‹ Antoine Stradivari, luthier célèbre connu sous le nom de Stradivarius; précédé de recherches historiques et critiques sur l'origine et les transformations des instruments à archet et suivi d'analyses théoriques sur l'archet et sur François Tourte, auteur de ses derniers perfectionnementsChapitre 7 sur 15 · LES PREMIERS TEMPS · texte numérisé non relu

LES PREMIERS TEMPS

Le quinzième siècle ne nous révèle qu’un seul nom, et ce nom est un objet de doute. Suivant Laborde, il y eut en Bretagne, vers 1450, un luthier nommé Kerln, dont il avait vu un violon construit en 1449. En 1804. c’est-à-dire environ vingt-cinq ans après l’époque où Laborde écrivait, cet instrument s’est trouvé en la possession de Koliker, luthier à Paris; c’est alors que nous l'avons vu. Ce n’était pas un violon, mais une viole dont le manche avait été changé, et qui était montée à quatre cordes, comme un violon. L’instrument était plus bombé que ne le sont les violes d’une époque postérieure, et ses voûtes étaient fort élevées. Ses extrémités inférieure et supérieure n'étaient pas exactement arrondies, et les angles étaient tronqués et aplatis. Au lieu de la queue ou cordier ordinaire, on y voyait une attache en ivoire percée de quatre trous pour fixer les cordes; ce qui semble indiquer que cet instrument

50 LUTHIERS | appartenait à l'espèce des geige à quatre cordes dont il est parlé dans le livre de Martin Agricola. La qualité des sons était douce et sourde. L’instrument portait intérieurement cette inscription: Joan. Kerlino, ann. 1449. Ce nom, commençant par la syllabe Ker, est probablement ce qui a fait croire à Laborde que le luthier était Breton; car on connaît en Bretagne une immense quantité de familles dont les noms commencent de la même manière ; mais des renseignements venus d'Italie depuis peu, et fournis par un correspondant de M. Vuillaume, qui a fait pendant longtemps le commerce des instruments à archet, et qui en a eu de toutes les origines dans les mains, ces renseignements nous apprennent qu'il y eut un luthier à Brescia, vers 1450, nommé Jean Kerlino. Tout porte à croire que l'instrument possédé par Koliker, au commencement de ce siècle, avait été fait par cet artiste, et que celui-ci fut le fondateur de l’école de Brescia, l’une des plus anciennes de l'Italie et l’une des plus distinguées. 11 est à remarquer que Kerlino, de même que tous les luthiers de la première époque dont les noms et les ouvrages sont connus, n’ont fabriqué que des rebecs, des violes de toutes dimensions, des lire d’arco et des lirone à onze et douze cordes, Après Kerlino, le plus ancien luthier italien est Petro Dardelli, de Mantoue, qui travaillait dès 1500, et dont il reste encore quelques belles violes. dans les cabinets des curieux. Puis vient Gaspard Duiffoprugcar, artiste célèbre, né dans le Tyrol italien, et qui s’établit à Bologne vers 1510. De beaux instruments de ce luthier, tels que basses de viole, ténors et violettes, ou

DES ÉCOLES ITALIENNES. bi

par-dessus de viole, eonstruits par Duiffoprugear pour la chapelle et la chambre de François [*, roi de France, ont été possédés jusqu’à l’époque actuelle par divers amateurs de Paris. Une superbe basse de viole, dont le fond représente le plan de Paris au quinzième siècle, laquelle provient de la même source, est la propriété de M. Vuillaume, après avoir été celle d’un amateur nommé J.-M. Raoul, ancien avocat aux conseils du roi et à la cour de cassation. Cet amateur, violoncelliste de quelque mérite, de qui l'on a publié quelques compositions et une méthode de violoncelle, avait tenté la résurrection de la basse de viole, à laquelle il donnait le nom d’Aeptacorde. Une notice sur le travail de M. Raoul à ce sujet a été publiée dans la Revue musicale de au : teur du présent écrit (tome II, pag. 56-61).

Si nous approchons progressivement du milieu du seizième siècle, nous trouvons Venturi Linarolli, qui travaillait à Venise en 1520; Peregrino Zanetto, de Brescia, en 1540, et Morglato Morella, de Mantoue, peut-être élève de Dardelli, et dont on conriaît des ihstruments qui portent la date de 1550. Aïnsi qu’on vient de le voir, ces vieux maîtres n’ont construit que des violes de toute espèee et de toute dimension. La plupart de ces violes ont été détruites pourfaire des altos et pour réparer les anciens instruments maintenant en usage. Les luthiers modernes lesont toujours recherchées pour cette destination.

À la première époque de la lutherie italienne, dont il vient d’être parlé, suceède celle de la eréation du violon , ainsi que ses analoues dans les voix plus graves,

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