‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 55 sur 133 · Mémoires de Soubisc, publiés par M. Bonnet, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Soubisc, publiés par M. Bonnet, p

5. On conserve aux Archives nationales (K. 1493, n»* 17 et 39), dans les cartons de la correspondance de Chantonay, du mois de mars 1500, une requête qui pourrait être considérée comme celle des conjurés d'Amboise au roi. Mais un examen attentif donne à penser à M. Paillard que cette pièce se rapporte aux troubles des Pays-Bas. Nous sommes d'autant plus porté à partager son opinion qu'on lit au dos de cette pièce : Lo que en suma avia de protestar y declarar cl ambassador de los protestantes y confederados.

M. Paillard a publié cette pièce dans son étude sur la conjuration d'Amboise (Revue historiqtie, 1880).

BT JEANNE D*ALBRBT. 189

fut recherché avec encore plus de perfidie que les noms des coupables. Les accusés répétaient avec ensemble qu'ils n'en voulaient qu'aux favoris du roi. Mais les Guises avaient trop d'intérêt à grossir le forfait pour ne pas chercher dans les aveux les moyens de lier leur propre cause à la cause royale. La Bigne fut pressé de répondre que la conjuration s'attaquait au roi autant qu'à ses ministres et qu'elle avait pour mobile l'ambition des princes ^ D'après La Planche, on lui offrit de grands biens en retour de dénonciations utiles ou une mort cruelle. Malgré cette alternative, La Bigne resta

i. Ghantonay constate dans ses lettres du 3 et du 8 mars que la

conspiration ne s'attaquait qu'aux Guises (Recueil conservé aux

archives de Bruxelles, f. 47 et 48). Michieli écrit que Ton disait

bien que la conjuration était dirigée contre le roi, mais qu'il

est prouvé à ses yeux qu'elle était dirigée contre ses ministres

(Lettre de Michieli, du 6 mars 1560, à la république de Venise ;

Mss.; Dépêches vénit., filza 4, f. 16). La plupart des historiens du

temps s'accordent avec lui pour mettre ce point en lumière. Telles

étaient du moins les aspirations avouées par les conjurés. Il reste

du doute sur ce point. Belleforest prétend que La Bigne lui a dit

à lui-même « que l'intention des principaux d'entre eux n estoit

« d'avoir aucun roi. t [Les grandes annales, 1579, t. II, f. 1608 v».)

Dupleix raconte, d'après un témoignage populaire, que les conju-

rés ne songeaient pas à respecter le roi (Hist. de France, 1628,

L m, p. 606). Sans citer le témoignage d'historiens dévoués aux

Nuises, nous mentionnerons l'avis du poète Jodelle, qui, dans une

certaine mesure, reflète l'opinion générale à la cour :

C'est horreur que, n'osant brasser telle entreprise Du règne d'un feu roi puissant et redouté. Sur les ans d'un roi jeune en paix en seureté, Ils ont l'occasion de leur massacre prise. Puis, se voyant soudain découverts par feintise, Par harangue enmiellée et mensonge éhonté, Ont taché pallier l'indigne lâcheté, Disant ne conspirer que contre ceux de Guise. Et s'on objecte à l'œil de leur profession

fidèle à ses premières déclarations. On perd la trace de cet accusé après la conspiration, cependant il parait certain qu'il recouvra la liberté^.

Le sire de Raunay, seigneur du château de Noizay» qui avait servi de quartier général aux conjurés, était un accusé particulièrement important aux yeux des Guises. Son père avait été gouverneur du roi de Navarre, lorsqu*iI n'était encore que comte de Marie, et sa femme était dame d'honneur de Jeanne d'Albret'. Interrogé le premier, il montra d'abord une c^taine fermeté ; mais, quand il connut les révélations de La Bigne, c il commença à s'estonner. > Enfin, c sur la c géhenne >, il avoua que, en cas de résistance armée, les conjurés avaient résolu de frapper le cardinal de Lorraine et son frère. Les tortionnaires ne purent obtenir de lui des réponses compromettantes pour les princes et il nia toujours que la conjuration fiitt dirigée contre le roi^. Condamné à mort, il fut déca-

Le rebours, ils diront qu'il n'est pas question

De la foi, mais que c'est un fait civil, et semble,

Ce qu'ils ne lainroyent pas faire eux-mème à leurs chiens,

Qu'un grand roi doit laisser meurtrir les parens siens

Par tels juges, partie et bourreaux tout ensemble.

Que je ri quand je vois ces placarts, ces requestes

Où ces messieurs se font de France les Etats

(Œuvres et mélanges poétiques y 1583. Paris, p. 67.)

1 . Aucun historien no s'exprime positivement sur le sort de La Bigne, mais Belleforest dit qu'il l'a connu et qu'il a obtenu de sa bouche des renseignements sur l'objet de la conjuration (Les grandes annales, 1579, t. II, f. 1608 v«).

2. Lettre orig. de L'Aubespine au connétable, du 19 mars 1559 (1560), f. fr., vol. 3158, f. 54. — Lettre de Michieli à la république de Venise, du 28 mars (Mss., dépêches vénitiennes, filza4, f. 32).

Page 1