Mémorandum daté du !* avril (Arch. nat,, K. 1493, n
4. Lettre en espagnol de Philippe II à Ghantonay (Arch. nat., K. 1493, n* 53).
5. Lettres de L'Aubespine au cardinal de Lorraine, 24 juillet et 3 septembre 1560 (Orig., f. fr., vol. 15874, f. 42, 79 et 116).
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pendant la lîeutenance générale du roi de Navarre, la chancellerie espagnole à Madrid recueillit un témoignage dont la politique haineuse de Philippe aurait tiré grand parti au moment de la conjuration. Un notaire breton, Jean Guérin, ancien espion des Guises, diassé de son pays par des haines religieuses, se réfugia à Madrid et révéla au confesseur du roi d'Espagne, au lit de mort, que le roi de Navarre et Gondé avaient été les chefs des séditieux et qu'ils les avaient dirigés jusqu'au dernier moment ^ .
Pour nous, qui racontons l'histoire de ces événements plus de trois cents ans après qu'ils se sont accomplis, d'après des pièces nécessairement incomplètes, tronquées peutrétre par des accusés intéressés à faire disparaître certains témoignages, il nous parait invraisemblable que le roi de Navarre ait été tenu dans l'ignorance d'une prise d'armes, qui avait pour objet de l'élever au pouvoir, et inadmissible, malgré la pusillanimité de ce prince, s'il a connu la conspiration, qu'il n'en ait pas encouragé et même conseillé les auteurs. Depuis l'avènement de François II, Antoine est le protecteur des réformés ; il leur donne asile dans ses états de Béarn, il pratique leur culte, il correspond avec les chefs de la réforme, à Genève et en Allemagne^, il prête à la conjuration son frère, le prince de Gondé, conmie chef reconnu, il laisse des
i. Cette déposition fîit faite à Madrid le 3 avril 1562. A cette <late le roi de Navarre était tout puissant à la cour de France, ^ous ignorons si elle fut transmise à la reine. Elle est actuellement conservée aux Archives nationales, K. 1497, n* 13.
1 Bonnet, Lettres de Calvin, t. Il, passim. — Baum, Theodor Beia, preuves, passim. — Bulletin de la Société de l'hist, du prot. français, t. IX, p. 125.
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gentilshommes, notoirement dévoués à sa maison, prendre part à l'action. Boisnormand, son ministre favori, son prèchem* en titre, est Tagent de La Renaudie en Béarn ^ • Où trouver plus d'indices de sa complicité ? sans compter le fameux adage : Is fedt cui profecit.
Aucun document ne l'accuse clairement. Mais nous n'avons pas les pièces de la procédure, les dépositions des témoins, les enquêtes des commissaires, les procès-verbaux des aveux arrachés *par la torture aux accusés. Il semble que le dossier ait été soustrait, peut-être à l'époque où le roi de Navarre, devenu, par un coup de fortune, lieutenant général du royaume, amnistia les derniers survivants du complot.
Il est un allument qui peut remplacer les téaioignages absents, c'est l'immensité des ressources de La Renaudie. Cette nombreuse armée de capitaines, de gens d'armes et de pied, venus de tous les points de la France, même d'Allemagne, de Suisse, de Savoie, d'Angleterre et d'Ecosse ^, sous les murs d'Amboise, avait été levée à force d'argent, et n'aurait pas marché avec tant de confiance, quelle que fût son exaltation religieuse, si elle n'avait pas été régulièrement soldée. Tous les prisonniers des Guises avaient reçu leur paye avant de se mettre en campagne. Plusieurs capitaines furent trouvés nantis de sonunes relativement importantes, c On ne parle que de millions d'or, > écrit un
1. Lettre du roi de France au roi de Navarre, du 9 avril 1560 (Mémoires de Condé, t. I, p. 398).
2. La composition cosmopolite de la conjuration d'Amboise est signalée par l'ambassadeur de Venise (Lettre de Michieli, du 17 mars 1560 ; Bibl. nat., mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 16).
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capitaine gascon à propos des découvertes faites dans les poches des conjurés ^. La Planche raconte que c les c dépouilles d'or, d'ai^ent, d'habits » de ces malheureux fut le plus puissant de tous les encouragements pour les soldats du parti des Guises ^. Ghantonay dit que Ton saisit des ordonnances qui assignaient aux cavaliars une solde de 1 6 sols par jour et aux gens de pied de 1 & livres par mois ^ ; il assure que les conjurés avaient une retraite préparée sur deux vaisseaux mouillés dans les parages de la Rochelle ^. L'ambassadeur de Venise, Jean Michieli, parle avec plus de détail des ressources de la conjuration, c Les révoltés ont une c grande quantité d'argent qu'ils trouvent parmi eux € et qui est fournie par les plus puissants d'entre eux € et ils payent réellement tout ce qu'ils prennent et € ils donnent à chaque soldat à pied, pour son entrec tien, 10 sols par jour, ce qui fait 30 de nos sols, et € 1 8 à chaque cavalier, qu'ils payent par jour très larc gement ^. » Qui avait fourni les fonds ? Ce n'était pas Clalvin et les Genevois, qui, malgré les excitations de La Renaudie, étaient restés étrangers à la prise d'armes, ni la reine d'Angleterre , qui réservait ses économies
1. Lettre du cap. Mathieu à Antoine de Noailles, du 18 mars 1559 (i5ÔO) {Cabinet hist., 1873, p. 235).