‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 25 sur 50 · ANTOINE MINARD · texte numérisé non relu

ANTOINE MINARD

menl intervenir le nom el l'exemple de Philippe II, et montrait combien il serait agréable au duc d'Albe elaux autres seigneurs venus d'Espagne pour assister au mariage de leur roi avec Madame Elisabeth, « de voir sur un bûcher, en place de Grève, une demi-douzaine de ces conseillers qui gâtaient ce très-sacré corps de Parlement » (i). Malgré les conseils de Vielleville qui lui disait de ne pas se charger de l'office des gens d'Eglise, el semblait pressentir l'avenir en ajoutant quo « faire des exécutions si sanguinaires el cruelles parmi des noces, cela serait de fort mauvais présage » (2), Henri II alla tenir ce fameux lit de justice du 22 mai i559 qui aboutit à l'arreslation de plusieurs conseillers dénoncés comme « mal sentant de la foi » par le procureur-général Bourdin. Parmi ces conseillers, Anne du Bourg avait particulièrement indisposé le roi par la hardiesse de ses opinions; il fut enfermé à la Baslille el son procès commença immédiatement. Au nombre de ses juges figura le président MinarJ qui élait en grande faveur auprès des princes Lorrains, eldont l'hostilité aux idées nouvelles était connue de tous. Croyant voir en lui un ennemi personnel, Anne du Bourg demanda sa récusalion ; elle lui fut refusée, et Minard continua à siéger. Mais l'esprit public s'était ému; le parti protestant s'agilail, des lettres menaçantes étaient écrites chaque jour à ceux qui tenaient dans leurs mains le sort des accusés. Ces menaces ne furent [)oint vaines: le 12 décembre

(î) Mémoires de Yie!le\ille.

(2) Mémoires de Vielleville.

iSôg, au sortir de l'audience, Minard fui lue d'un coup de pislolel. Cel allenlal ne pouvait qu'ôlre falal à celui qu'on prélendail servir ; huit jours après, Anne du Bourg élail pendu el son corps livré aux flammes. Ainsi se lermina brusquemenl la carrière d'Aiiloine Minard. De sa morl on fil un moyen de terreur, el longtemps on menaça de Irailer à la Minarde quiconque tenlerail de s'opposer aux nouvelles croyances. Triste temps que celui où le fanatisme aveugle se substituait au raisonnement, et l'assassinat .'i la persuasion !

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