‹ Antoine WatteauChapitre 22 sur 42 · RES · texte numérisé non relu

RES

d'esprit, mais sage de mœurs », paraît significatif. Il est d’ailleurs confirmé par Caylus qui écrit : « La pureté de ses mœurs lui permettoit à peine de jouir du libertinage de son esprit. » C’est là, je le sais, l'opinion d’un mousquetaire, qui souffre avec peine que l’homme soit paralysé par la vertu. Mais il semble bien qu’on doive renoncer à la légende, d'invention moderne d’ailleurs, qui fait du mélancolique Watteau un pilier de coulisse, un amoureux toujours suspendu aux jupes de Colombine.

Au théâtre, il a eu des tendresses et des curiosités d’artiste : il a pu s’éprendre d’une attitude, d’un mouvement, d’une boucle de cheveux jouant sur une nuque aux blancheurs rosées. L’habitude et le besoin des amours défendues ne s'expliquent pas chez ce malade qui est en même temps un laborieux sans frein. Enfin, quant au personnel que Watteau a mis en scène, nous savons aujourd’hui qu’il n’y faut pas voir toujours des comédiens et des comédiennes authentiques. Le peintre a beaucoup usé du travesti. « Watteau, dit Caylus, avoit des habits galants et quelques-uns de comiques dont il revétoit les personnes de l’un et de l’autre sexe selon qu’il en trouvoit qui vouloient bien se tenir et qu'il prenoit dans les attitudes que la nature lui présentoit, en préférant volontiers les plus simples aux autres. » Ainsi, pour juger Watteau et sa morale, il faut toujours se souvenir de son magasin d'accessoires. Beaucoup de ses prétendus comédiens sont des amis revêtus d’un déguisement ; le « gros brun au rlant visage » que nous montre, sous l’habit de Mezetin, une gravure de Thomassin fils serait, d’après Mariette, le portrait de

Sirois, et quant aux comédiennes, ce sont souvent de simples

modèles ou de complaisantes voisines. Il y a sur ce point un

mot de d’Argenville qui est un trait de lumière. Watteau a eu longtemps une servante « qui étoit belle » et qu'il a fait poser

sous tous les costumes. Si, par aventure, il a aimé la soubrette

Page 1