‹ Antoine Van DyckChapitre 1 sur 184 · A SULLY PRUDHOMME · texte numérisé non relu

A SULLY PRUDHOMME

Mon cher Ami,

Voici bien des années que cette biographie de Van Dyck m’occupe, tu le sais. Je ne pourrais donc t’offrir un travail où j’aie mis plus de moi-même. A ce titre au moins, je l’espère, cet hommage ne sera pas sans prix à tes yeux.

Ce livre a eu pour point de départ et pour base première les recherches, presque inconnues hier encore, d’un curieux du siècle dernier. Signalé pour la première fois par mon savant confrère, M. de Montaiglon, dans une note perdue au bas d’un article sur le musée de Bruxelles, le vieux manuscrit qui présentait la vie et l’œuvre de Van Dyck sous un jour entièrement nouveau passa, vers 1850 de la bibliothèque de M. Goddé dans celle du musée du Louvre, où il se trouve encore. 11 n’était alors connu que de quelques rares fureteurs et restait ignoré des historiens de la peinture flamande, quand je conçus le dessein de le mettre en lumière et de rendre à son auteur l’hommage dû à ses patientes investigations.

Je venais à peine d’achever la copie de ce précieux travail quand nous partions pour l'Italie, — c’était en 1866, tu ne l’as pas oublié, — toi, en quête de nouvelles inspirations poétiques, moi, pour suivre les traces et rechercher les souvenirs de Van Dyck à Turin et à Gênes, à Florence et à Rome.

Depuis lors, toujours sous l’empire de la même idée, j’ai visité la plupart des musées étrangers, ainsi que les plus riches galeries de l’Angleterre. Plus d’une fois j’ai revu la Belgique pour ajouter quelques gerbes de faits nouveaux à la récolte déjà emmagasinée. Mais en vain ai-je cherché à soulever le voile qui nous cache le mystérieux biographe de Van Dyck. Tout ce que je suis parvenu à savoir, c’est qu’il entretenait les plus cordiales relations avec cet autre curieux, le conseiller Mois, dont la bibliothèque de Bourgogne possède tant de notes intéressantes sur le chef de la grande école anversoise.

Tu connais les vicissitudes par lesquelles a passé le présent ouvrage avant de

voir le jour ; je n’insisterai donc pas. Un seul point est utile à rappeler : ce livre devait paraître à la fin de l'année 1880; le texte était prêt en temps utile, mais non les planches. 11 fallut bien remettre la publication à l’année suivante. Je ne me plains pas trop de ce retard, puisqu'il m’a permis de profiter des récents travaux des érudits anversois, MM. Max Rooses et Van den Branden, et des bons avis de MM. Pinchart et Hymans, les savants historiens de l’art flamand.

Un mot seulement au sujet de l’illustration de ce volume. Je me suis attaché, en choisissant un spécimen des divers aspects du talent de l’artiste, à faire reproduire des compositions qui n’eussent point été gravées. C’est à ce titre que j’ai jeté les yeux sur les tableaux de Turin, de Court rai, de Munich, de Vienne et de Madrid.

Un moment, je songeai à présenter un échantillon de la manière des graveurs des différents pays auxquels j empruntais un tableau de Van Dyck. Mais je dus bientôt reconnaître que ce projet était irréalisable, et me contenter, en fait d eauxfortes étrangères, des deux planches de M. Hecht, de Munich.

L illustration courante du texte consiste surtout en œuvres originales, rendues par des procédés mécaniques qui ont le mérite d une scrupuleuse fidélité. A côté des fac-similés de dessins sont reproduites quelques gravures anciennes, mais en petit nombre. Les admirables planches des Bolswert, des Pondus, des Vorsterman, perdent trop à une interprétation réduite, si perfectionné que soit le mode de traduction .

Ces préliminaires, mon cher ami, te semblent peut-être bien longs. Tu ne m’en voudras pas si, les croyant nécessaires, je t’ai pris pour confident. L’historien ne tient aucun détail pour indifférent ; aussi craint-il de n’en jamais assez dire. C’est défaut de nature. Heureux le poète ! Quelques lignes lui suffisent pour célébrer dignement les grands artistes.

Jules G un- fri: v.

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