SÉBASTIEN M ARC A IL LE
/.es (inliquilés du prieuré de Souvigny en Bourhonnais par F. Sebastien jNLiiiCAiLLE, « bachelier en théologie, sous-prieur et vicaire-général de Monseigneur l'abbé de Cluny au dit prieuré », appartiennent à
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la fois à l'histoire et à la controverse : néanmoins, malj;ré son titre, ce volume est moins un ouvrage d'archôo- 'ogie qu'un recueil de légendes et un livre de pié(é. L'auteur le dédie « à Monseigneur l'illustrissime et révércndissime Messire Claude de Guise, abbé et généra! administrateur de l'abbaye et de tout l'ordre de Cluny », et le met sous la protection de ce puissant siiigneur ; mais pour ménager toutes les susceptibilités, il a soin d'ajouter quelques paroles d'éloge à l'adresse de « Messire Philippe de Birague, conseiller et aumônier du roi, seigneur et prieur commendataire dudit lieu » à qui l'on devait la restauration des bâlimenls de l'abbaye et qui avait obtenu du roi la conservation des murailles de la ville, condamnées par le gouverneur du Bourbonnais.
Quoique restreinte, la partie historique et archéologique de ces Jnliquités est loin d'ôtre dénuée d'intérêt. Situé autrefois sur le diocèse de Clermont, à peu de distance de Moulins, le prieuré de Souvigny a une origine fort ancienne : celle abbaye est en effet la troisième fille de Cluny (i). De nombreux privilèges lui furent accordés par les sires et ducs de Bourbon, les rois de France et les papes. Si les seigneurs de Bourbon, qui possédaient Souvigny à titre de lief héréditaire, demeurèrent suzerains de la ville, l'abbé de Cluny, en tarit que prieur, en fut le seigneur direct; il eut le droit de justice, sauf dans quatre cas réservés au suzerain (l'homicide, la
(I) La première fat la Cliarilé-sur- Loire, la seconde Saint-Maitirides-Chainps à Paris, la troisième Souviyny, la (lua'rieme Saii\ii!uii{;e-.
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fausse-monnaie, !e rapl el l'adullère) el !e droit de ballre monnaie (i). Deux fois, au onzième el au quatorzième siècle, les habilanls de Souvigny tenlèrenl de se soulever conlre les officiers du prieur : mais, grâce à l'inlervenlion du pouvoir royal^, l'aulorilé du prieur sortit victorieuse de ces épreuves.
On sait combien les premiers Capétiens s'attachèrent à se concilier le clergé. Nous en trouvons la preuve dans le livre de Marcaille: deux de ces princes, Hugues Capel et louis VII accompliretil un pieux voyage à Souvigny. Hugues Capel y vint accompagné « du comte Burchard el de son fils Monsieur Refiault, évoque de Paris. » Il y fil faire de magnifiques funérailles à saint Mayeul, mort récemment au prieuré, voulut y assister personnellement, el contribua de ses deniers à l'érection de son tombeau. Plus tard, l'an i 173 (ou i lyS) l'évêque d'Auvergne Pense, agissant « par le mandement d'Etienne abbé de Cluny », en présence et du consentement de Louis VII, mil la paix entre les religieux et les habilanls en désaccord sur la pratique de certaines coutumes locales.
Comme les princes el les rois, le Saint-Siège étendit sa protection sur l'abbaye de Souvigny ; trois papes, Urbain II, Lucius III el Ilonorius IV reconnurent et augmentèrent ses droits. Lorsqu'il vint en France pour
(1) Sur celte monnaie on voit d'an côté saint Mayeul, l'un des patrons de Souvigny, de l'autre la croix armoriée, et ces mots en exergue : Ue Silviniaco. Les suzerains s'associèrent parfois avec le prieur pour battre monnaie en commun; le bailli d'Auveri^fnt* reçut Je la cour l'ordre de laisser circuler cette monnaie dans toute l'étendue de son ressort.
prêcher l;i première croisade, Urbain II alla visiter Souvigny, y résida huit jours, et là, en présence d'ArchambauIl V, d'Adhômar de Monleil, évoque du Puy, qui fut l'un des principaux chefs des Croisés, de Durand, évoque d'Auvergne (i), el d'un grand nombre de seigneurs, confirma el fit confirmer les privilèges du prieuré, en y ajoutant l'exsmplion pour les moines des peines de l'excommunication que la paroisse pourrait jamais encourir. Lucius lll interdit la construction de toute église ou chapelle dans les limites des paroisses qui dépendaient de l'abbaye, sans le consentement des religieux. C'est en vertu de ce privilège que Robert de Clermont, fils de saint Louis, el sa femme Béatrice ayant fait bâtir à Moulins, sans en demander l'autorisation au prieur de Souvigny, la Maison-Dieu avec la chapelle de Saint-Julien, durent reconnaître, sur les réclamations de ce prieur, que leur chapelle serait soumise au prieuré, et que le recteur, en signe de dépendance, paierait soiiante sols tournois le jour de- Pâques de chaque année.
Le droit de patronage du prieur de Souvigny fut reconnu dans une occasion encore plus importante. Quoiqu'il fût devenu la capitale politique du Bourbonnais^ Moulins, au point de vue religieux, n'avait pas môme rang de simple paroisse ; il dépendait sous ce rapport
(1) Oïl trouve ailleurs « Guillaume de Batia, récemuief.l noMiiué évéciuede Clennont ». {Notice sur Som'ignf par M. ChazatiJ.aidiiNiste du déparleinent, insérée dan, le [îulletiu de la Société ilTmwlalio:) de l'Allier. Lauréat de l'inslitot^ M. Chazaud met avec be-iucou]i de boime RrSce les docuineMtSidi'? archives à la disposilion dos (ravailieurs/;
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(J'\zeure el de Souvigny. Leduc Louis II, oncle de Char'es VI, dont le Bourbonnais el la France entière purent apprécier la sage et bienfaisanlD aJnainislralion (i), voulant faire cesser celle anomalie, obtint de Clément VU une bulle qui érigeait la chapelle de Noire- Dame en église coliégialo, et I Evoque de Nevers fut chargé d'opérer celle tronsformalion. Mais, en souvenir de son ancienne suprématie, le prieur de Souvigny eul le droit de confirmation lors de rélecliori du doyen, el, une fois en sa vie, le privilège, quand il viendrait visiter Noire-Dame, d'être reçu en procession par le doyen, les chanoines et les clercs (2).
Bienfaiteurs de Souvigny, les seigneurs de Bourbon désirèrenl pour la plupart avoir leur sépulture dans l'église du prieuré. On peut voir encore à présent daris deux chapelles gothiques, situées de chaque côté du chœur, et remarquables par la légèreté de l'ensemble et le fini des détails^, de magnifiques mausolées en marbre blanc, ornés de statues couchées fort belles, quoiqu'un peu mutilées, représentant plusieurs princes el priricesses de celle maison (3).
(1) Moulins lui doit son chritoaii, l'hôpital Saint-Nicolas et l'église collégiale de Notre-Dame ; Wor.lluçon le collège Saint-Nicolas ; Vichy le couvent des Céleitins. — (Marcaiile, L. VlII.)
(2) Le couvent de Sainto-Claire, desservi parles Frères Miiicurs, fut hàti dans les mêmes conditions de redevance pécuniaire (quarante-cinq sols de rente annuelle) et honoi iûque (les Frcrss Mineurs devant se joindre aux chanoines de Notre-Dame dans le cas précité).
(à) Dans l'une de ces thaj'elles furent ensevelis: Louis II et Anne dauphine d'Auvergne; Jean l^^ qui mourut en Angleterre, el Marie dé Berry, duchesse d'Auvergne, comtesse de Monfpensier; et François de ChalcUerault, frère du connétable, tué a Marignan; dans l'autre, dite
Lj) partie légendaire du livre comprend la vie de saint Mayeul, issu des comtes de Provence, abbé de Cluny, qui refusa la tiare et mourut à Souvigny pendant une visite pastorale, le 1 1 mai 994 ; la vie de saint Odile, de la famille de Mercœur, d'abord chanoine a lîrioude, puis religieux à Cluny et désigné par saint Alayeul mourant pour lui succéder comme abbé ; la vie de saint Léger, évoque d'Autun, l'adversaire d'Ebroin ; la vie de saint Principin, d'origine gothique, martyrisé près d'Hérisson et dont la mort a beaucoup d analogie avec celle de saint Denis. Le récit de nombreux miracles accompagne ces légendes ; ce sont, comme dans toutes les hagiographies, des malades subitement guéris ou des pécheurs endurcis ouvrant tout à coup les yeux à la lumière. On remarque pourtant une certaine originalité dans les moyens par lesquels se produisent ces miracles : ainsi les femmes stériles n'ont qu'à revêtir la robe de saint Mayeul pour devenir fécondes ; ainsi dans les tombeaux des saints Mayeul et Odile, on voit de temps en temps sourdre une eau claire et limpide qui guérit la fièvre •< et opère même sur les bestiaux. »
Ces légendes et ces miracles servent de texte à Marcaille pour opposer des arguments victorieux aux objections des calvinistes, car son but n'est pas seulement
chapelle neuve : Charles I" et sa femme Agnès de Bourgojjiie, Hlle de Jean-sans-Peur; Jean 11 qiii fut l'âme de la ligue du Bien public; Pierre II, sa ûlle Suzanne, et sa fomine Anne de France, fille de Louis XI. D'autres seigneurs de Bourbon furent enterrés au couvent de Saint-François de Champagne, près Souvigny ; Robert de Clermont et son (ils Louis I^"" avaient leur tombeau dans l'église des Jacobins de Paris. (Marcaille, L. VIII j
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« (1 iiiviler les fidèles ù louer et magnilier le créateur in sauclis suis, *) mais surtout c de combiUlre les mécréants qui condamnent le culte des saints. » Il établit donc que la prière adressée aus saints est efficace, bien que les calvinistes prétendent « qu'ils sont trop loin de nous et n'ont pas les oreilles assez longues; r il fait de savantes dissertations sur la vertu du signe de la croix, au moyen duquel saint Mayeu! opérait la guérison des malades; et que les réformés dédaigneiit, « nous reprochant par moquerie que noui chassons les mouches quand nous faisons ce sacré signe; » sur l'extrêmeonction que rejellenl les protestants; sur l'eau bénite que n'admettent par les hérétiques, sur les prières pour les trépassés, sur l'utilité de continuer ces prières, môme quand elles durent depuis quatre à cinq cents ans; sur l'avantage d'être enterré dans les églises; coutume que les rois, princes, évèques ont adoptée, u et qui devrait confondre et faire rougir de honte nos hérétiques modernes disant que toute terre est également sainte et bénite » ; sur les bons effets des pèlerinages, en dépit de l'opinion des adversaires de l'Eglise prétendant qu'ils sont inutiles, puisque Dieu est partout, et souvent nuisibles, car ils sont généralement causes de nombreux péchés ; enfin sur cette question qui résume l'ouvrage: « que la vénération des reliques n'est pas, comme disent les iiôréliques, acte d'idolâtrie, et qu'il n'est pas ridicule d'allumer en plein jour des lampes ou à^ii, cierges devant leurs images ».
Nous avons cru devoir donner un résumé rapide de
celle partie de l'ouvrage de Marcaille, car il nous semble qu'on peut y voir la trace des préoccupations des esprits à la fin des Guerres de Religion. En proclamant la liberté de conscience et de culte, l'Edil de Nantes avait fait perdre en France au catholicisme un terrairj qu'il s'efforça énergiquemenl de reconquérir : les armes étant rentrées au fourreau, c'est par la prédication, le confessionnal, l'enseignement et les livres qu'on travailla à obtenir l'atténuation et finalement la révocation de cet acte célèbre^ si diversement apprécié, qui inaugurait l'ère de la conciliation, mais qui, aux yeux de bien des gens, avait le tort d'introduire dans le monde religieux des idées de tolérance dont ne voulait pas l'Eglise. Aussi les personnages ecclésiastiques appelés à donner leur approbation, Simon Croyssant, docteur en théologie, recteur de l'église paroissiale d'Yzeure, Piquelin, prieur des fJarmes, Ferrot, prieur des Frères Prêcheurs, et Claude Feydeau, doyen de Notre-Dame, accueillent-ils avec joie l'apparition d'un ouvrage destiné à confirmer les catholiques dans leur foi, « et à bien rembarrer les hérétiques. » De pareils livres, dit Feydeau, « écrits avec la prudence du serpent et la candeur de la colombe, doivent contribuer au bon gouvernement de la barque de Pierre, autour de laquelle les vents furieux de l'hérésie soulèvent de si grandes tempêtes (i), » Les laïques eux-mêmes joignent leur voix 5 celle des ecclésiastiques : Antoine de
(I) Feydeau : Disscrtalion en latin sur le livre de Marcaille.
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Laval consigne son admiration dans des vers assez médiocres, mais, en pareil cas, l'inlention ne suffit-elle point (i)? Claude Billard, l'auteur de V Eglise triomphante, fait chanter sa muse en latin et en français, et termine par ce vers qui dut êlre pour Marcaille une bien douce récompense de ses labeurs :
C'est lui qui foule aux pieds l'iiérésie et ses cliarines (2).
Ce livre a pour nous un intérêt d'un autre genre. A la suite du privilège, se trouve la délégation qui en est faite par Marcaille à maître Pierre Vernoy, libraire et imprimeur du roi en sa ville de Moulins ; et plus loin celte mention : « achevé d'imprimer le 23 octobre 1 6 1 o » . Cette date semble êlre celle de l'inauguration de 1 imprimerie Moulinoise ; les Antiquités du prieuré de Souvigny étant le premier ouvrage connu qui soit sorti de ses presses. A Pierre Vernoy succéda Claude Vernoy, qui eut lui-même pour successeurs sa veuve et son fils, qui s'appelait aussi Claude. Ce dernier s^intitule
(1) Ici l'âme dévoie a de quoi se repaître,
Ici le catholique aujourd'hui voit paraître Les preuves de sa foi contre les séparés!
(2) Il eiiste deux autres ouvrages, mais manuscrits, sur le prieuré de Souvigny, l'un du P. Mesgrigiiy, prieur de 1650 à \i)')'2, l'autre de l). Hilaire Triperet, procureur général de l'ordre de Cluny, exilé à Souvigny en 1736, comme Janséniste. Ces ouvrages sont analogues à celui de Marcaille, mais on y remarque un peu plus de critique; la partie hagiographique y est moins développée. Mesgrigny a cependant emprunté des chapitres entiers à Marcaille; peut-élre l'un et l'autre avaient-ils copié un même auteur resté inconnu. L'enthousiasme de Mesgrigny pour son prieuré est extrême, il pense que l'univers le partage ; ainsi ce n'est pas pour prêcher la croisade, mais pour voir Souvigny que, d'après lui. Urhain II vient en France en 109-5 !
sur l'ouvrage de Megrel, en 1686, « imprimeur du roi et de la ville », el met sur son enseigne « aux Armes deFrance. » Il paraît, cependant, que la maison Vernoy s'était divisée, car un ouvrage du R. P. Guillaume Cronier, prieur des Jacobins de la ville de Moulins, H l'oraison funèbre de très-noble et très-illustre Dame, Madame Marie-Anne Le Vineurde Tollière, religieuse professe de l'abbaye royale de Saint-Menoux », fut imprimé à Moulins chez Denys Vertioy, imprimeur du roi et de M. l'évêqued'Aulun, au Vase d'or, en 1G90. La veuve du second Claude Vernoy, n'ayant sans doute pas de fils, s'associa son neveu; un traité sur les Fièvres du D"" P. Hutyer, doyen du collège des médecins de Moulins, fut en effet imprimé, en 1 707, chez la veuve de Claude Vernoy et Claude Dechome son neveu, imprimeurs de la ville et du collège royal, ;< aux Armes de France »,