ANTOINE MINARD
Comptes, où sa connaissance approfondie de loules les questions conlenlieuses le 6l promplemenl arriver à la dignité d'avocat-général (i538). Le talent dont il fit preuve dans cette position élevée lui valut un siège de Président à mortier au Parlement de Paris et Ihonneur de présider les Grands Jours à Riom et à Tours.
Ayant, en diverses circonstances, apprécié la sagesse de ses conseils, et sachant qu'il pouvait compter sur son dévouement absolu, François I*^"^ le chargea, en 1642, d'instruire le procès du chancelier Guillaume Poyet, accusé de malversation et d'abus dans l'exercice de sa charge. Ce procès difficile ne dura pas moins de (rois ans. Malgré son talent oratoire, malgré les services rendus autrefois à la mère du roi, dont il défendit la cause dans l'affaire du Connétable, Poyet succomba, et, frappé dans ses biens comme dans s^. considération, il se vil condamné à une amende de cent mille livres et ;i la perte de toutes ses dignités (1). Le zèle déployé par Minard dans cette occasion fut jugé assez sévèrement par l'opinion publique, car les dépouilles de la victime étaient d'avance promises au secrétaire Bavard, proche parent de l'accusateur.
Le crédit d'Antoine Minard ne finit point avec le régne de François P"" ; Henri II lui témoigna la même
(I) Le chancelier Guillaume Poyet a altaché son nom à l'ordonnance de Villcrs-Cotterets (15^9), longtemps appelée la Gidllelmine. Il fut, selon toute probabilité, sacrifié au ressentim.-nt de la duchesse d'Etampes, irritée de l'ailiarnement qu'il avait mis à poursuivre l'amiral Chabot de Brion dont le roi était jaioux. Los armes qu'il avait employées dans le procès de Chabot furent tournées contre lui.
H8 JUKISPKUDENCE.
estime que son père, el, en i555, lui en donna une preuve éclalanle. Malgré les intrigues de l'Angleterre, iMarie Sluarl avait été amenée en France el Bancée au Dauphin qui, comme elle,, n'était encore qu'un enfant. Lorsqu'il fut question de donner un curateur à la future reine de France^ ce fut sur Minard que tomba le choix de la cour. Il joignit bientôt à sa nouvelle charge celle de principal conseiller de cette princesse extraordinaire, dont Brantôme vante le savoir autant que la beauté. C'est en cette double qualité qu'il signa au contrat des augustes époux, le 1 5 avril i558. Ce mariage devait consolider sa position à la cour el lui préparer un avenir plus brillant encore que son passé, lorsqu'il péril victime du fanatisme religieux qui commençait à surexciter les esprits, el préludait à la guerre civile par les assassinats.
Le cardinal de Lorraine ne cessait d'irriter le roi contre les Réformés, et contre ceux qui, sans faire ouvertement profession de luthéranisme, se montraient disposés à quelque tolérance à l'égard des dissidents. Le Parlement était surtout l'objet de ses dénonciations : « plusieurs de ses membres, disait-il, pensaient mal de la foi, faisant évader et mettre en liberté tous les accusés de ce crime d'hérésie et n'en condamnant un seul à mort, ce qui était directement contrevenir à l'ordonnance du feu roi par laquelle il ordonnait que tous atteints el convaincus de ce crime fussent brûlés el leurs corps réduits en cendres » (i). Il faisait habile-
(1) Mémoires de Vie!!c\ille.