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Au lendemain du 30 juillet 1712, Watteau, qui s’abandonne aisément aux nonclhalances et dont l'esprit flotte bien souvent dans le bleu des songes, se trouvait en présence d’un devoir. En sollicitant et en acceptant le titre d’agréé, il avait passé avec l’Académie une sorte de contrat moral: il s'était engagé à fournir son morceau de réception, et il savait, par les confidences de ses camarades, que, s'il tardait par trop à l’exécuter, la Compagnie lui rappelleraït sa promesse. La production du « chefd'œuvre » était d'ailleurs, comme dans toutes les corporations, le seul moyen d'obtenir le brevet de maîtrise. Watteau était pleinement résolu à faire honneur à ses engagements, et comme on avait laissé à som libre caprice le choix du sujet à traiter, il essaya d'y songer le plus sérieusement du monde. Par malheur, sa fantaisie était un peu sautillante; d’autres travaux l’occupérent, et l'Académie qui, d’ailleurs, se montra fort indulgente envers
lui, dut attendre pendant cinq ans le morceau de réception que
le nouvel agréé lui avait promis. Elle ne perdit rien à ces retardements, car, de 1712 à 1717, le jeune peintre n’a cessé de faire des progrès, et elle gagna à ces lenteurs la glorieuse peinture qui est une des fiertés du Louvre.
Pour le biographe épris des faits authentiques, l’histoire de ces cinq années est difficile à raconter. Peu d'événements, beaucoup de travail. À ce moment, Watteau ajoute un nouveau nom au catalogue de ses amis: c’est en 1712, alors qu'il vient d'être agréé, qu'il se lie avec le mousquetaire Caylus. Ces relations furent interrompues par bien des entr'actes, car pendant les dernières années du règne de Louis XIV, le comte de Caylus s’agite et se promène beaucoup. En 1713, il est au siège de Fribourg ; dans l’automne de 1714, il part pour l'Italie et il n’y reste pas moins d’un an. Bientôt le militaire, devenu archéologue, fait un beau voyage aux rives orientales. Mais toutes les fois qu’il rentrait à Paris, ilse mettait à la recherche de Watteau, bien que celui-ci ne fût pas toujours facile à trouver, ayant eu, plus que pas un, la manie du déménagement et l'amour de l’endroit écarté que rêvait Alceste. Caylus, parlant de ce qu'il a vu, est ici un précieux témoin. Watteau, dit-il, était dominé par un certain esprit d'instabilité. « Il n’étoit pas sitôt établi dans un logement qu'il le prenoit en déplaisance. Il en changeoït centet cent fois, et toujours sous des prétextes que, par honte d’en user ainsi, 1l s’étudioit à rendre spécieux. Là où il se fixoit le plus, ce fut en quelques chambres que j’eus en différans quartiers de Paris, qui ne nous servoient qu’à poser le modelle, à peindre et à des-
siner. Dans ces lieux uniquement consacrés à l’art, dégagés de
toute importunité, nous éprouvions, lui et moi, avec un ami
ET Te Te
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