‹ Antoine Wiertz etude biographiqueChapitre 8 sur 27 · I.iéjje. 13 août · texte numérisé non relu

I.iéjje. 13 août

U est vrai qu'un poète peut dire beaucoup en deux lignes ; mais un pauvre peintre, que peut-il dire en une seule? Ce n'est pas son métier, et s'il peut dire quelque chose en une page, c'est beaucoup... Voilà pourquoi je ne vous ai pas répondu. Après cela, comme vous dites fort bien, je suis paresseux. Maintenant je vous réponds pour vous prévenir que j'irai à Bruxelles, le 19 ou le 20, vous surprendre au lit entre midi et midi et demi. J'espère vous

(t) Ou a vu dans quel moment de trouble celle fausse idée était venue à l'esprit de l'artiste.

trouver en ce moment, bien latigué d'écrire , non des lettres en deux lignes, mais quelques bons vers qui ne sentent point le Parisien .

Vous avez fait bien des choses que vous n'avez pas voulu me dire , et que. malgré vous, la renommée m'a apprises (I). Je liens note de cela pour vous en demander compte le 19.

Ce que vous me dites des A... ne m'étonne point. C'est de la modestie... Louer, afin d'être loué, se donner des airs de bon enfant pour captiver l'attention générale, morbleu ! je n'emploierai point ce moyen-là. Je hais la fausse modestie. C'est un raffinement d'orgueil. Quand j'exposerai , je ne demande que le jour et la distance. Après cela, on dira tout ce qu'on voudra. Mais on ne saura jamais pourquoi cela a été fait. On ne saura jamais que, seul, renfermé, sans modèle, sans ressource aucune, j'ai voulu mettre mes moyens à l'épreuve. On ne saura jamais l'enthousiasme, l'amour de l'art qui me brûlait, lorsque je Us cela. On ne comprendra pas que ni l'or ni la récompense d'un grand ne furent mon but. On ne réfléchira pas que si... Michel-Ange, italiens, Raphaël sont, comme peintres, cent coudées au-dessus de moi, je suis, comme artiste, cent coudées au-dessus d'eux.

Dites-moi, quel est celui de leurs ouvrages où l'avarice, la cupidité n'aient point guidé le pinceau? Point de Chapelle sixtine, point de Jugement dernier. Point d'églises, de couvents, point de Rubens. Ces gens là étaieut bien grands, m iis il fallait de l'or pour enflammer leur génie (2).

Pour moi , misérable, je ne demande, pour toute récompense, qu'un seul bravo, le bravo de deux ou trois hommes d'esprit qui ont de l'âme au corps...

Il ne faut pas prendre tant à cœur ce que je vous ai dit concernant l'influence des Parisiens sur la bonne opinion que vous aviez de Patrocle. Moimême, je me serais laissé prendre, si je n'avais été convaincu qu'ils étaient presque tous complètement niais.

AU MÊME

Liège, 6 octobre

Je ne vois point paraîlre l'article (3). Si vous avez vu un de ces messieurs, peut-être savez-vous pourquoi ils refusent de l'insérer.

Je m'obstinerai à le faire paraître. Il faut absolument que cela soit dans l'un ou l'autre journal.

(1) Pamphlet sur la Destitution de M. de Stassart, gouverneur duHrahant.

(2) On a va plus haut quelques lignes de Rubens, où ce grand peintre subordonne son pinceau et son inspiration à la volonté de qui paiera le tableau-

(ô) Contenant les questions qu'on lira dans la lettre du 21 novembre.

Dites-moi, je vous prie, ce que l'on vous aura dit. Après cela , un journal ici l'imprimera avec une note qui fera connaître les journaux qui l'ont

refusé.

J'attends votre réponse, prestissimo, caro amico.

AU MÊME

Malines, G novembre 1839.

Eh bien ! vous ne m'avez pas écrit? Si je n'étais tombé le nez sur uu N' du Charivari {\\ j'aurais longtemps ignoré que vous êtes condamné à faire !a fortune d'un imprimeur.

Bon Dieu ! pourquoi faut-il que les poètes et les peintres se nourrissent de pain, comme le reste des misérables mortels?

Je relis toujours avec un nouveau plaisir votre dernière brochure (3)...

Je ne vous en dis pas davantage. Un de ces jours, je compte aller a Bruxelles, pour prendre mes tableaux.

Adâw,'caro um'u o. Un mol.

AU MÊME

Liège, 2t novembre 1809.

Je suis arrivé a Liège, et toujours enrhumé.

Je n'ai point reçu de nouvelles de M. C... Probablement le rédacteur de l'Observateur n'a pas encore trouvé mes questions admissibles

Enfin, patience. Elles viendront cependant, un jour, à lu connaissance de tout le monde, et il n'est pas jusqu'au bedeau de ma paroisse (3) qui ne les sache alors par cœur.

J'ai mille et une charges dans la tôle pour votre Charimiï ; entre autres, celle-ci : Les trois jugements par impression. Ce sont les trois situations dont vous parlez dans votre brochure.

(1) Qui se signalait par une guerre sans trêve au ministère de Theux, auteur responsab'cdu traité des 24 articles.

(2) La première des deux lettres sur le Salou de Bruxelles, qui forment le Mémoire couronné au concours pour le Puhoclc. — Voir les Fcuitlctoniftcs.

(T.! Mot des FruiHrfoiilstct.

Comme ces sujets n'offrent qu'un peu d'esprit et non de la science , je n'y ai pas trop de goût. Cependant, je veux les dessiner. Mais, avant qu'ils passent sous mon nom, je voudrais en voir la reproduction. Vous pourriez donc, avant tout, m'envoyer une épreuve. Si c'est bien, cela me donnera du goût pour d'autres.

Tout ceci entre nous. 11 ne faut point choquer le lithographe.

Voici quelques petites questions que je voudrais que vous missiez , en mon nom, dans votre Charivari. Je soumets tout cela a votre volonté, à votre jugement :

« Récompense honnête à celui qui voudra bien répondre à ces questions : « L'esprit et le génie qui distinguent les Français, sont-ils propres à former

des hommes aussi célèbres dans les arts que ceux que nous ont fournis

l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre?

«Quel est le peuple qui, dans les beaux-arls , se croit le premier de In

terre ?

« Devons-nous être de l'avis de plusieurs milliers de Parisiens qui pensent que M. Decamps est supérieur à Raphaël ? M. Delacroix est-il le plus grand coloriste du monde, ainsi que l'affirment plusieurs journaux parisiens?

« Quelle épithète peut-on donner à un peuple qui, il y a environ trente ans, traitait Rubens de franc barbouilleur (I) ?

« Dans quel pays a-t-on ridieulisé Milton, méprisé le Tasse el insulté Homère ?... »

AU MÊME

Liège, novembre 1839.

Je vous envoie les trois compositions dont je vous ai parlé. Ce n'est qu'un petit essai. Plus tard, nous aurons de meilleures idées (2).

Dites-moi de suite si cela peut servir à votre journal. Si vous le faites imprimer, envoyez-moi une épreuve avant de le publier. Je n'aimerais pas que mon nom fût dessous, si cela était par trop mauvais.

Les paroles que j'ai mises pourraient être mieux tournées, mais je n'ai pas le courage d'en chercher d'autres.

Caro amico, aàdio.

Vous me retournerez les dessins originaux.

(1) Et de boucher flamand. Ces épithèles ont été , sans être démenties , attribuées à M. Ingres.

(2) A ces dessins qui, faute d'une exécution convenable, ne furent point publiés, était jointe, pour le carillon du Cfiarivari, la tête de lion, avec les triomphantes oreilles d'âne, dont il a été parlé à propos des récompenses nationales.

— IMS —

Page 1