ACCORD RE LA BASSE
sol ré la fa ut sol
Mais dans le temps même où les instruments à archet de l’espèce des violes étaient classés, montés et accordés, en Allemagne, comme on vient de le voir, les violes de l'Italie présentaient des différences remarquables, ainsi que nous le voyons dans le livre précieux de Ganassi del Fontego sur l’art de jouer de ces instruments. Les violes italiennes étaient montées de six cordes; elles avaient sur la touche sept cases, au moyen desquelles chaque viole était divisée dans son manche en une échelle chromatique de deux octaves et demie. Leur accord était celui-ci :
ACCORD ACCORD DÉ LA VIOLETTE OU DESSUS DE VIOLE. : sol PE L’ALTO ET DU TÉNOR. ré la mi ut sol ré @- ré la fa ut sol
© © ré ACCORD DE LA BASSE.
A. la mi ut sol ré
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Li QUIGINE ET TRANSFORMATIONS
Quelquefois alto différait du ténor en ce qu'il était accordé une quite au-dessus de la basse. Remarquons que cette manièe d’accorder les instruments à archet par deux quartesen descendant, suivies d’une tierce, et celle-ci de deuxquartes, est exactement celle du luth et de ses variétés. Il est évident que dès lors, c’est-àdire dès la première moitié du seizième siècle, l’art se formulait dans un système régulier. C’est le même accord que nous retrouvons, en 1601, dans le traité de musique de Cerreto (1); c’est encore le même que nous présente Mersenne dans son Harmonie universelle, en 1636 (2).
Cependant, si nous retournons en Allemagne dans la première moitié du dix-septième siècle, nous y trouvons des différences dans les violes qui méritent de fixer un moment notre attention. Michel Praetorius, grand musicien, compositeur d’une rave habileté et savant dans l’histoire autant que dans la théorie de son art, est auteur d'un grand traité de musique dont le deuxième volume est entièrement consacré aux instruments de son temps et des époques antérieures (3). Or, nous y voyons que le quatuor de viola di gamba (viole de jambe), comme disent les Allemands depuis cette époque, ou plutôt le quintette (car il y a des contre-basses de viole), nous y Voyons, dis-je, que ces instruments étaient dans des proportions plus grandes, et que leur accord était
(1) Della Prattica musica vocale et strumentale, lib. rv, p. 331. (2) Traité des Instruments à chordes, Liv. 1v, p: 194. :. (3) Syntagmatis musici tomus secundus. De Organographia, p. 25.
plus bas. Nous y voyons aussi que la violette, ou soprano, était montée de trois, de quatre, de cinq ou de six cordes, suivant les circonstances; que l’alto n’avait que trois ou quatre cordes ; le ténor, cinq ou six; la basse, trois, quatre ou six, et la contre-basse, cinq ou six. Enfin, nous voyons que, lorsque ces instruments - avaient six cordes, à l'exception de l’alto, leur accord était celui-ci :
ACCORD DE LA VIOLÈTTE. ACCORDDEL'ALTO, ACCORD DE TÉNOR. la mi si sol ré la ré la fa ut ré la miut soiré
T T T LA ACCORD DE LA BASSE. ACCORD DE LA CONTREBASSE. la mi si sol ré la ré la fa ut sol ré
” Ce 7 EE
Ainsi qu’on le voit, ees instruments sont fous montés une quarte plus bas que les violes italiennes. A ce diapason, ils ne pouvaient produire qu’une musique sourde et triste. Ils se jouaient tous sur le genou, à l'exception de la basse, qui se tenait e 1tre les jambes, et de la contre-basse, qu'on jouait debout.
Il y avait une autre viole dont les éclisses étaient moins élevées que celles de la basse de viole, et qu'on appelait viole bdtarde (viola bastarda), parce qu’elle était accordée par quintes et par quartes.
Nous sommes arrivés vers la fin du seizième siècle, et jusqu'à cette époque rien ne nous fait apercevoir le violon dans sa forme, bien que le nom v'o/ino soit men-
h6 ORIGINE ET TRANSFORMATIONS :
tionné déjà dans un livre de Jean-Marie Lanfranco, inprimé à Brescia en 1533 (1). Parle-t-il du wrolon tel que nous le connaissons aujourd’hui, ou bien de la pétite viole, qui fut appelée un peu plus tard wofetta ? C’est ce qu'il est difficile de décider. La première indication précise, bien que donnée d’une manière indirecte et sans aucun développement, se trouve dans la première partie de la Pratica di Musica, de Louis Zacconi, imprimée à Venise en 1596. Il y donne l’étendue des divers instruments de son temps, et dans le nombre se trouve celle du violon, représentée de cette manière /2) :
C’est là, en effet, l'étendue réelle du violon, depuis la quatrième corde à vide de l'instrument jusqu'à l’emplot du quatrième doigt sur la chanterelle ; car le démanché était alors complétement inconnu, et même le fut encore longtemps après. Or cette étendue ne répond à celle d'aucune viole connue. Cependant, quoique le violon existât évidemment dès lors, il était sans doute d’un usage peu répandu en Italie, car on n’en voit pas paraître le nom dans l’énumération et dans l’analyse des
(1} Scintille, ossia regole di musica, che mostrano a leggere il canto firmo e figurato, gli accidenti delle note mensurate, le proportioni e tuoni, $l contrapunto e la divisione d’ il monocordo ; con la accordatura di varii instrumenti, elc., cap. ultimo.
(2) Lib. rv, p. 218 verso.
änstruments donnée par Cerreto dans son livre imprimé en 1601 (1). Le premier emploi certain du violon ne se rencontre que dans /’Orfeo, de Monteverde, qui fut représenté à Mantoue en 1607 (2); mais les paroles mêmes de l’auteur nous portent à croire que cette modification de la viole n’est pas originaire de l’Italie ; car, dans l’énumération de son orchestre, laquelle précède la symphonie d’introduction, il mentionne, à côté de dix violes da brazzo, de trois basses de 7ambe et de deux contrebasses de viole, deux petits violons à la française (duoi violini piccoli alla francese). Quoi qu’il en soit, nous trouvons bientôt après le violon, avec la forme que nous lui connaissons, dans le Theatrum Instrumentorum, seu Sciagraphia, de Michel Praetorius, publié à Wolfenbuttel en 1620. Les échancrures, les coins de tasseaux, les filets, sont semblables à ceux de notre violon. Les ff sont substitués aux oc; le manche, dégagé, étroit et arrondi, y a pris la place du manche large et plat des violes ; la touche st débarrassée des cases. Le chevalet seul est encore plein, et découpé seulement dans la partie inférieure qui forme les pieds (3). Déjà le système est complet, car nous y trouvons la quinte ou alto, le violoncelle et la grosse quinte basse, ou contre-basse. L'accord du violon est mi, la, ré, sol; celui de l’alto,
(1) Lib. IV, cap. van-xi, p. 313-335.
(2) L'Orfeo, favola in musica da Claudio Monteverde, maestro di ca-
pella della serenissima republica (di Venezia), rappresentato in Mantova l'anno 1607. Venise, 1615, 2° édition.
(3) Voy. la Sciagraphia de Praetorius, pl. XX, fig. 4 et 5.
n8 ORIGINE ET TRANSFORMATIONS , ETC, la, ré, sol, ut; celui du violoncelle, semblable à celui de l’alto, une octave plus bas; et enfin celui de la quinte basse, qui est montée de cinq cordes, est :
la ré sol ut fa (1)
Tel est l’aperçu, restreint aux notions les plus nécessaires, de l’histoire des instruments à archet, antérieurement aux temps d'illustration de la grande école italienne. Nous avons maintenant à suivre la filiation des luthiers de cette école qui ont contribué aux progrès et aux transformations de la facture des instruments, avant les derniers perfectionnements fixés par le grand maïtre qui est l'objet de cette notice.
(1} Syntagm. music., t. II, p. 26.