PIERRE PETIT
qui avait élutlié la médecine el qui est surtout connu comme poète lalin moderne.
La science de Petit n'était pas purement spéculative ; il s'efforçait d'etj faire d'utiles applications. C'est ainsi qu'il rendit un grand service au commerce en réduisant toutes les mesures de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique à celles de Paris. Emule de Pascal, il inventa un cylindre arithmétique, el une machine pour mesurer le diamètre des astres.
Celle existence si honorablement remplie s'éteignit en i6;7. Pierre Peîit mourut à Lagny-sur-Marne, où il s'était retiré auprès d'une de ses lilles, religieu^e dans une maison de cette ville.
vu
I-INGUISTKJUi;. — r.ONTROVERSK. — TIlADL CTIONS. f'.UM.M i:.NTA I R KS. — SCIENCES OCCULTES. — M ÉDECl.N E
CLAL'DK DL'RE'i". — Des causes et effets des décadcucts et nnit.ilions des Empires. — Trésor des langues de cef iiuivers. — Traité du flii:^ et du reflux. — Ili.-loire admirable des plantes.
SÉBASTIEN MAKCAII.LE. — I.cs aiiliiniités du prieuré de Souvignv en Bourbonnais.
GILBEUT GAUI.MIX. — Ipbigénie, tragédie en vers grecs. — lihodante cl Dosiciès. — Isniénias et Ismùne. — La vie et la mort Je Moïse. — Remarques sur le faux CalHsthène. — Le livre des lumières de Pilfav — De rinf.inlicide dans la républiijue de Cnrlhage-
HI-AISE DE VIGEMÎîRE. - Travaux d'érudition et d'histoire. — Ouvrages de piété. — Traductions et commentaires. — Sciences occultes. — Chroniques et anuales de Polcgne. — Description du rojaume de Pologne. — Les Image.< de Philostratc. — L"Art militaire d'Onosander. — L'Histoire des Turcs de Chalcondvlc. — Les (Commentaires dp César. — La Jérusalem du Tasse. — Tj-aité des Comètes. — Traité des Chiffres. — Traité du Feu it du Selj etc.
ANTOIXE MIZAIILT. — Le Miroir du temps. — Le Miroir de l'air. Cometographia. — .t'.ïcub.pii et Urauia? conjugium. — Planctidogia. — De num'ij spherâ. — ZoJiacus. — Planctir. — Les secrets i!e la Lune — Phvsiognomonie. — Jardin médicinal. — I',p!v''niéridcs de l'air et .astrologie rustique.
JEAN DE LORME. — Trait,:' de la rate.
ClIAHLES DE LOUME. — I.aarea ApoUinaris. - Encyclopi^aie.
EHANÇOIS DE FOUGEROLLES. — Théâtre de la Nature. — Vies des Philosophes. — De senum alTectibus pr<ecavendis nonnullisfiiie curandis cnarratio.
P. JAQUELOT. — L'art de vivre longuement.
tlEAX .AUBERV. — Antidote de l'amour. — Apologie de la médecine — Traité
des bains de Bourhon-l'Archamhault et de Bouibon-Lancv. riERRE TERREAU. — La singulière vertu de la fontaine de Saint-Pardoux. .IEA\ BANC. — La mémoire renouvelée des merveilles des Eaux naturelles.
CLAUDE DURKT
Malv^ré son litre de Président au Présidial de .Moulins^ le Moulinois Cr.vuDE Duret (i565-i6ii) est moins un jurisconsulte qu'un philosophe, un érudit et un savant. Il a, en effet, composé un Dis^ cours sur les causes et résultats des décadences et mutations des Empires ;[ï\\ Commentaire sur la seconde Semaine de Du Barlas ; un Traité de la vérité des causes et effets des divers cours, mouvements, flux, 7'eflux cl salure de la mer; une Histoire admirable des plantes, et un Trésor des Langues de cet univers.
Le premier ouvrage est une tentative faite pour introduire la philosophie de l'Histoire et les règles d'une saine critique dans l'étude, si peu sérieuse encore, de la formation et du développement des sociétés humaines. Que de labeurs, que de tâtonnements ne fallut-il pas avant de pouvoir dissiper les ténèbres dont la routine
et une religion mal comprise avaient enveloppù la science ! Durel nous apprend, dans sa préface, qu'on cherchait^ même de son lemps, la cause des révolutions des Empires dans les horoscopes, les constellations, le mouvement du huitième et du neuvième ciel, les éclipses, la marche des planètes, l'apparition des comètes^ ou la vertu des nombres. Il combat de toutes ses forces de pareilles chimères : « Nous soutiendrons fermement et assurément, dit-il, que c'est une erreur et abus du tout insupportable en matière de religion et hisloire. » (i) Si l'on prétend que ces théories ne sont pas l'œuvre de charlatans vulgaires^ mais qu'elles ont été préconisées par des savants dont le nom fait autorité ; que Nicolas Copernic, par exemple, < a cru et estimé les décadences, mutations, changements et ruines des monarchies, empires, royaumes et républiques, dépendre et provenir de l'excentrique du petit cercle et de son tour et mouvement », (5») il défend la mémoire de ce grand homme et accuse ses disciples d'avoir abrité derrière son nom leurs propres rêveries, ne pouvant pas penser qu'il se trouve quelqu'un » de sain et entier entendement » capable de croire « dépendre et provenir aucune verlu, force ou puissance en cet univers des cercles terrestres. » (5) Il ne veut pis qu'on accorde plus de créance au Milanais Jérôme Cardan, ou au Florentin Juncii, deux célébrités de ce siècle, qui faisaient dépendre les destinées des
(I) Durel : Mutations des Empires, p. 103. i'I) Diiret : !l)i(l. p. 109.
^3) Durel : Ibid. p. 110.
CLAUDE DIRET. 183
Empires de la radiation plus ou moins vivede la dernière éloile de la queue de la Grande-Ourse, et prétendaient que si l'Empire avait passé de Rome à Constanlinople, puis à la Gaule et à l'Allemagne, c'est que cette étoile s'était successivement trouvée verticale à ces différents pays ! Nous ne pouvons nous empêcher de sourire en voyant des hommes graves (Juncli était médecin et docteur en théologie) établir une étroite alliance entre l'horoscope des souverains cl non-seulement le sort de ces princes, mais encore la destinée de leurs étals et de leurs sujets; (i) ou nous assurer que les religions sont nées de
(1) On ne saurait s'imaginer combien ces croyances étaient {générales il la tin du seizième siècle; Uenri IV lui-même (nous aimons à penser que ce n'était pour lui qu'un jeu, ou une condescendance aux désirs (ie Marie de Médicis) fit tirer l'horoscope de son fils par son médecinastrologue La Rivière. Lava! nous apprend qu'en 1600, lorsque Henri IV passa à .Moulins en allant combattre le duc de Savoie, un des principaux seigneurs du Conseil vint le trouver dans sa bibliothèque pour lui dire en secret qu'un homme du Bourbonnais s'atiribuait le rôle de devin et lui demanda ce qu'il fallait penser de son art et de son talent. Ce fui l'occa-ion pour Laval de confondre tous les astrologues et leur chef Juncti, et de dévoiler sans peine l'imposture de leur prétendue science, et l'inanité de leurs horoscopes. Nous croyons, à cause de leur rareté, pouvoir reproduire les trois horoscopes suivants : « Il a le chien mineur, dit Juncti de Henri III, en la douzième maison qui donne les royaumes, les empires, les piiissances; c'est pourquoi il a été élu roi de Pologne; et parce qu'il a le Solei! en la neuvième il est parvenu au trône de France". Ainsi, dit Laval, .luncti a fort bien deviné ce qui avait eu lieu; mais que le roi eût à craindre la rébellion générale de son état, qu'il eût à se garder d'un traître, qu'il fût menacé par un moine, ni chose approchante, il n'en est pas question : — Voici conament Juncti parle d • Henri IV : « Le roi de Navarre fut airèté en 157"i, puis élargi: la cause de cet accident fut que la Lune lui était en signe violent en la septième maison, et avait en quadrangle .Mars en signe aussi violent: il fera des voyages avec quelque péril et danger, comme le montre Mars en la troisième maison du ciel. Mais pour ce que Vénus, qui est Dame de son horoscope en la deuiième,
la conjonction des planètes : Saturne et Jupiter ayant produit le Judaïsme, le Soleil et Mars le Mahoraélisme, Jupiter et Mercure le Catholicisme ( i). Durel fait retomber la responsabilité de ces sottises sur Roger Bacon et môme sur Pierre d'Ailly. Quant aux éclipses, ce qui, à ses yeux, prouve surabondamment qu'elles n'ont aucun pouvoir sur la destruction des Empires, c'est que, € si cela était vrai, depuis que l'univers est créé, il n'y en aurait pas un actuellement sur la terre, car il ne s'est pas passé une année sans éclipse. » (2) Les Nombres n'ont pas plus de vertu, quoiqu'on puisse établir certains rapprochements ingénieux entre des événements survenus sous des princes de même nom et à des dates qui offrent quelque analogie; (5) mais il ne faut voir là que les jeux du hasard.
et partie de la Fortune s'entrevoient de bon aspect, cela lui signiGe de (î andes richesses par succession. 0<i3"t à ce qu'il a la Lune en la septième maison, j'ai assez écrit en d'autres nativités ce que cela si- Snilie». Pour les richesses, ajoute Laval, cela était facile à deviner, car il était déjà le plus riche prince de France, et pour ce qui est de la Lune ainsi placée, d'après lui c'est le si^ifne d'une vie malheureuse.— Enfin, dans rhoroscope da la reine Marguerite. .lundi assure « que sa nativité a un grand rapport, une {jrande analogie avec celle du roi son époui et qu'ils ne peuvent manquer de faire bon ménage » !
(1) Cardan : Supplément aux Ephcmérides.
(2) Duret : Mutations des Empires, Chap. VIll.
(3) Ainsi un Constantin fonde Conslantinople, un autre Constantin la voit périr; d'illustres généraux, Philippe, Antigone, Annibal, S.Tloritis furent borgnes: Henri de Valois fut couronné à Cracovie le jour de la Pentecôte, et le même jour de l'année suivante à Rmius. Tarquin et Néron ont porté le surnom de Sextus, comme l- rappelait à Alexandre VI ce distique célèbre:
Sextus Tarquinius, Sextus Ncro, Sextus et iste; Semper sab Sextis pcrdita Roma fuit.
D'aulres écrivains allribuenl aux Démons et aux Anges une large part dans l'avenir des différents Etals, et Durel cite à ce propos un épisode fort curieux de rhistoired'Espagne:c( J'ai ouï assurer de bonne pari,di til, que les Espagnols d'aujourd hui, ennemis conjurés de cet état et couronne de France, ayant assurance certaine et indubitable de longtemps que saint Michel l'archange avait été, depuis l'origine de notre Etat Français, commis et préposé de Dieu pourôlre le gouverneur, modérateur, prince, tuteur, patron et défenseur d'icelui Etat nôtre, qu'il gardait et conservait très-soigneusement et diligemment contre les autres Anges des autres monarchies, se sonlvoulu évertuer, ilya quelques mois, en une ville d'Espagne, d'avoir et tirer réponse de cet archange appelé et conjuré par eux avec certaines maudites et impies oraisons, ou plutôt incantations et conjurations, louchant I état futur d'icelui notre Etat, et de l'induire à le délaisser et abandonner, afin de l'usurper et empiéter incontinent. Mais cet'archange leur a fail réponse telle : qui! esta lui impossible de délaisser le gouvernement d'icelui Etal, auquel il a élé commis et préposé parle Dieu vivant, depuis la conversion et ruine de l'Etat Israëlitique jusqu à la fin des siècles. » (i) Mais quoique ces auteurs appuient leurs assertions sur l'exemple des Romains qui, au commencement d'une guerre, appelaient à eux les divinités des peuples ennemis, il réfute leurs arguments avec une grande force de raison : « L'avenir, leur dit-
(1) Duret : Mutations des Empires, p. 409.
186 KRLDITIOX.
il, npparlienl à Dieu seul el lui seul est le mailre; les Démons, comme les Anges, ne peuvent, usurper sa science, m 11 répond de la même manière à ceux qui craignent que le monde ne finisse au bout de ses six mille ans d'existence : « Les choses de Dieu nui ne les a connues, sinon l'Esprit de Dieu. > (i)
Quelles sont alors pour Durel les causes des changements des Empires? Il en reconnaît deux : « les méchantes et perverses actions, les déporlements, vices et péchés des hommes ; les vicissitudes de cet univers conduit et gouverné par la seule sagesse, providence et justice divine. » (2) Un chapitre entier de son livre es^ consacré à développer celte peiisée du poêle : Morlalia fada peribunt î Un autre examine Tinlluence que la conduite des princes peut avoir sur la fortune de leur famille et de leurs peuples : ceux-là étant menacés de perdition qui vivent dans le dérèglement, c;ir « la voluplé et la paillardise » engendrent le mépris, et le mépris public est la condamnation des souverains. Duret qui, de son vivant, avait pu voir les événemetils justifier ses théories, n'en demeure pas moins partisan dévoué du pouvoir royal : il trouve dans la Nature l'indication du régime monarchique et de l'unité de commandement, « les abeilles ayant un roi, les chèvres un bouc, les grues un chef qui conduit cl gouverne leurs compagnes; » (5) et c'est dans le même sens qu'il inler-
(1) SainTPaul : Epitre aux Corinthiens.
(2) Duret : Mutations des Empires, p. 91. (i) Duret: Ibid , p. '23.
CLAUDE DCRET. 187
prèle un passage de Platon sur l'excellence de la Géoméirie. (i)
La famille est pour lui la première société; le pouvoir palernel la première forme de gouvernement. Du développement de la famille sont nés les Pan;i, ou réunion de tous ceux qui puisent l'eau à la même fontaine ; à leur tour les Pagi ont produit les Villes, et les Villes les Etals. Les colonies sont des Etals adultes dès le berceau : « comme un nouvel et récent essaim d'abeilles, ou bien ainsi qu'une greffe ou rameau pris et lire d'un arbre pour anler el planter, lequel prenant une fois racine esl plus tôt prêt el appareillé à produire el porter fleurs et fruilsquecelui qui vient elsortdu grain, noyau ou semence. » Duret admet avec Platon, Arislote etPolybe une sorte de révolution périodique dans lesgouvernemenls, l'aristocralie amenant l'oligarchie, celle-ci la démocratie, puis l'ochlocralie, la monarchie el la tyrannie. Cependant ne voulanl pas être un servile imi-
(I) Plalon : République, L. VU. — La Géométrie y est désignée comme « la vcrilé éternelle ». Duret, comparant à l'arithmétique la Démocratie, « la tumultueuse confusion de la ConiTnune •, et à la £;éométrie l'Aristocratie, c'est-à-dire « la raison », ajoute, non sans quelque subtilité : • Ce qui dénote l'autorité que doivent avoir les Grands et les gens de bien et d'honneur, d* conseil et de prévoyance, par dessus la commune populace ignorante et brutale ; la plupart encore vicieuse, débauchée, téméraire et précipitée, qui ne cherche que l'égalité dont il n'y a rien de plus inutile et pernicieux en un Etat ; au moyen de quoi Dieu en toutes choses, en tant qu'elles le permettent, et que faire se peut, la soustrait du monde. [Mutations des Empires, p. 170. j
On le voit, malgré la hardiesse des Etats de Tours, l'égalité des droits entre tous les citoyens passait aux yeux de bien des gens d'une valeur incontestable pour une dangereuse utopie. Que de travaux, que de luttes ne fallut-i! pas pour faire de C'Ue égalité l'un des principes fiindamentaux des sociétés modernes :
taleur, il donne aussi sa classification parliculière el reconnaîl quatre modes dans ces changements: i" quand un pays passe de la monarchie à la république, el réciproquement; 2" quand^ sacjs changer la forme du gouvernement, il change la famille régnante, comme l'Angleterre élevant les princes d'York sur le trône des Lancaslres; 5' quand, sans changer la famille ou le régime, il subit une modification dans l'exercice de l'autorité, ce qui arriva sous Louis XI qui mit les rois hors de page ; 4" quand, enfin, il accepte une modification dans «es croyances, ses lois ou ses mœurs, comme au temps de la Réforme. La théorie de Duret est spécieuse, mais elle a l'inconvénient d'être à la fois moins large el moins précise que celle de Polybe.
Cet ouvrage, que Claude Duret publia avant sa trentième année, n'était que le prélude d'une, œuvre beaucoup plus considérable, à laquelle il travailla toute sa vie el qu'il put à peine achever avant de mourir, la Trésor de l'histoire des langues. (1) Par les soins de
(1) Nous transcrivons le titre dans son entier pour donner une idée de l'ouvrage: Trésor de l'histoire des Langues de cet univers, contenant les origines, beautés, perfections, décadences, mutations, changements, conversions et ruines des langues : hébraïque, chananéenne, samaritaine, chaldaique, syriaque, égyptienne, puniqne, arabique, sarrasine, turquesque, persane, tartaresque, africaine, moresque, éthiopienne^ nubienne, abyssine, grecque, arménienne, serviane, esclavonne, géorgienne, jacobite, cophtile, étrurienne, latine, italienne, catalane, espagnole, allemande, bohémienne, hongroise, polonaise, prussienne, poméranienne, lithuanienne, vaiaque, livonienne, russienne, moscovitique, gothique, normande, francique, iinnoise, laponienne^ bothnienne, béarnienne, anglaise, indienne orientale, chinoise, japonaise, javienne, indienne occidentale, guinéane nouvelle, indienne îles Terres-Neuves, etc., déplus, les langues des animaux et des oiseaux.
sa veuve, le raanuscrit fui confié au savaiilPyramus de Caridole, qui le fil imprimer à Cologne, el le dédia à Maurice de Nassau, comme au prince le plus éclairé de l'Europe, el le plus capable, grâce aux relations commerciales des Hollandais, de le répandre jusque chez les nalions les plus loinlaities.
Les langues sonl le lien des inlérôls, des idées el des affeclions ; les plus fermes amitiés, celles qui promenaient de durer éternellement^ languissent et meurent sans leur secours (i). Mais- les langues elles-mêmes ne seraient qu'un instrument imparfait de civilisation sans Técrilure : Duret en fait un pompeux éloge (2). Nulle élude ne saurait donc avoir plus d'importance que celle de la formation el du développement des langues parlées el écrites. Comment se sonl- elles formées ? Quelle est leur origine ? Quels en furent les premiers monuments? Ces graves problèmes qui se rattachenl à la question des races humaines et qui ont divisé la science en deux camps si tranchés, les défenseurs de l'unilé et les partisans de la pluralité dans la création, sonl résolus
(!) Th. Bibliander (Buckmaiin, théologien suisse) : De ratione communi omnium linguarum et litterarum.
(2) « Par icellcs lettres sont écrites les choses les plus utiles au monde, comme les lois divin' s et humaines, sentences, jugements, testaments, conlraîs, traités publics et particuliers et autres telles choses nécessaires à l'entendement de la vie humaine. Ceux qui sont longtemps y a morts revivent en la mémoire des vivants et les éloignés les uns des autres communiquent avec leurs amis absents, comme s'ils étaient présents ; sont tenus et mis eu lumière les Saints Livres de la parole de Dieu, les sentences des sages hommes, la philosophie, et généralement toutes les doctrines et sciences transmises toujours de main en main aux suivants. *
(Trésor des Langues, p. 6.)
par Durel dans le sens de Torlliodoxie : c'est sur les Livres Saints et sur les traditions juives et chrétiennes (ju il fonde ses opinions. D'après ces traditions, il aurait existé dès les temps les plus reculés trois alphabets dont notre auteur donne la figure : le premier apporté par l'ange Raphaële Adam qui s'en servit pour écrire divers ouvrages qu'on voyait encore au temps des premiers chrétiens (i) ; le second composé par les premiers hommes qui imitèrent la forme des astres et que les cabalistes appellent l'alphabet des anges; le troisième donné par Dieu à Abraham, quand il quitta la Chaldée. De leur combinaison se sont formés les différents caractères usités chez les Israélites, et qui, à l'origine, représentaient, comme les hiéroglyphes, « un bœuf, une maison, un chameau, une porte, un clou pointu, etc., en un mot tout ce qu'on voit de l'œil et tout ce qu'on croit par la foi. » Les premiers monuments écrits furent une pyramide sur laquelle Seth consigna les prédictions liiites à Adam, et quatorze colonnes, les unes en airain les autres en briques, où Cham, fils de Noé, « que les païens nomment Zoroaslre », retraça les principes de la Magie et des sept arts libéraux. Pendant longtemps il n'y eut sur la terre d'autre langue que l'hébreu ; u par conséquent, » c'est en hébreu « que les anges et intelligences célestes et les âmes des Bienheureux chaulent et chanteront les psaumes de David dans le Paradis. » Les autres langues sont nées de la
(I) Saint Augustin : Cité de Pieu, XVIII, 38.
CLAUDE DDRET. 491
confusion de Babel ; sept rameaux se dégagent de celle confusion : hébraïque, assyrien, égyptien, chaldaïque, arabe, grec et lalin, et ils ont formé, par leur mélange ou leur corruption, tous les idiomes de l'univers.
Durel, on le voit, ne se pique ni d'indépendance, ni d'originalité ; il cherche la lumière dans le Temple, el^ au risque de passer pour plus crédule qu'il ne l'est en réalité, il désire avant tout vivre en bonne intelligence avec l'Eglise. Plus libre dans l'appréciation des progrès et de la décadence des langues et littératures, il accepte les théories de Bodin d'Angers qui fait suivre aux langues les vicissitudes de la civilisation (i), et, les développant, il admet Irois causes principales d'altération : le mélange des races par la fondation de colonies lointaines'; l'influence des climats rudes ou cléments, et les changements qui doivent inévitablement arriver à tout ce qui est l'œuvre de Ihomme.
Une fois ces principes généraux posés et acceptés, on reconnaît dans cet ouvrage une méthode claire et une érudition poussée jusqu'aux dernières limites. Pour chaque peuple l'élude est double : la description géographique du pays précède l'histoire de la langue et de In littérature, exposée depuis les temps les plus reculés jusqu'au seizième siècle (2). La sévérité du sujet
(1) Bodin.— Méthode de l'Histoire.
(2) Un exemple montrera à quel travail s'était livré l'auteur, et«|uil soin il prenait, non-seulement de compulser tous les traités spéciaux, mais aussi de recourir aui sources. Pour justilier les différents noms qu'il indique comme ayant été portés par la péninsule Ibérique, il invoque le témoignage d'Ortelius, deStrabon, Pline, Ptolémée, Eslienne,
n'exclul pas toujours les anecdotes piquantes qui détendent un peu l'esprit et reposent l'attention. Le lecteur fatigué par une longue énuméralion de noms propres n'est pas fâché, par exemple, de trouver quelques détails soil sur l'hippophagie (i), soit sur le royaume du Prêtre Jean (2), vers lesquels les caprices de la mode ou des
Gollh, Horace, Dioscoride, Appien, Posfel, Montanus, Josèphe, Valéiius Flaccus et Osorio. C'est à ce dernier, écrivain portugais éminsnt, ami des rois Jean et Sébastien, digne d'être surnommé le Cic .'ron moderne, qu'il emprunte l'étymologie du mot Portugal. Les géographes qui le font venir de Porliis Galloruin se trompent, dit Duret; dans les temps reculés l'emboucliure du Duero, région maritime extrêmement poissonneuse, était le lendez-vous des barques de pêcheurs; or, un poit s'élant formé à cet endroit fut appelé, à cause de c&Xd., Portas Calo, nom qui s'appliqua par la suite à la contrée voisine, et inliu à tout le royaume. Quoi qu'il en soit du plus ou moins de probabilité de ces élymologies, nous pouvons dire que si le Portugal ne doit pas son nom aux Gaulois, il se trouve, cependant, étroitement uni à la France par l'origine de sa monarchie [c'est, en effet, un Français, Henri de Bourgogne, qui a fondé la première dynastie portugaise) et qu'en dépit des vicissitudes de la politique, les deux peuples ont toujours éprouvé une vive sympathie l'un pour l'autre.
(1) « H y a une religion de iMores, ou Mahomélans, dont un chacun des religieux mange ordinairement chair de cheval, et en sachant quelques-uns d'estropiés, les font acheter à leur boucher qui, après les avoir engraissés, les mène à la boucherie, où ils ne sont pas plus tôt rais en pièces que la chair en est incontinent enlevée ; et se nomme cette religion El chenejîa.» Elle se pratiquait au Caire.
[Trésor des Langues, p. 427.'; (,'2) Par le mot Prêtre Jean, corruption du mot abyssin Belulgiam, roi (littéralement perle de grand prix), on désignait les rois d Ethiopie qui se disaient issus de Meilich, ou David, fils de la reine de Saba et de Salomon. D'autres prétendent que saint Thomas, apôtre, ayant converti le pays, les seigneurs furent clercs, et le premier souverain ayant été baptisé Jean, tous les autres s'appelèrent Prêtre Jean. A ce propos on raconte une histoire que Duret qualifie d'apocryphe, « à savoir que ceux qui régnaient éiaient élus de la main de saint Thomas (en laqurlle on mettait un cep de vigne sec), qu'ils portaient en procession, et quand il advenait que celui qui devait être élu passait, ce cep jetait des feuilles, branches et grappes de raisin, 1 squelles mûrissaient et
CLAUDE DUKET. 193
événements récents viennent de tourner la curiosité publique.
En ce qui concerne le langage des bêles, Duret veut bien reconnaître que plusieurs animaux font preuve d'une rare intelligence; que, notamment, les perroquets sont faits pour étonner : mais ce n'est pas un motif suffisant pour le déterminer à croire à l'âme des bêles, et, par suite, à la métempsycose (i). Il adhère, en cela, comme en tout à la doctrine des théologiens qui reconnaissent dans l'âme humaine quatre facultés communes avec celles des bêtes, « à savoir la végétative, la sensitive, Tappélitive, la locomotive, » mais en revendiquent une autre pour l'homme seul, « la faculté ratiocinative qui procède de Dieu. »
Duret qui consacre la plus grande partie de son livre à la langue judaïque et aux écrivains qui en ont fait usage, ne pouvait passer la Cabale sous silence. Il s'en occupe, en effet, assez longuement et lui assigne une double origine, la faisant remonter à Adam et à Moïse (2).
d'icelles était pressuré le vin duquel il disait messe ce jour là.» (p. 588) Pour Duret, Prestejan vient d'un uiol persan qui veut dire apostolique; Prêtre Jean, corruption de Prestejan, siynifie donc roi chrétien.
(1) • C'est chose certaine que tout ce qu'ils font est causé par l'impulsion de l'air, ou de la force et vigueur de leur sang, ou du premier objet qui se présente à leurs yeux, et non de la vertu ratiocinative, leur voix n'ayant rien de conforme avec leurs affections spirituelles, vu qu'il est très-assuré qu'aucun animal, eicepté l'homme, ne connaît par vrai et assuré jugement, et ratiocination ce qu'il fait et doit faire.»
(Trésor des Langues, p. 1022.)
(2) .^près sa faute, notre premier père se trouva complètement malheureux. Pour le consoler, Dieu lui envoya l'ange Raziel. Cet ange lui dit pendant son sommeil qu'un Rédempteur naîtrait un jour de lui et régénérerait le monde. Cette révélation mystérieuse fut transmise ora-
Comme savanl^ Duret se trouve un peu gêiié par ses principes religieux. Malgré Copernic, la Bible faisail encore foi en malière d'astronomie, el le mouvement de la terre ne fut généralement admis qu'après Galilée. Duret le combat, en citant tous les passages des Livres Saints où il est queslion de la marche du soleil ; il pense que a si Copernic introduisit cette étrange proposition, il ne crut, cependant, jamais qu'elle fût vraie en son entendement ^); (i) il trouve un argument dans celte plaisanterie d'Albert de Prusse disant à ses serviteurs : « Veillez bien aux verres et aux bouteilles, prenez garde que la rotation ne les casse » ! Il ne pourrait concevoir, si la rotation existait, qu'une (lèche lancée perpendiculairement retombât à son point de départ. C'est qu'il faudra attendre encore près d'un siècle celte admirable découverte, la loi de la gravitation universelle, qui explique d une manière si claire et si simple le mouvement des planètes autour du soleil et tant d'autres merveilles de la création qu'on admirait sans les comprendre. Les progrès des sciences sont l'œuvre du temps el de l'expérience, non moins que le résultaldes méditations du génie : ne faisons point un Irop vif reproche à Duret de
lemeiit de père en fils pendant les premiers âges de l'humanité, et donna lieu à diverses inlcrprélations d'où sortit la Cabale transformée au moyen âge en science ocjulte. A Moïsu se rattache une Cabale particulière que ses adeptes étudient dans le Talmud, recueil de traditions mêlée* de fables, qui se place à coté de la Bible comme la Sonna à côté du Koran.
[\) Discours de la lérité des causes et effets des divers cours, mom'ements, flux et reflux et salure de la mer océane, mer mèditerranèe et autres mers de la terre.— p. 32.
CLAUDE DUUET. 195
ne pas avoir devancé Newton ; il fut un homme distingué pour son époque, et son frère fait un pompeux éloge des connaissances géométriques, géographiques el astronomiques dont il fait preuve dans ses Commentaires sur la seconde Semaine de Du Barlas. (i)
Il se permet môme, lorsque sa foi n'est pas entièrement engagée, une certaine liberté de penser : c'est ainsi que, dans la question des antipodes dont une foule d'écrivains religieux : saint Jean Chrysostome, Théodorel, saint Grégoire de Nazianze, Procope de Gaza, saint Augustin, Lactaiice, saint Boniface (2) ont nié 'existence, i! est heureux de rencontrer le témoignage de saint Clément, premier disciple de saint Pierre, pour aflirmer sa croyance sur ce point, croyance dont il démontre le fondement par les découvertes des navigateurs modernes qui ont confirmé l'opinion d'Elien, de Platon, Ârislolc, Cicéron, Pline, Pomponius Mêla, Sénèque, Pîutarque, Plolémôe, Averroès, Ramusio, éditeur du périple d'Hannon, etc.
Dans son Discours sur le mouvement des Eaux, bie;i qu'il emprunte b3aucoup de ses théories cosmogo-
(I) Du Barlas avait inspiré une profonde admiration à son commentateur qui, parîa[j<ant l'engouement de son siècle, qualifie ses vers d'excelienls, l'appe.le un dos plus grands poëtes de son temps, et le ciîe souvent comme une autorité.
"i) Ce dcr.'iie; accusa d'hérésie et fit condamner Virgile, évêquc de SiKzbourg qui, dans un serm)ii, avait parlé des antipodes comme pouvaiil exister, « ce qui était vouloir introduire un autre Christ. » Lival qui rapnirle aussi ce procès fuit à Virgile, ajoute qu'un assesseur de Poitiers fit brûler Macrobc co:iiine luthérien : (Lava! . Professions nobles, p. 16. ïi.\
niques aux anciens poêles, aux anciens philosophes, aux alchimisles, à Anaximandre, Anaxagorc, Xénophane, Arisloîe, Pline, Albert le Grand, Cardan, etc., et que, pour expliquer le mouvement des lleuves, il prétende qu'ils coulent vers le centre de la pesanteur de la terre (i), il n'en a pas moins le mérite de réfuter un certain nombre d'erreurs acceptées de son temps comme des vérités, « à savoir que les eaux coulent toujours du septentrion comme partie plus haute de la terre vers le midi, partie plus basse » {2); « qu'il y a certaines étoiles de vertu sèche et froide, principalement au pôle arctique, lesquelles ont telles forces et puissances sur les choses inférieures qu'elles poussent el chassent les eaux des terres septentrionales vers les autres parties de la lerre » (5) ; « que les eaux (luviales, pour se reformer, découlent toujours de la mer, qui est plus haute que la terre, aux lieux bas el inférieurs » (4); enfin, l'explication qu'il donne du flux el du reflux, qu il attribue en grande partie au mouvement de la Lune, se rapproche assez des données de la science moderne. (5)
(1; 0 Comme la (erre n'est pas également pesante de tous côtés, qu'elle est en quelques-unes ilc ses parties caveriicuse, vide', sèche et légère, et en d'autres épaisse, massive et pesante, il s'ensuit ([u'icellc «'étant suivant sa grandeur également pesante, son centre de pesanteur n'est le centre de sa grandeur », et comme, à cause de leur propre pesanteur, les eaux dierchent à se rapprocher de ce centre de pesanteur de la terre, a il est de nécessité naturelle que la terre demeure en certains endroits découverte d'eaux. » (p. i36()).
(2j Duret : Mouvement des Eaux, Ch. IX cl XVIII.
(3) — Ibid. Ch. XI.
(1) — Ibid. Cb. XV.
(5) Les derniers chapitres de cet ouvrage sont consacrés au Déluge, dont la cause, dit l'auteur, est la seule volonté de Dieu, et à la description
Aujourd'hui que les découvertes scienliûques ont été vulgarisées par tant de sérieux travaux, on s'étonne que des hommes de mérite aient cru devoir discuter de si grossières rêveries ; mais on ne se ferait pas une idée suffisante du service immense rendu à l'esprit humain par nos savants, Fermai, Descartes, Pascal, et leurs rivaux étrangers, si l'on ne se représentait pas combien les plus bizarres, les plus incroyables erreurs étaient universellement répandues, Claude Durel fut, â une grande distance sans doule, le modeste collaborateur de CCS hommes de génie. Néanmoins, dans son Histoire des Plantes, on constate un singulier mélange de notions exactes el de contes dignes des Mille et une Nuits, (i) Une partie de l'ouvrage est consacrée à î'étude des zoophytes a ou plant-animaux, c'est-à-dire plantes vivantes el sensitives comme les animaux, avec les portraits dicelles au nature!, choses incrédibles, ou plutôt miraculeuses en nature, non vues ni connues par aucun des anciens auteurs, mais seulement par certains modernes voyageurs et navigateurs ». Etait-ce dans l'intention
(le l'arche de Noc. Duret nous apprend à cette occasion que «certains pervers astroioguesn de son siècle avaient prédit qu'à cause du rapport -des consteilalions enire elles, il y aurait un délugeen \b2i, «contre leiprcsse iiarole de Dieu, insérée au chapitre IX de la Genèse, s et qu'on vit " un certain président de ce temps-là faire construire des arclies pour s'y retirer avec sa famille.» (P. 404.)
ft) Ce que 1 Arioste raconte de son héros qui, pour créer une flotte n'a qu'à ramasser les feuilles lombées des arbres et à les jeter dans la p.icr où elles se chaiigent sur le chatnp en navires, n'est pas plus merveilleux que le passage du livre de Duret où il est question d'un arbre dont le-, feuilles deviennent oiseaux si elles s'envolent vers la terre, et poissons si elles tombent dans l'eau!
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de procurer un délassement agréable à son ami Olivier de Serres quil s'élail donné la lâche de compulser louies les hisloires de voyages, el d'y relever ce qui, vrai ou faux, avail trait à la botanique? Le père de l'agriculture française n'a pu voir en effet dans ce genre de travail qu'un jeu el un simple amusement.
ClaudeDurel, «seigneurde Villaigues et Peyileraud» , mourut le i; septembre 161 1 , à peine âgé de quarantesix ans. Malgré les justes critiques qu'on peut lui adresser sur le fond et la forme de ses ouvrages, dont une mort prématurée ne lui permit pas de corriger les défauts, quoique ses livres ressemblent pins souvent à une vaste compilation qu'à une œuvre originale, el que le style dénote beaucoup trop de hâle dans la rédaction, ( 1 ) Duret n'en jouit pas moins auprès de ses contemporains d'une grande renommée : il est un des trois personnages, qu'au témoignage de Jodocus Sincerus, les étrangers ne peuvent se dispenser d'aller voir en passant à .Moulins (2); son compatriote Claude Feydeau lui écrit en termes extrêmement flatteurs, (3) et, dans l'oraison funèbre
(Ij 11 a une tendance marquée à redoubler l'expression sans la renforcer, comme on a pu le voir dans la citation relative à saint Micliol ; il cherche aussi à introduire dans notre lanj^uc des mots tout à fait latins, comme incr^dible, cxco.jité, contumélic, se jacler, etc., suivant trop fidèlement en cela les préceptes de la Pléiade.
(2) Ouin nec magni illius viri Dureti, qui juri justiliicquc hic prœsidct, nomen indictum rclinquenduni. Mirantur viruai hune qui Linj^uarum The«aurum dcquc earum orijjinibns scripla ab eo edifa Icgerunt. (Voyage de Jodocus Sincerus en France.)
(3) « Sic ego (comme la riine de Saba était allée visiter Sa'omon, attirée par l'éclat de sa renommée) iricredibili Icjcndi aviditate et eïimiù nominis lui celebritate, amplissim»* prœses, in urbem Molinensem, urbem lidelcm et judicii plcnam, pa'riam duicissimam et iocum nalivifatis raesp jncundissimum, prnfirisci desideravi. »
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qu il prononça sur sa {ombe, vante son affabilité^ son intégrité t. qui se (]écouvr<ul à n'avoir égard aux personnes ni aux dons, cl lui faisait dire, avec Toracle divin, que les présents aveuglent les yeux des sages h^, « ses doctes livres, ses disertes harangues et ses honnêtes déporlemenls, par lesquels il plaisait au roi très-chrétien Henri IV ». C'est à ce prince que Durel avait dédié ses Mutaiioïis des Empires. L'aïeul de Louis XIV et de Louis XV aurait pu y voir, si l'avenir n'était voilé pour les rois comme pour les peuples, une menaçante prophôîiesur la ruine d'une dynastie, glorieusement fondée sans doute, mais dont le fondateur ne put être imité dans sa vie privée par ses petits-fils, sans un grand scaiîdalc et finalement sans un grand mépris. A défaut donc d'autres preuves, Tamitiô d'Olivier de Serres, l'attachement de Du Parlas, l'admiratior» de ses comlemporains et l'estime de Henri IV suffiraient à monirerque, comme homme et comme écrivain, Claude Durel ne fut pas saris valeur ; ses ouvrages seront lus et consultés avec fruit par tous ceux qui voudront se rendre compte de l'état des connaissances humai'ies au commencement des "^femps îModernes.