigraient pour les mettre en sûreté. De prétendus émissaires du roi, à Taide de conunissions contrefaites, enregistraient le nombre et Tàge des enfants de chaque maison. D'autres, se disant chargés de les enlever, exigeaient de l'argent pour les laisser à leurs familles ou se faisaient payer des avis mystérieux. Près de Loches, les juges du lieu arrêtèrent un homme, nanti de fausses lettres, c qu'il maintenoit être expédiées en € la chancellerie et signées d'un des secrétaires c d'Estat. » Reconnu à Blois pour un des familiers de la maison du cardinal de Lorraine, il avoua qu'il avait extorqué douze ou quinze cents écus aux pauvres gens, et maintint jusques sur l'échafaud c la conunission c estre vraye et avoir icelle prinse par commandement c du cardinal, comme aussi il disoit en avoir faict c délivrer à plusieurs autres courtisans et gens de sa c maison. » Le souvenir des monstrueuses débauches du maréchal de Raiz au xv"" siècle, en Bretagne, donnait du crédit à ces calomnies. Chaque parti accusait ses adversaires de les répandre. La Planche reproche au cardinal de Lorraine de les avoir inventées pour rendre le roi odieux au peuple et préparer l'avènement de la maison de Guise ; les catholiques accusaient les réformés de les propager par esprit de vengeance.
On persuada facilement au roi que les ennemis de sa religion étaient Clément les ennemis de son trône ; et ce jeune prince, à Tàme naïve , irrité de se voir représenté à son peuple conmie un monstre, conçut une haine irrémédiable contre les calonmiateurs qu'on lui désignait ^
Cependant le nombre des mécontents augmentait tous les jours. Beaucoup de capitaines regrettaient les princes du sang, alors tous exilés de la chambre du roi, et les glorieux chefs des dernières guerres, Goligny, d'Ândelot, les Montmorency. La paix avait ramené en France une foule de capitaines et de gens d'armes, que le roi, accablé de dettes^, avait été obligé de licencier. Une ordonnance du 14 juillet avait réduit les compagnies de 100 lances à 80, celles de 80 à 60, celles de 60 à 50, celles de 50 et de 40 à 30, celles de 30 à SO. Lies compagnies du duc de Guise et de Montmorency, chacune de 100 lances, du marquis d'Elbeuf, du maréchal de Thermes et du sire de Beauvais, de 50 lances, désignées pour être envoyées en Ecosse, furent seules autorisées à garder leur contingent. On n*osa pas toucher à celle du roi de Navarre^. La compagnie du roi, réduite à 80 lances, fut partagée entre le duc d'Orléans et le sire de La
1. La Planche, Estât de France sous François 11^ édit. du Panth. iitt., p. 231.
2. Le roi François II, à sou avènement, devait 43,483,939 livres <]ont 15,926,555 à gros intérêt (Chronique sur le règne de François n, f. fr., vol. 4815, f. 4 v«).
3. Elle figure avec son effectif de 100 lances sur deux états officiels; le premier du troisième trimestre (f. fr., vol. 20507, f. 112), le second du quatrième trimestre (f. fr., vol. 3157, f. 38) de Tannée 1559.
Brosse ^ . Cette ordonnance avait jeté sur le pavé une foule de soudards, n'ayant que la cape et Tépée, toujours prêts à passer au service du plus ambitioix. La plupart, dit Monluc, avaient désappris leur premier métier; ils avaient vécu de la guerre étrangère et étaient prêts pour la guerre civile. La cour ressemblait à un camp. Les capitaines sans compagnie encombraient les salles des châteaux royaux. Les uns demandaient le paiement de leur solde, d'autres des faveurs, des emplois, des brevets de service. En vain le roi changeait de résidence, entreprenait d'assez longs voyages, évitait les grandes villes et fréquentait les châteaux des seigneurs sous prétexte de chasse. Les solliciteurs ne se lassaient pas^. Ils avaient assiégé le roi au Louvre le lendemain du licenciement ; ils raccompagnèrent, sans se décourager, à Saint-Germain, à Fontainebleau, à Blois. Le duc et ses frères se multipliaient auprès de cette armée en désordre et recrutaient chaque jour de nombreux partisans. Ils s'eflPorcèrent de renvoyer les autres. Mais Tordre réitéré de quitter la cour ne faisait qu'irriter ces importuns, glorieux de leurs services. Enfin, pour s'en débarrasser, le cardinal de Lorraine fit élever une potence en vue du château royal et fit publier que tout solliciteur qui demeurerait à la cour y serait pendu'. Cette mesure devait fournir de nombreux alliés aux ennemis des Guises.
1. Ordonnance du roi, du 14 juillet (copie; f. fr., vol. 3150, f. 40 et 41).
2. Lettre orig. de Ghantonay au roi d'Espagne, du 17 janvier 1560 (Arch. nat., K. 1493, n» 30).