‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 72 sur 133 · La Planche, Estât de France sous François II, p · texte numérisé non relu

La Planche, Estât de France sous François II, p

5. Lettre de l'ambassadeur Michieli à la république de Venise, du 4 avril 1560 (Mss., Dépêches vénitiennes, filza 4, f. 45).

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jugèrent le secours périlleux et le roi répondit à Antoine que sa présence était plus utile au bien du royaume en Guyenne qu'à Amboise ^ . Il lui ordonnait seulement, dans un post-scriptum autographe, de faire jeter en prison Boisnormand et David, les deux ministres protestants que le prince couvrait de sa protection secrète^. Antoine écrivit au roi que Boisnormand était absent depuis six ou sept mois et que David s'était évadé ^.

Les circonstances firent éclore de nouvelles charges contre le roi de Navarre. Depuis la paix de Gâteau- Gambrésis, la France luttait contre le mauvais vouloir de la reine d'Angleterre. Elisabeth vivait fort librement dans une cour grossière ^. Sa popularité tenait au souvenir de Henri YIII et aux passions antiromaines de son peuple qu'elle personnifiait avec énergie. Décidée à reprendre Galais, irritée de se voir mise au ban de son peuple par la reine d'Ecosse, qui

i. D'après Tornabuoni le brait s'était répandu à la cour que c'étaient ies Guises qui avaient appelé le roi de Navarre (Lettre du 30 avril ; Négoc, diplom, avec la Toscane, t. III, p. 415).

2. Lettre datée du 9 avril 1560 (Mémoires de Condé, 1. 1, p. 398). Cette lettre avait déjà été publiée dans VHistoire de France de La Popelinière, 1581, 1. 1, p. 170. On en trouve une copie du temps dans les Vo de Ctolbert, vol. 28, f. 27.

3. Lettre datée du 6 mai (Négociations sous le règne de François II, p. 368).

4. Voici des renseignements donnés par Ghantonay sur le compte de la reine d'Angleterre sous la date du 15 avril 1560 : c II s'est « ici publié de nouveau qu'elle soit enceinte et que les privautés « d'elle et dud. écuyer soient plus grandes que oncques, voire c qu'elle va souvent en la chambre de luy qui loge en cour ; et c quand il n'y est, elle luy fait des finesses par dedans le lictavec c des joncs, afin qu'il se picque en se couchant » (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 63).

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la traitait de bâtarde et qui s'attribuait publiquement les armes d'Angleterre, elle inaugurait, sous prétexte de religion, la politique d'intervention agressive à l'égard de la France dont elle ne se départit jamais. L'appui que dans l'origine elle avait prêté à La Renaudie fut dépisté dès le premier jour. Après une assez longue absence, l'ambassadeur d'Angleterre, Throckmorton, était revenu à la cour le 15 février. Les Guises ignoraient encore à cette date quels étaient les conjurés, mais ils savaient que la reine d'Angleterre les avait armés, c L'on a fait bien froid visage € à son homme en cour (au messager de Throckc morton), écrit Ghantonay, et davantage tous ceux c qui avoient accoutumé faire chose à ses gens et leur c parler, se sont entièrement séquestrés de sa vue, de € sorte que, combien qu'il les saluât, ils ne l'ont osé c resaluer, à tant loin de luy parler ^ . . • » Cet accueil malveillant, dont les Guises et leurs familiers donnaient l'exemple, était attribué par le reste des courtisans aux mauvaises nouvelles d'Ecosse^. Mais, quelques jours après, le cardinal de Lorraine, dans une heure d'expansion, confia à Ghantonay que la reine Elisabeth € avait favorisé et soutenu des conspirations € contre la personne du roi et de ses ministres, sans € spécifier davantage^. » Ghantonay, heureux de

i. Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme, du 19 fév. 1560 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 42 V*).

1 € Il faut, dit Ghantonay, que les Français aient quelques « nouvelles du côté d'Angleterre et d'Ecosse qui ne les contentent « point > (Ibid.).

3. Lettre de Ghantonay au cardinal Granvelle, du 3 mars (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 47 v»).

prendre le représentant d'une reine hérétique en flagrant délit, lui adressa des remontrances c sur la maii- € vaise conséquence et exemple que c'estoit pour tous c sujets des princes et potentats, et qu'il ne toudK»t c seulement au roi de France d'y remédier, mais à c tous les princes et potentats du monde d'y assister, c voire courir sus à ceux qui en seroient promoteurs c ou fauteurs de telles émotions. » Throckmorton répondit comme le prince de Gondé et le roi de Navarre ; il nia. Mais les faits déposaient contre sa maltresse. Les autres ambassadeurs étaient unanimes à Taccuser et donnaient à prévoir à leur gouvernement que la guerre jaillirait de ces intrigues déloyales ^ .

Le 2& mars, pendant que la cour tremblait encore d'émotion à Amboise , la reine d'Angleterre lança un manifeste menaçant qui s'attaquait au gouvernement de François II ^. Cette démonstration, qui arrivait trop tard, avait été calculée pour servir les rebelles. Throckmorton conununiqua le manifeste au roi de Navarre ^ comme à l'allié naturel de sa maîtresse^. Le roi en fot

1. Lettre de Chantonay à Philippe II, du 20 mars 1560 (Orig. espagnol ; Ârch. nat., K. 1493, n' 43). — Lettre du môme à la duchesse de Parme, du même jour (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles). — Lettre de Michieli à la république de Venise, du 20 mars (Mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 20). — Lettre de Chantonay au cardinal Granvelle, du 26 mars (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 58).

2. Ce manifeste est imprimé dans les Mémoires de Condé, t. I, p. 529.

3. Lettre de Throckmorton, du 28 avril 1560 {Calendars of state papers, foreign séries, 1559-1560, p. 593).

4. Calendars of state papers, p. 542. La traduction de cette lettre a été publiée par le comte de Laferrière dans Le XVh siècle et les Valois, p. 32.

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informé et les Guises relevèrent vivement Taccord de leur rival et de la reine d'Angleterre. Pour la première fois la faute du roi de Navarre sortait des fictions nébuirases. François II ordonna à son oncle de repousser cette complicité apparente : c Vous devez bien vivec ment, dit-il, faire entendre à lad . dame par son ambas- € sadeur, qui est près de moy, qu'elle vous a fait un € très grand tort et ausd. princes du sang de parler c d'eux de la façon... le priant que cy-après elle ne € vous mette, ni lesd. princes, en ses écrits en quelque € sorte que ce soit^ » Le roi de Navarre, n'osant avouer qu'il entretenait des conununications suivies avec la reine Elisabeth, comme il en avait le droit en sa qualité de souverain, prétendit que la lettre de Tbrockmorton lui avait été remise par c un homme c inconnu », et que, après plusieurs jours d'incertitude, c il y avoit respondu pour luy faire entendre € qu'il n'estoit ne serf ne biche de sa maistresse et c que ce n'estoit point à luy à qui elle se devoit € adresser pour vendre ses coquilles ^. > Trois jours après, il écrivit au duc de Guise et au cardinal de Lorraine une lettre de même style, mais encore moins fière, dans laquelle il feignait le plus grand étonnement de la communication de Throckmorton ^ . Le jour même de sa lettre au roi, il signifie à l'ambas-

i. Lettre du roi, du 18 avril {Négociations sow François II, p. 366).

2. Lettre datée du 6 mai 1560 (Négociations sous François II, p. 368). L'original de cette lettre, qui n'a jamais été signalé, est conservé dans le f. fr., vol. 6626, f. 14.

3. Lettre datée du 9 mai 1560 (Lettres d'Antoine de Bourbon et de Jehûnne dAlbret, p. 190).

sadeur que la qualité de premier prince du sang devait le mettre à Tabri de confidences offensantes et qu'il c n'aura jamais d'autre volonté que celle du c roy, son seigneur ^ »• On sent dans cette reculade que la conjuration avait définitivement échoué sous les murs d'Amboise.

Philippe n, pris à l'improviste par la soudaine explosion du complot, ne put trouver l'occasion de compromettre le prince. On parlait de sa complicité à la cour de Madrid ^ avec le désir d'en avoir la preuve ; mais Ghantonay n'envoya à son maître aucune information positive. Philippe H reçut, au mois d'avril, de Sébastien de L'Aubespine, le récit officiel des événements d'Amboise ^ et y répondit par une offre de secours^. Au conunencement de juin arriva à Tolède un aventurier, nonmié Dagonneau ou Bonencontre, se disant ancien secrétaire de Yillars et payeur de sa compagnie, qui se vantait d'avoir pris part au complot. Il fut promptement emprisonné, écrit L'Aubespine, c estant l'inquisition telle et si c roide icy que ce n'est pas le lieu ou telz galands c doibvent establir leur repaire > . Mais on ne put tirer aucun éclaircissement de ses aveux ^. Deux ans après,

i. CaUndars of state papers, 1558-1559, f. 24. La traduction de cotte lettre a été publiée intégralement par M. le comte de Laferrière dans Le IVI* siècie tt les Vaiois, p. 33.

2. Lettre de François II au roi de Navarre, du 18 avril 1560 (Vc de Colbert, vol. 28, f. 30).

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