ETUDE DE JEUNE FEMME
(Collection de M. Bonnat.
de Goncourt nous révèle à ce propos un fait imprévu. Il existe à l’Albertina de Vienne un grand dessin à la pierre noire où Watteau a représenté un Chinois, visiblement étudié d’après nature dans la physionomie particulière de son type et de son costume. L'artiste a même pris soin de nous conserver le nom de son modéle qui s'appelait F. Sao. Il est curieux de saisir un élément de vérité dans des figures qui, en raison de lignorance d’un temps où la sinologie était rare, semblent tout d’abord inspirées sinon par un pur caprice, du moins par la vue de quelques magots empruntés à un meuble de laque ou à des potiches de porcelaine. Malgré leur provenance conjecturale, ces Chinois de la Muette n’en ont pas moins engendré une postérité très nombreuse. La chinoiïserie, continuée par Boucher, par Christophe Huet, par Peyrotte et par d’autres dont nous ne savons pas les noms, sera jusqu’à la Révolution l’amusement du xvine siècle.
Sans essayer de dater les peintures de la Muette’, il est certain que Watteau a beaucoup appris dans sa collaboration avec Claude Audran. Il avait sous les yeux lexemple d’un bon travailleur à qui toutes les choses du décor étaient familières. Mais il trouvait au Luxemboug des enseignements bien autrement féconds. C’étaient d’abord le palais et ensuite les jardins qui faisaient à l’ancienne résidence une verte ceinture de feuillages.
L’aile droite du palais renfermait alors la galerie où Rubens a ra-
1! Nous remarquons une fois de plus que la chronologie manque terriblement à l'œuvre de Watteau. Si nous parlons ici des chinoiseries de la Muette, c’est parce qu’il nous a paru logique de les comprendre dans le paragraphe consacré à Watteau décorateur. Mais nous ne les datons pas. Ces peintures sont peut-être postérieures au moment supposé. En effet. c’est en 1716 que la duchesse de Berry, fille du Régent, achète la Muette. Il est possible que la décoration du petit palais n’ait été exécutée qu’à la suite de cette acquisition.
conte l’histoire allégorique de Marie de Médicis. Le « concierge » Audran en avait les clefs, et plus d’une fois, il a pu introduire le jeune Watteau dans cette longue salle où le génie flamand a semé quelques-unes de ses fleurs. Nul livre ne lui fut plus utile. Dans ces blondes carnations caressées par la lumière, dans ces harmonies faites de contrastes où les clartés jouent avec les ombres chaudes, Watteau retrouvait les impressions qu’il avait éprouvées, lorsque, au temps de sa première jeunesse, il se lançaït, à Valenciennes et aux environs, à la découverte de Rubens. Watteau était là dans le pays de ses rêves. Tous ceux qui l'ont connu, et particulièrement Caylus, signalent l’ardeur avec laquelle il dessina ou copia plusieurs des peintures du maître qu'il aimait. Mais son œuvre est ici plus significative que les textes : elle dit avec une éloquence dont nous fournirons les preuves, que Watteau est un élève posthume du grand maître d'Anvers. Nous montrerons que, pour la technique, les préparations des dessous et certains costumes de satin aux lumières chatoyantes révelent la main d’un artiste qui a pénétré le secret de Rubens. Du reste, Watteau, qui a si peu écrit, a fait hautement l’aveu de son culte. On se rappelle avec quel enthousiasme il ouvre son cœur dans une lettre sans date qu'il adresse à l'amateur Julienne. Un ami lui avait envoyé un tableau de Rubens. De là, le cri de joie et presque d’adoration dont une
modeste feuille de papier nous a conservé l’écho :
« Monsieur ! Il a pleu à mon sieur l'abbé de Noirterre de mefaire l’envoi de cette toile de P. Rubens où il y a les deux testes d’anges et au-dessous sur le nuage cette figure de femme plongée dans la contemplation. Rien n’auroit
seu me rendre plus heureux assurément si je ne restois persuadé que c’est
ALoVaitau pinx,
PRPTIPE Detap -
NIKOU, PAR WATTEA U.
(Peinture du château de la Muette, gravée par Boucher.)
par lPamitié qu’il a pour vous et pour M. votre neveu, que monsieur de Noirterre se dessaisit en ma faweur d’une aussi rare peinture que celle-là.
« Depuis ce moment où je l’ai reçue, je ne puis rester en repos et mes
yeux ne se lassent pas de se retourner vers le pupitre où je lai placée comme dessus un tabernacle! On ne sauroit se persuader facilement que P. Rubens aie jamais rien fait de plus achevé que cette toile. Il vous plairra, monsieur, d’en faire agréer mes véritables remerciements à monsieur l’abbé de Noirterre jusques à ce que je puisse les luy adresser par moy-mesme. Je prendrai le moment du messager d'Orléans prochain pour luy escrire et luy envoier le tableau du repos de la sainte famille que je luy destine en reconnoissance.
« Votre bien attaché amy et serviteur, monsieur !. »
Lorsqu'il avaitconsacré quelques heures à étudier les Rubens du Luxembourg, Watteau descendait au jardin. C'était pour y travailler encore. Caylus a parlé de ces utiles promenades. « Ce fut là, dit-il, qu'il dessinoit sans cesse les arbres de ce beau jardin qui, brut et moins peigné que ceux des autres maisons roïales, lui fournissoit des points de vue infinis. » La vérité est que les pauvres arbres du Luxembourg avaient beaucoup souffert du rigoureux hiver de 1670 et qu’on n'avait pas songé encore à y faire les plantations nouvelles dont l’auteur des Curiositez de Paris nous entretient en 1716. Malgré le désordre du jardin, les promeneurs y venaient toujours en foule. C’est encore l'écrivain des Curiositez qui nous parle de la balustrade de marbre blanc placée sur le devant de la terrasse. « Elle sert d'appui, dit-il, à ceux qui s’y mettent ordinairement pour examiner, louer ou critiquer les nouvelles modes des habits et parures des dames, les agrémens et les défauts des personnes qui se promèénent dans les allées. »
1 Archives de l'art français, II, p. 112. Cette lettre n’est pas facile à dater. On remarquera
cependant que, contre sa coutume, Watteau s'abstient de baiser les mains de Mme de Julienne. Elle est donc antérieure au mariage de son ami, c’est-à-dire au 9 mai 1720.
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gravure de Demarteau.)
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après une
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Watteau, qui était curieux, a dû, lui aussi, s’accouder à cette balustrade et s'amuser, le crayon à la main, à voir passer et repasser les élégantes. Il aimait les fanfioles de la toilette, et il
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