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Deux demis portraits délia Reyne, du veu comte

Une pièce pour la maison à Green Witz . 100 1.

Le dessein du Roy et tous les chevaliers

Au compte de l’artiste est jointe la note suivante :

Le total du prix de tous les tableaux que Sa Majesté devoit payer d'après le

compte envoyé et taxé par le Roy , en comptant ce que Sa Majesté accorde, monte à cinq cent vingt-huit livres . 728 /.

Les autres tableaux que le Roy a désignés par une croix placée en marge doivent être payés par la Reine, et Sa Majesté doit en fixer le prix. Les arriérés de la pension, montant depuis cinq années à mille livres, à 200 livres par an. . . . 1,000 /.

Plus, pour les tableaux que Sir Arthur Hopton reçut en Espagne . 73 /.

Le total est de . 1,603 l-

Les tableaux pour la Reine . . 200 /.

Cinq ans de pension . 1,000 /.

( Endossé ) Antoine Van Dire.

A la suite de ce règlement survint un ordre, en date du 14 décembre i6}8, enjoignant au trésorier de l'Échiquier de payer à Van Dyck la somme de mille six cent trois livres, soit mille livres pour l’arriéré de sa pension et six cent trois livres « pour divers tableaux faits par lui et vendus à nous ». Quant aux deux cents livres dues par la reine, le roi ne s’en inquiète pas autrement. Nous ignorons si l’artiste obtint enfin satisfaction.

On connaît plusieurs des tableaux énumérés dans ce curieux mémoire. Le prince Henri désigne probablement un portrait du frère du roi, en armure, qui se voit encore à Hampton Court. M. Carpenter présume que la « teste d’un veliant poete » s'applique, soit à sir John Suckling, soit à sir John Mennis, qui furent tous deux soldats ; mais n'est-ce pas attacher un sens trop étroit à ce mot vaillant que de le prendre pour synonyme de belliqueux ? L'épithète ne conviendrait-elle pas à un poète de mœurs bourgeoises, mais d’un mérite éminent, tel que Thomas Killigrew, dont on connaît un portrait, aujourd'hui conservé chez le duc de Newcastle, signé et daté précisément de l'année i6}8 ?

Quant aux deux toiles représentant « la Reyne pour Mons. Barnino », nous en avons parlé plus haut ; elles se trouvent réunies, dans la galerie de Windsor, aux

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cinq enfants de Charles 1er, portant la date de 1 6jj, dont il a pareillement été question ci-dessus. Passons sur les autres articles pour arriver à deux sujets qui méritent une attention particulière. Nous voulons parler du « Roi à la ciassc » évalué deux cents livres par Van Dvck et réduit à cent livres, et du dessin représentant le roi avec tous les chevaliers, dont le prix n’est pas mentionné. Ce dessin existe encore dans la galerie du duc de Rutland. Le graveur Richard Cooper l’a reproduit en fac-similé vers la fin du xvine siècle; il appartenait alors à lord Northington. Il a pour nous un prix inestimable ; c’est le seul souvenir qui nous reste du grand projet de Van Dyck pour la décoration de la salle des banquets à Whitehall, dont le plafond avait été peint par Rubens. Nous aurons occasion de revenir sur ce projet quand nous arriverons aux dernières années de l’artiste et quand nous exposerons les motifs qui l’empêchèrent d’atteindre le but qu'il avait poursuivi toute sa vie.

Le beau portrait du roi suivi de son cheval que tient un écuyer, une des gloires du salon carré du Louvre, est universellement connu. La célèbre gravure de Strange a contribué à le populariser1. M. Carpcntcr suppose que c’est le tableau désigné dans le document sous le titre : « le Roi à la ciasse ». L’artiste n aurait reçu que cent livres pour ce chcl-d œuvre. Les temps étaient durs, les finances épuisées. Malgré sa répugnance pour des mesures aussi mesquines, le roi fut obligé de réduire le prix demandé. Une description de cette œuvre admirable serait superflue, surtout en présence de l’eau-forte de M. Boulard qui fixera les souvenirs du lecteur; mais la découverte de certaines pièces jusqu’ici inconnues nous permet de rectifier un point capital de 1 histoire de ce tableau. L'importance de l’œuvre autorise cette digression.

Le catalogue du Louvre dit qu'il vient de la collection de Louis XV, et qu’il avait appartenu au baron de Thiers qui, comme on le sait, vendit en bloc son beau cabinet à 1 impératrice de Russie. 11 y a là une double erreur. Il est au moins fort douteux que le Charles 1 ait passé par la collection du baron de Thiers, et il n'a jamais appartenu au roi Louis XV. On raconte aussi que ce tableau figurait, au commencement du xvmL siècle, dans la galerie de la comtesse de Verrue, qui l’aurait donné au marquis de Lassay. Cependant il n'est pas mentionné sur le catalogue de la comtesse, publié pour la première fois par M. Charles Blanc, dans le Trésor de la Curiosité. Le cabinet du marquis de

i. L'estampe fut terminée en 1782. L'année précédente. Strange avait exposé à Paris, au Salon de l'Académie de peinture, sous le n " 293, une miniature exécutée d'après le tableau de Van Dyck. Dans le livret on lit cette remarque : " L'artiste, 'selon son usage, a peint ce morceau en miniature, avant d'exécuter l'estampe. Il est actuellement occupé à le graver. /,

aux enchères en 1770. Le fameux portrait ne trouva pas d'acquéreur et les héritiers le retirèrent à 17,000 livres. C’est sans doute à la suite de cette infructueuse tentative que la comtesse du Barry, en quête d'aïeux distingués, propres à relever l'humilité de son extraction, fît des offres directes aux possesseurs de

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la toile. On tomba d'accord, et la favorite devint propriétaire du tableau. Elle l’acheta pour elle et non pour le roi, comme on l'a souvent répété, et le plaça dans sa maison de Lucicnnes. Au début du règne suivant seulement, elle consentit à s'en dessaisir et le vendit au roi Louis XVI, ainsi que cela résulte de la correspondance que nous allons faire connaître.

Après la mort de Louis XV, la comtesse du Barrv, pressée par scs nombreux créanciers, fut réduite à abandonner une partie des richesses de toute nature qui lui venaient des libéralités royales. Le Charles Ier, compris dans cette liquidation forcée, fut offert à M. d’Angiviller, alors directeur des Bâtiments du roi. L'architecte Le Doux, qui avait beaucoup travaillé pour MnK du Barry, se chargea de la négociation ; nous n'avons pas retrouvé sa lettre ; mais les trois billets qui suivent rendent cette pièce inutile et tout commentaire superflu*.

Lettre de M. d’Axc.iviller a M. Le Doux.

Du 8 mav 1775.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre par laquelle vous me faites part de l’intention décidée où est madame la comtesse du Barry de vendre le portrait de Charles 1e' et de l'ollre qu on lui en a faite. Je ne laisserai point échapper cette occasion d’acquérir ce morceau précieux. Je le retiens en conséquence pour le compte du Roi et pour le prix de 24,000 livres (ou mille louis) qui en a été offert, et cette somme sera payée comptant et au moment de la remise du tableau.

Je suis, Monsieur, etc.

Ainsi le tableau appartenait à Mnic du Barry. Il resta à Luciennes jusqu au mois de mai 1 775. Le comte d'Angiviller l'acquit alors pour le compte de Louis XVI, moyennant la somme de 24,000 livres; c’était le prix payé par la comtesse. Les pièces suivantes nous édifient sur la prompte et complète solution de l’affaire :

Lettre de M. d'Angiviller a M. Jeaurat, garde des tableaux de roi

Sa Majesté vient, Monsieur, d’acquérir de madame la comtesse du Barry le portrait de Charles l"r par Van Dyck, que vous connoissez sans doute. 11 est au château de Luciennes, et le concierge est chargé de le livrer lorsqu'on l'enverra chercher par mon ordre : c est pourquoi il est à propos que vous envoyiez à Luciennes les gens nécessaires pour 1 enlever de ma part. Et vous aurez soin ensuite de le placer dans le lieu du Cabinet qui vous paroîtra le plus convenable pour sa conservation. Vous voudrez bien me prévenir de son arrivée afin que je puisse l'aller voir.

1. Ces pièces sont tirées de la Correspondance administrative de la Direction des Bâtiments, conservée, avec les papiers de la Maison du Roi, aux Archives nationales, à Paris.

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Lettre de M. d’Angivileer a M. Le Doux.

. 22 may 1775.

Je viens, Monsieur, de charger M. Jeaurat de faire transporter de Luciennes le tableau de Van Dyck représentant Charles 1er. Je joins ici l’ampliation de l’ordonnance au moyen de laquelle madame la comtesse du Barry peut faire toucher chez M. Dutartre, trésorier général des Bâtiments de S. M., la somme convenue. Comme c'est par votre entremise que madame du Barry a traité avec les Bâtiments de S. M., je pense ne pouvoir mieux faire que de vous addresser cette ampliation pour que vous veuilliez bien la lui remettre, ou à la personne chargée de ses affaires.

Je suis, Monsieur, etc.

Sur la toile du Louvre, l'artiste a représenté Charles Ior dans la simplicité élégante de son costume de chaque jour. 11 nous montre le gentilhomme plutôt que le roi. Les portraits où le souverain porte les insignes de son rang ne sont pas rares dans les collections anglaises. En voici deux tout d'abord à Windsor. L'un, qui se trouve dans la grande salle des chevaliers de la Jarretière, nous fait voir le roi en pied, revêtu d’un costume d'apparat. A côté de lui est placé ce portrait de Jacques 1er dont la tête, selon la tradition, mais la tête seulement, serait peinte par Van Dyck. Robert Strange a laissé une admirable planche de ce tableau, gravée d’après une esquisse qu’il avait découverte à Rome, vers 1770, et qu’il rapporta en Angleterre.

Le Charles 1er en costume royal n’égale, selon nous, ni le portrait du Louvre ni l'autre toile, également à Windsor, où le roi est représenté sur un cheval gris, ayant à ses côtés un écuyer qui porte son casque. Cette composition fait face à la scène de famille qui réunit le roi, la reine et leurs deux enfants. Exécutée, assure-t-on, peu après l'arrivée de l’artiste, elle montre le souverain sous un aspect majestueux et, pour ainsi dire, héroïque. Le cheval gris s’avance lentement, presque de face; le roi, tête nue, la poitrine couverte d'une cuirasse, chaussé de bottes de cuir jaune, passe sous une arcade formant comme un arc triomphal qui laisse apercevoir un fond de ciel empourpré. A sa gauche, M. de Saint-Antoine, duc d’Épernon, maître de la cavalerie, tout habillé de velours rouge d'un ton superbe, avec de longs cheveux flottant sur les épaules, tient le heaume doré de son maître. La noble majesté de cette page d’histoire a été admirablement rendue dans la belle gravure de Baron publiée en 1741.

Presque tous les portraits équestres de Charles 1er, et l'on en compte sept ou huit, pour le moins, sont des esquisses, des répétitions ou des copies de deux

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types originaux bien connus : le tableau de Windsor et le grand portrait équestre conservé chez le duc de Marlborough, à Blenheim Palace. Dans celui-ci, le roi porte l'armure complète ; vers le fond, se livre un furieux combat de cavalerie. Sir Thomas Morton marche à côté do son maître tenant son casque. Le cheval, d'une robe couleur crème, se présente presque de profil, tandis qu'à Windsor le cheval gris monté par le roi est vu de face.

La belle peinture de Blenheim fut rapportée de Munich par le fameux duc de Marlborough au début du xvnr' siècle. Le palais de Buckingham possède une bonne étude pour cette composition. On connaît deux autres études du même sujet : 1 une chez le comte de Clarendon, à Grove Park ; la seconde appartenait jadis a M. Hart Davis. Enfin le duc de Portland possède une ancienne copie de ce tableau célèbre. Quant au Charles 1er à cheval de Windsor, il en existe une vieille copie au château d'Hampton Court et une autre à Aspley House, dans la collection du duc de Wellington.

La célèbre toile de Blenheim a été excellemment gravée par Lombart ; cette estampe a donné lieu à une supercherie déjà signalée, et sur laquelle nous ne revenons que pour faire connaître une bien singulière pièce dont nous devons la connaissance à M. le marquis de Chennevières.

Un éditeur, possesseur de la gravure de Lombart, fît effacer la tête de Charles Ier pour lui substituer celle de Cromwell. Anachronisme choquant au possible, puisque Van Dyck mourut en 1641, bien avant que le Protecteur fût sorti de son obscurité. Cette objection ne laissa pas que d’embarrasser certaines gens qui prétendaient avoir retrouvé le portrait original et bien authentique de Cromwell. La lettre suivante, adressée évidemment au duc d’Antin, alors directeur des Batiments du Roi, chargé du département des arts, nous fait savoir comment ces amateurs crédules espéraient justifier leurs prétentions. Nous la donnons sans commentaire. Est-il besoin d’ajouter que nous ne croyons guère à l'authenticité de ce portrait de Cromwell par Van Dyck?

Monseigneur,

Je me flate que Votre Grandeur ne desaprouvera pas la liberté que je prens de luy écrire pour luy donner avis que dans la succession mobilière de feu mon beau-père, dont les autheurs protestants étoient en gros commerce en Angleterre et en Hollande, il se trouve un portrait original du fameux Cromwell peint par Van Dyck, dans le temps que cet usurpateur n’étoit encore que Colonel, à l'àge d'environ 37 à 38 ans. Il est représenté cuirassé, le bâton de commandement à la main, et le tableau est de la grandeur et du volume de nos portraits ordinaires. Quelques-uns des seigneurs anglois qui passent souvent par notre ville, en ayant oüy parler, sont venus le voir, et, après l’avoir examiné, ils m'ont avoüé qu'on n'en avoit en Angleterre que des copies, et que cet original qu'on cherche depuis longtemps manque à la gallerie de Wesmynster. Ces Mrs m’ont offert en mesme temps de l’achepter; mais, pour m’en dispenser jusqu’à ce que je sçache précisément vos intentions, Monseigneur, je leur ai fait réponse que j'étois en marché avec une personne de la plus haute considération et qu’avant toutes choses il falloit sçavoir à quoy aboutirait la conclusion. J'ai cru, Monseigneur, devoir en agir de la sorte, pour vous faciliter l’acquisition d'un nouvel ornement à votre précieux cabinet. Il seroit party avec ma lettre et je me serois contenté du seul plaisir de faire quelque chose qui vous fût agréable si mon épouse étoit seule héritière. J’attends l’honneur de votre réponse et suis avec un très profond respect,

Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

M. de Bresme,

Calais, 8 juillet 1728. Lieutenant civil de Calais.

Au cas que la proposition n’ait rien qui vous agrée, Monseigneur, et qu’il vous plaise de céder mes offres à quelqu’un, je me ferai toujours un devoir de préférer qui vous trouverez bon.

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Nous n'en avons pas encore fini avec les portraits équestres de Charles Ier. Le musée de Madrid en possède un qui diffère sensiblement des toiles de Windsor et de Blenheim. Ici, le roi seul, sans écuyer, monte un cheval gris s’avançant presque de face ; il porte sur sa cuirasse un large col de dentelle ; de la main gauche, il tient le bâton de commandement appuyé sur sa cuisse. Les branches d'un arbre touffu abritent le cavalier et remplacent l'arcade qui encadre l’effigie de Windsor.

Elle date aussi des premiers temps du séjour de Van Dvck en Angleterre, cette peinture de Buckingham Palace où la reine de profil, à mi-corps, tend une couronne de lauriers à son époux placé vis-à-vis d'elle. La gravure de Robert van Voerst, exécutée à Londres, porte la date de 16^4. Le tableau est donc, au plus tard, de la même année.

L énumération de tous les portraits de Charles 1er, dus au pinceau de Van Dyck, nous entraînerait bien loin. La place nous manque pour nous étendre davantage. II suffira d'avoir rappelé les plus importants et les plus célèbres. Au surplus, il n’est, pour ainsi dire, pas de grande collection en Angleterre qui n’en puisse montrer au moins un. Quelquefois, comme dans les galeries de lord Ashburton, du comte de Harrington, de sir Thomas Sebright ou du vicomte Gailway, le roi se présente en pied avec son chapeau et un habit de ville, généralement de velours noir, sur lequel se découpent les admirables dentelles d'un col plat et de ses larges manchettes. Plus souvent le peintre nous le montre à mi-corps, en cuirasse, son casque posé sur une table, à côté de lui, ou bien dans un élégant costume de soie, ordinairement de couleur sombre. C'est sous cet aspect qu’il apparaît au musée de Dresde, sur la belle toile qui fait pendant au portrait de la reine.

Et combien d'œuvres douteuses ou absolument apocrvphes nous aurions à signaler, si nous entreprenions une énumération complète des vingt-cinq ou trente portraits de Charles 1er disséminés un peu partout, en Angleterre, en France, en Allemagne, à Madrid, à Florence! Beaucoup ne sont évidemment que des copies ou des répétitions , travail d’élève à peine retouché par le maître , œuvres médiocres , destinées à être répandues parmi les favoris du prince ou à être envoyées, comme présent royal, dans les cours étrangères.

Le portrait de la reine fut répété aussi souvent au moins, comme on l’a déjà dit, que celui de Charles 1er. Et ces différentes images offrent bien peu de différences. Nous avons signalé, dans la galerie de Windsor, les deux cadres qui montrent la princesse de face et de profil et le grand tableau qui la réunit à son

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époux et a ses enfants. L’artiste a mis à ces peintures tout son soin, tout son talent. Le portrait de profil surtout est d'une finesse d’exécution incomparable ; la délicatesse du modelé, la fraîcheur de la coloration en font une œuvre hors ligne. La reine est vêtue d’une de ces robes de satin blanc, échancrées sur la poitrine, pour lesquelles le peintre a toujours montré une grande prédilec-

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