A M, P. WAUTERS
Liège, 8 novembre 18 U.
Mon cher Pierre, j’ai terminé depuis quelques Jours ma grande toile (l). Je cherche maintenant une place pour l’exposer. Je pense que l’église de Saint-André fera mon affaire. Mais les gens à qui j’aurai affaire pour en obtenir la permission ne sont pas mes cousins. Je ne sais encore quel sera le résultat de ma demande.
Que faites-vous ü présent, cher ami? Voilà le temps d’hiver qui vient mettre un terme aux plaisirs du jardinage. Je suppose maintenant que vous allez vous livrer à ceux de la lecture. Heureux philosophe que vous êtes ! les dieux de l’Olympe doivent être jaloux de votre bonheur.
J’ai reeu la poire monstre que vous m'avez envoyée. Est-ce un produit du nouveau jardin, et y en a-t-il eu beaucoup comme cela ? Je voudrais pouvoir me transporter dans ce moment à Matines. Mais quelques jours encore sont nécessaires à ma grande toile, que je voudrais que vous pussiez voir ici bien exposée. Chaque chose a son temps. Je vais m’occuper maintenant des choses mignonnes dont nous avons parlé si souvent.
Je viens d’écrire à Labatre... Adieu, cher chevalier. Portez-vous bien. Je vous embrasse mille fois de cœur.
AU MÊME
Bruxelles, 27 août 1815.
Mon cher Pierre, mon tableau vient seulement d’être placé à une distance convenable. Si vous pouvez venir demain, nous irons voir l'Exposition ensemble... Et puis, je vous dirai que j'ai bien envie de consulter quelques médecins de Bruxelles. Toujours ma terrible maladie me trouble la tête. Quand serai-je donc quitte de toutes mes misères?
(1) La reproduction du Patrocle.