REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DE L'ACADÉMIE
2. Le tableau ne nous est pas parvenu. Julienne a écrit : « On vit briller dans lé tableau qu’il fit à ce sujet les
: étincelles de ce beau feu qu'il a fait paroître dans la suite. » La phrase est bien vague, et il est permis de croire que
Julienne, non plus, n’a pas vu la toile.
encore affranchi des colorations rousses et brunes; ce David est contem-— porain de cette Marmotle qu'il avait offerte à son maitre', figure de Savoyard d’un réalisme lourd, qu'il campe avec sa boîte, sa marmotte et son flageolet, un peu naïvement au centre de la toile, tandis que dans les lointains se profilent, à droite une église, à gauche, à travers des arbres assez ingénus, des maisons, — tout cela un peu épais et très curieusement flamand et en couleur.
Plus de quatre mois après, l'Académie rendait le jugement suivant :
Du Samedy, 31 Aoust 1700.
Jugement des ouvrages des Grands Prix. — Aujourd’huy, samedy trente Aoust mil sept cent neuf, l'Académie estant assemblée généralle pour le jugement des Grands Prix sur les ouvrages des Estudians, qui ont pour sujet le retour de David après la Défaite de Goliath, et le sujet d’Abigaïl qui apporte des vivres à David, et, à l'ouverture des boëttes qui a esté faicte en la manière ordinaire :
Antoine Grison, P., qui a faict le tableau marqué C, a méritté le premier prix de la Peinture.
François du Mont, sculpteur, qui a faict le Bas-relief marqué À, le premier prix de la Sculpture.
Antoine Watteau, peintre, qui a faict le tableau marqué D, le second prix de la Peinture,
et André Charles Boulle, sculpteur, qui a faict le bas-relief marqué B, le second prix de la Sculpture.
Detroy, Girardon, Coyzevox, Barrois, De la Fosse, Jouvenet, Coypel, C. Van Clève, Lauthier, Alexandre, Flamen, Magnier, Hallé, Vernansal, De Largillierre, Marot, Frémin, J. Christophe, Baudot, Fontenay, J. Vivien, Desportes, P. Giffart, F. Jouvenet, Mathieu, De Chayannes.
C’est l'échec.
Le coup est rude. Il ruine combien d’espérances! Jusqu'à présent, la longue lutte que Watteau soutient a été sans résultats immédiats, et il a escompté cette réussite qui lui échappe. Il est très las. Il y a sept années qu'il mène cette existence sans issue, où il use le meilleur de ses forces sans arriver à s'affranchir. Après tant de déboires, cette déconvenue lui est plus cruelle qu'aucune autre. Autour de lui, le léger émoi qu'a causé sa tentative s’est vite calmé, les bonnes volontés se sont refroidies, les encouragements espacés, — et il n’a plus en perspective que le labeur d'hier qu'il faut reprendre, la tutelle encore, la tutelle toujours. Son chagrin s'aggrave d’une profonde fatigue physique dont il sent maintenant tout le poids. Il est mal remis de l’horrible hiver qu'il vient de traverser, Dieu sait comment! avec sa petite poitrine et sa nature frêle.
1. Aujourd'hui à l'Ermitage. Voir la gravure de B. Audran, la Marmotte, tirée du cabinet de M. Audran au Palais du Luxembourg. Ce tableau, ou une réplique, figurait à la vente de Troy. (H. 8 p., L. 6 p.), n° 111 du catalogue. Il ya, dans les Ficures pe Dirrérenrs Caracrères, une étude pour cette toile, n° 6 : Sayoyard debout avec sa marmotte, tenant dans sa main un fl st peinte absolument dans le même caractère (H. 13 p. L. II p.) Vente du 18 novembre 1776, ne 88 du catalogue. Ficures DE Dirrérenrs CarACTÈRES, n°0 103, Femme debout tenant une quenouille et filant.
LE
Terrasse
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