‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 10 sur 50 · BLOT L ESPRIT · texte numérisé non relu

BLOT L ESPRIT

Que Coudé n'aime que l'inceste, Pour moi je n'aime que le plat Et me moque dé tout le reste !

Quant à Mazarin, c'est trop peu qu'on exile, ou qu'on brûle en effigie « ce ministre de paille, >

Puisque sans cesse il tourne et ruse, Pour ne plus fatiguer nos chiens, Je suis d'avis qu'on l'arquebuse !

ose écrire Blol de celui dont il avait éprouvé les bienfaits.

Epicurien avant tout, c'est à la vie matérielle qu'il consacre son culte le plus fervent :

Dieu me fasse toujours la grâce D'avoir de bon vin à la glace.

De jeunes cœurs et des perdrix :

Je veux avoir les étrivièrcs Si jamais pour son Paradis Je l'importune de prières.

Bon Français quand môme et gentilhomme plein de cœur, il gémit sur l'anarchie incroyable où le royaume est plongé, et, si Ton ne savait que la vie la plus sensuelle a fréquemment de ces retours,, on serait fort étonné de trouver ces cordes mélancoliques à sa lyre :

J'ai une Iristesse^profonde,

Je ne crois point en l'autre monde

Et celui-ci ne m'est plus doux.

Pour te le faire mieux comprendre, Si je ne buvais comme un fou, Par la morbleu ! je m'irais pendre.

C'e<l que, pour un homme qui n'avait pas complètement perdu l'amour de son pays, il était triste, en effet, de voir la tournure mesquine que prenait ce soulèvement annoncé avec tant d'éclat comme devant régénérer la France :

Nous ne nous amusons qu'à faire, Au lieu de siège et de combats, Des chansons sur l'air de Lanlaire !

et de songer que les ennemis pourraient habilement en profiter pour reprendre I avantage sur nos frontières :

Nos chefs et nos braves cohortes N'ont pas [ilus tôt passé les portes, Qu'ils les repassent promptement.

Nous mettons nos gens en batailles ; Le Polonais et l'Allemand Cependant croquent nos volailles.

Ces sentiments sont à relever comme un honneur et une sorte de réhabilitation de noire poêle, en môme temps qu'ils servent à montrer quelle petite estime Blot avail des héros de la Fronde. II n'est donc pas surprenant que Chauvigny n'ait point conservé pour le drapeau qu'il avait d'abord suivi par dépit contre la cour un enthousiasme bien durable. Ayant d'ailleurs dévoré son

BLor l'esprit. (i<)

patrimoine, il n'avait tti beaucoup à gagner, ni beaucoup à perdre dauj» celte tragi-comédie; les liens qui l'attachaient à son parti étaient bien faibles, et il ne rougit pas d'annoncer tout haut qu'il ne faudra pas un grand effort pour les briser :

Je ne crains point qu'en cette guerrtr On jetie mes ctiàleaux par terre, Qu'on vende mes biens à l'encan.

Je marcherai comme un apôtre, Et si je dine dans un camp, Je pourrai bien souper dans lautre.

Mazarin comprit, et s'empressa de lui offrir ce souper qu'il semblait demander : une pension acheva de récor)cilier le poêle frondeur et le ministre habile qui avait tant d'expérience dans l'art d'acheter les consciences vénales.

Blot mourut à Blois, le i5 mars i655. Chapelle et Bachaumonl disent de lui dans leur Voyage :

Il fil tout ce qu'il fit d'une âme bien sensée.

Ce n'est malheureusement pas le jugement définitif de l'Histoire. Tous les dons naturels semblaient, il est vrai, avoir élé prodigués à Chauvigny ; mais vicié de bonne heure par le conlacl d'une société corrompue, il s'abandonna sans retenue à la dissipation et à la débauche ; sa vie fut une orgie perpétuelle et ses œuvres en portent la peino : ce n'est qu'en adoucissant

l'expression qu'on peut citer ses vers(i). Nous applaudirions de nneilleur cœur à son renom de spirituelle élégance si, en l'appelanl Blot l'Esprit, nous pouvions ajouter Blot l'honnme de bien. Quoi qu'il en soit et abstraction faite de leur valeur intrinsèque, ses poésies resteront comme tableau de mœurs étranges, comme peinture d'une^poque à part dans notre histoire ; les Mazarinades sont le complément des Mémoires du cardinal de Retz. (2)

(1) Voici comment le juge de Mailly : Ses saillies et son esprit lui firent la réputation la plus avantageuse dans le genre des chansons, des vaudevilles, et surtout des impromptus ; mais c'était une de ces réputations dont s'effraierait une âme honnête. Elève de Théophile, ami de des Barreaux, de Saint-Pavin et de Chapelle, toutes ses productions se ressentaient de ces liaisons impies. L'épicurisme le plus décidé en faisait le fond ; l'obscénité la plus dégoûtante, la satire la plus amère ne faisaient les ornements. >

(VEsprit de la Fronde.)

(2) Le manuscrit des chansons de Blet {Bibliothèque Impériale, n" 12,729) se termine par ces vers de Saint-Pavin, qui résument assez bien la vie de notre poète :

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