‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 9 sur 50 · BLOT L'.ESPRIT · texte numérisé non relu

BLOT L'.ESPRIT

Avecle poëtedeChauvigny de Blot, baron du Vivier, de Jayet, Salpaleyne, Beaudesduil et autres lieux (1),

(l) Ces titres sont ceux que porte sur son acte de mariage (1616) le BaroB Gilbert de Chouvigny (ou Chauvigny) de Blot (Archives de Moulins. — D. 138.) Est-ce le père, l'onde, le frère du poète, qui lui-même s'appelait, d'après certams biographes, César de Chauvigny, baron de Blol-l'Eglise? Nous en sommes réduit aux conjecture^, car les dictionnaires ne donnent ni la date, ni le lieu de la naissance de Blot. Avec les annuaires de Moulins nous lavons compté parmi les célébrités du Bourbonnais, ainsi que les Aubery Du Maurier, historiens, bien que ces derniers soient nés hors de cette province, parce qu'ils appartenaient à des familles depuis fort longtemps bourbonnaises.

nous nous trouvons en pleine Fronde. Allaché à la maison du frère de Louis XIII, Blol y remplit les fondions de gentilhomme de la chambre et se lia avec Voiture qui, avant de passer à Ixichelieu, suivit longlemps la fortune de Gaston. C'est sans doute à ce commerce, non moins qu'à ses relations avec Théophile, des Barreaux, Saint-Pavin et Chapelle, que Blot dut le laisser-aller de sa conduite et la licence de sa plume. Richelieu paraît avoir distingué son mérite^ et lui avoir accordé une certaine confiance, s'il est vrai qu'après la mort du père Joseph, ce fut par les conseils de Blot que, cherchant l'homme qui pourrait le mieux seconder et continuer sa polilique, il tourna son attention vers Mazarin. (i) Lorsque ce dernier arriva au pouvoir, il n'oublia point ceux qui avaient contribué à son élévation : qu il fût ou non de ceux-là, Chauvigny eut une large part aux libéralités du ministre.

Mais les coffres de l'Etat ne pouvaient être inépuisables. Quand le favori d'Anne d'Autriche n'eut plus rien

(I) Si l'on admet celle opinion, qui est celle de M. Wciss (article Blot dans la collection Micbaud), on doit supposer que Chauvigny l'ut mis en rapport avec Richelieu par Madame de Combalet, duchesse d'Ai- (juillon, à qui Voiture avait dû présenter son ami. Nous inclinons cependant à croire que M. Weissa été induit en erreur par l'analogie de deux noms presque semblables, et qu'il a confondu Chauvigny etChavigny. Ce dernier, en effet, Boulillier de Chavigny, confident et instrument docile de Richelieu, avait, d'après Tallemant des Réaux, signalé Mazarin à son maître : « Il y en a, dit Tallemant, qui ont cru que le cardinal avait fait dessein de gouverner la reine par le cardinal Mazarin ; qu'il l'avait fait exprès cardinal. Il est vrai que M. de Chavigny y servit fort. » (T. II. p. 231.) Tallemant ajoute : Richelieu prenait M. de Chavigny pour le plus grand esprit du monde. » (T. II. p. '233.)

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à donner, il vildeloules paris éclaler leméconlenlemenl el les plaintes. Du méconlenleraenl à la défection, de la défection à la guerre civile, la transition fut rapide, el la cour se trouva tout h coup entourée d'ennemis qui l'atlaquèrent à la fois par les chansons, les bons mots, le ridicule el les armes.

On sait comment Mazarin enleva beaucoup de leur importance aux couplets malins lancés contre lui en ne cherchant pas à les proscrire, et comment, grâce h l'épée de Turenne, il raffermit l'autorité royale un moment ébranlée.

Dans cette guerre d'épigrammes, de vaudevilles el de chansons, Chauvigny, ce qui n'était pas facile, réussit à se faire une place à côté de Scarron, le père des INIazarinades, et du mordant Bussy. Heureux si, se contentant d'être surnommé Blot l'Esprit, ou, comme le baptisa Madame de Sévigné, Blot le Diab!e-au- Corps (i), il eûi mis sa gloire à faire des vers faciles el nerveux, pleins de verve, de chaleur et d'entrain, au lieu de lutter d'indécence et d'impiété avec ceux qui faisaient revivre en plein dix-septième siècle les obscénités de Villon.

Comme tant d'autres poêles de son temps, Blot s'étudie à tourner la religion en ridicule ; il s'écrie :

Ah ! que j'aime le mardi-gras, Quand il vient en semaine sainte !

(1) « Segrais nous montra un recueil qu'il a fait des chansons de Blot ; elles ont le diable au corps et c'est dommage qu'il y ait tant d'esprit. » (Lettre à Madame de Grignan, l*-^ mai 1671.)

II ne ménage pas ses minisires qui, il faul bien le reconnaître, s'écarlaienl trop souvent alors de la gravité de mœurs qui convient au sacerdoce. La majesté divine n'étant point respectée, la majesté royale ne pouvait l'être : la violence des attaques de Blot contre Anne d'Autriche n'est pas moins grande que le cynisme de ses diatribes contre Mazarin. Admettant sans les contrôler les histoires les plus scandaleuses, il s'en fait l'écho complaisant et frappe aussi bien sur les Princes, dont il paraît avoir embrassé la cause, que sur leurs ennemis. Gaston, Condé lui-même ne sont pas à l'abri de ses coups : il raille avec une égale impudence l'insuffisance politique du premier, et la passion coupable qu'on prêtait au second pour la belle duchesse de Longueville :

Que Gaston prétende à l'histoire, (') Le Père Joseph à la gloire, La Rivière au cardinalat ; (2)

(1) D'après Tallemant des RéauXj il régnait une bien étrange familiarité entre Blot et Gaston. En voici la preuve : <i Blot fut une fois très-malade ; quelqu'un dit à Monsieur : Vous avez pensé perdre un de vos serviteurs. — Oui, répondit-il, un beau f..... serviteur ! Blot guéri, a^ant appris cela, fit un couplet qui unissait ainsi :

S'il perd un f,.... serviteur^, Perdrai-je pas un t... . inaîl

maître ''

Cela fut rapporté à Monsieur, il en rit et, loin de s'en fâcher, il fit une débauche le jour même où Blot fut convié, et on y chanta ce couplet plus de cent fois». (Tallemant des Réaui : Gaston d'Orléans.)

(2) « L'abbé de la Rivière, acheté par Mazarin^ lui gardait le duc d'Orléans» . (V. Cousin : Jeunesse de Madame deLongneviUe, p. 229.)

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