I.iégc, 10 janvier
Votre feuilleton est spirituel et mordant (l). C’est préci.sément ce (|ue je voulais dire et ce que je ne pouvais exprimer 11 s’est donc trouve un homme
(1) Publié par le Journal de Matines, 26 décembre 1841. Ce feuilleton, qui, à propos d’un livre lionoral)lc pour les lettres belges. De Paris à Couslanlinopleparttn touriste Itamand, signalait la remarquable absence de tout cliauvinisnie national chez nos feuilletonistes, offre encore aujourd'hui assez d’actualité pour qu’on en reproduise ces quelques passages :
<1 ,\u moment oii j’-vclievais la lecture de ce livre oii il y a tant de pî jisir à prendre f t
en Belgique qui a osé parler! Que dira le gros... et tous les Uclgcs-Francaix? Bersonne certes ne s’avisera de répondre...
.M... m’a envoyé son ouvrage, il attend toujours le tableau que Je dois lui envoyer, en 28 !
Je travaille activement au petit Patrocle. 11 faut absolument qu’il soit entièrement achevé, pour pouvoir commencer la lithographie. H y a longtemps que vous auriez dû vous informer des prix d’impression. Je suis presque convenu ici avec C... Écrivez-moi toujours ce que Oegobert vous aura dit. Voici la mesure que doit avoir le dessin : 70 centimètres; hauteur, 40 centimètres... Demandez un peu à Degobert s’il y a un art particulier:! bien imprimer la lithographie... Vous comprenez? j’aurais ici un immense avantage, si je pouvais faire imprimer chez C... J'aurais les épreuves sous les yeux.
Toute la maison, chiens et chats y compris, vous souhaite la bonne année.
tant de choses à apprendre, il paraissait à Bruxelles un nouveau volume d’impressions de voyage par un célèbre touriste français. Ce livre où se retrouve tout l’homme an beefsteak d'ours, moins le style, a pour titre : Excursums en Ilelijiqiie, par M . Alexandre Onmas. En même temps aussi se lisait dans les journaux la lettre de M. S. Henry Bcrlhoud aux ambassadeurs de France et de Belgique, oii le feuilletoniste français réclame la protection des représentants des deux pays contre ee qu’il appelle les mensonges du peintre belge^ M. Wiertz. Dans cette lettre, qu’il déclare officielle, M. Berthond nous apprend quel’anteur de Pairocle, du CtirisI au tombeau et de la Révolte des Enfers, est un étranger qui fait profession d’insulter aux artistes français. A la lecture de eette pièce un peu comique, grand émoi à Bruxelles et par tout le pays. Le public n’eùt pas demandé mieux que de rire, mais la presse se soulève, et, en galante personne qu’elle est, se déclare pour M. Berthoud, oubliant que le feuilletoniste français est, lui, nu étranger qui fait profession d'insulter à M. Wierlz, l’artiste belge.
« Bon ! me dis-je tout bas, voilà un trait du caractère belge qui fait honneur à la nation ! Nous sommes dans notre petit pays un peuple grand par les sentiments, et nous ne voulons pas que nos peintres se moquent des feuilletonistes français qui se sont tant moqués de nous. La belle chose que l’oubli des injures, et que celte modestie que nous professons sied bien à un peuple catholique comme nous ! Jusqu’où l’humilité chrétienne est chère aux Belges, nous en avons, depuis le passage du grand Jules Janin, donné de belles preuves; mais les hauts cris que nous venons de jeter contre M. Wiertz dans la guerre de la coupe d’or, en seront un nouveau témoignage, tandis que le silence religieux avec lequel nous accueillons le beau livi'e belge de M. Spitacls et les nouvelles insultes françaises de .M. Dumas, achèvera de nous montrer tels que nous sommes, nous, Belges.
« Voici l’ouvrage du touriste tlamand, un livre qui fait grand honneur à la littérature du pays. En France, un voyage ainsi décrit ferait à son homme une réputation européenne. Mais en Belgique, de cent feuilletonistes qu’il y a, trois ou quatre à peine apprendront au lecteur le nom de M. Bcné Spitaels. Cet autre volume n’est rien qu’un tissu de contes moins spirituels, mais (dus absurdes que l’histoire du beefsteak d’ours, l-’aiiteur de ce petit livre est un étranger qui fuit profession d'insulter à la Belgique. Mais la presse belge ne se soulèvera pas; les écrivains belges ne demanderont pas
AU MÊME
Liège, 21 janvier I8i2.
Je suis occupé maintenant à faire des épreuves préparatoires et j’espère que cela ira. Le prix de chaque exemplaire serait chez C... de ! franc 23 centimes. Voyez comment cela pourra s’arranger. J’ai remis votre liste au grand I.enoir, qui espère la faire remplir. A propos, M... m'a dit qu’il avait envoyé un homme à 1 franc la signature, que cet homme n’avait recueilli (pi’un nom.
Mois (I) vient de m’en conter à me faire dresser les cheveux. Il m’a dit des choses tellement monstrueuses, tellement hors du sens commun, que Je l’ai j)iié de me dire si réellement j’étais éveillé. Plusieurs, m'a-t-il dit, n’ont pas signé parce que j’avais écrit contre Iterthoud. Il n’est pas un individu, pas un chat, pas un chien, qui ne soit disposé ù me jeter la pierre. Tous, amis ou ennemis, me bhlment sur la moindre de mes actions... Il faut que celte race imbécile ne connaisse donc pas les insultes que le prétendu représentant de
compte il M. Dumas de ses impressions insultantes; les artistes belges ne réclameront point la protection des ambassadeurs de France et de Delgiquc contre les mensonges de ce voyageur si impressionnable, qu’il assure avoir vu ces paroles sortir de la bouche du roi : a Mais, venez donc me demander à dîner! >
t Étrange rapprochement! unreuillctonisle français insulte à un artiste belge : personne ne dit mot. L’artiste belge répond au feuilletoniste français : la presse belge se lève pour lui jeter la pierre. Un écrivain français, dans un livre qui a tout l’air d’un pamphlet, insulte ii la Belgique entière : personne ne répond, on trouve cela tout naturel. Un écrivain belge publie un ouvrage aussi remarquable par la forme que par le fond : le feuilleton belge ne s’en émeut pas, et du même coup, par son silence, semble approuver l'écrivain étranger et condamner celui qui a eu le malheur de naître parmi nous. Vous traitez .MM. Dumas et Berthoud en amis, et M.M. Wiertz et Spitaels, l’un eu indifl'érent, l’autre en ennemi. Quoi ! pour faire dignement à vos voisins les hoiiueiirs de chez nous, faut-il être impolis envers les gens de la maison? N’y a-t-il pas moyeu d’être généreux pour les premiers, sans être injustes pour les autres? Ne pouviez-vous pas rire des lettres de M. Berthoud? Üu si vous vous indignez contre .M. Wiertz qui se rit de .M. Berthoud, ne sauriez-vous aussi vous indigner un peu contre M. Dumas, qui se moque delà Belgique? Le livre de M. Spitaels u’cst-il pas une terrible, mais digne réponse au livre du voyageur français? Et pour venger noblement sur celui-ci l’esprit national outragé, ne pouviez-vous montrer que l’ouvrage du Belge vaut mieux que le * sien ? Ce parallèle entre les deux écrivains n’est-il pas une question d’honneur et de justice, en attendant que la question de la coupe d’or se vide entre le feuilletoniste et le pemtre? »
(I) Artiste anversois.
la France m'a adressées dans diflérenls journaux! .Fai promis à Mois de lui envoyer après-demain (pielques mois pour mettre dans le Vrécuvseiir.
Kst-il bien vrai que Jean Jobard renouvelle ses insultes (I)?
AU MÊME
Liège, 1" février 1812
A force d'attendre, je perds patience. Depuis quinze jours, j’ai envoyé à F... des essais d’après lesquels je dois déterminer la qualité de pierre lithographique qui me convient, et je ne puis obtenir tout de suite ce que je désire. Décidément, il faut en sortir, l'ourvu (pie Degobert soit plus exact! Dites-Iui qu’il m’envoie tout de suite une pierre; mais faites-lui faire une scrupuleuse attention :i ceci :
Il faut que le grain de la pierre soit du plus fin qu’il soit possible de faire, c’est-à-dire poli jusqu’au point où le lithographe jugera qu’il n’est plus possible de polir davantage, sans nuire à l'impression. Sans cette condition, je ne puis faire ce que je désire.
line autre chose à laquelle vous voudrez bien engager .M. Degobert, c’est <l’avoir la promptitude et l’exactitude. Vous savez combien j’éprouve d’impatience quand j’attends, et qu’il n’en faut pas davantage pour me faire perdre le goût nécessaire.
Ce que j’avais prévu concernant l’article est arrivé: Morel (1) n’a pas voulu rimprimer.il s’est excusé comme s’excusent tous les journalistes, quand il ne leur plaît |)asd’insérerquelque chose. Ils vousdisent: Je ne vous le conseille pas, dans voire inlcrél... Je vous envoie l’article, que vous tâcherez de mettre dans l’un ou l’autre des journaux de Bruxelles.
Que dites-vous? (Jue faites-vous? Kerivez-moi tout de suite. Au jour et à l’heure ipie Degobert me promettra la pierre, il faut qu’elle soit arrivée, sans aucune faute.
Addio, caro amico.
(1) Voir la dernière note de la lettre du 25 septeiulire 18t0.
(2) Du l'rÉatrseur d’Anvers.
AU MÊME
Liéjîc, i février 184?.
Je reçois à l’instant même nu exemplaire d’un dessin que j’avais fait sur la pierre (I). C’est détestable! Figurez-vous que, sur la pierre, c’était une chose ravissante, tellement soignée, tellement Unie, que l’œil ne pouvait distinguer aucune inégalité, aucune tache. Maintenant, imprimé, je ne veux le montrer A personne.
Il faut cependant le montrer à Degobert. Qu’il dise à quoi cela tient. Est-ce à l’impression ou au grain trop poli de la pierre? Il me faut là-dessus une réponse positive. Il faut que M. Degobert juge d’après cela la qualité de pierre qui me convient. Si l’on a commencé celle que j’ai demandée, il faut la contreniander et la faire faire comme il faut. — La pierre sur laquelle a été fait le dessin ci-joint était très-lisse.
Qu’on ne s’avise pas de me dire: C’est manque d’habitude; c’est manque de précautions, de propreté, etc. Non, par tous les diables! non. .le délie tous les lithographes du monde de prendre plus de soin que je n’ai pris pour ce dessin, dont l’impression offre un si déplorable résultat.
.\dieu. Fne répon.se tout de suite. Je vous embrasse.
^AU MÊME
Liège, février 1812.
Votre lithographie est finie. C’est-à-dire qu’elle est au point où l’on peut s’en vanter. Je ne vous dirai pas encore de venir la voir maintenant, et voici pourquoi. Avant de |>asser les ghacis qui mettent à l’effet, je dois faire un diable de portrait qu’on me presse de faire depuis plus de six mois. Ensuite, j’aime ii vous faire voir la chose comme je la désire.
Quoique cette affaire soit si avancép, je ne pense pas qu’il conviendrait de l’annoncer maintenant. Le plus difliieile, le plus à craindre n’est pas fait : je veux dire l’impression. Avant que nous n’ayons vu une épreuve réussie, il n’y
(1) Une lithographie de la Esméralda exécutée à Liège et dont il nous reste un exemplaire. AViertz refusa depuis de laisser photographier ses œuvres, malgré les plus brillantes propositions. L’horreur d’une reproduction incomplète l’empéchail également de laisser copier ses tableaux. Voir, à ce sujet, la lettre suivante.
.1 rien de fait. Car, je jure par la barbe du père Rubens que, si on en fait une tache, si on massacre encore les choses comme on l’a déjà fait, je renoncerai à la faire paraitre, et me déciderai plutôt, je crois, à recommencer. Est-il rien de plus assommant que devoir ainsi son ouvrage travesti ? Vous savez quel plaisir un imprimeur vous fait quand il écorche vos hémistiches, et qu’il vous fait dire blanc pour noir !
Si la chose réussit, nous avons là un fameu.'c moyen de publier ce que les journaux ont tant de soin de ne pas faire connaître. Ne serait-il pas possible d’écrire au bas de la lithographie l’histoire du concours {!)? Vous comprenez <iue cela doit-être en deux ou trois mots. Ce serait enfoncer les gens qui ont voulu garder le silence sur votre ouvrage.
AU MÊME
Liège, t" mars 18i2.
Je suis d’une colère épouvantable. Un accident vient d’arriver à la pierre ! En lavant mon tableau, des gouttes d’eau sale, grasse peut-être, se sont échappées de l’éponge et se sont répandues sur le dessin de la pierre... Demandez à M. Degobert s’il y a moyen de remédier à la chose. S’il prévoit que les taches peuvent s’apercevoir, c’est une affaire manquée. Car, comme je vous l’ai déjà dit, si l’impression ne rend pas le dessin tel que je l’ai fait sur la pierre, je renonce à le publier.
Il faut vraiment que le diable s’en mêle. Après avoir soumis mon intelligence à une patience d’enfant et d’imbécile, — car, soit dit en passant, pour lithographier, il faut être bonasse et sans imagination, — voilà qu’un accident qui n’arriverait pas en cent ans, vient détruire tout l’édifice !
Si votre projet est encore de venir avec M. Degobert, veuillez-vous empresser (2). Écrivez-moi le jour où vous comptez venir. Il faut en finir le plus tôt possible, s’il y a moyen. Adieu. A bientôt. Un mot tout de suite.
(1) A côté de la légende rappelant les circonstances du concours, l’épigraphe suivante, tirée du XXVIl' chant de l'Iliade, explique la pensée du tableau homérique : « Ainsi l’on s’attaquait avec la rage de l’incendie. L’astre du jour et celui de la nuit semblaient avoir éteint leur lumière. Telle était l'épaisseur des ténèbres qui couvraient la foule des plus vaillants guerriers pressés autour du corps de Patrocle. > C’est sur cetfe lithographie que fut tirée la photographie placée en tête de ce volume.
(2) Ce voyage eut lieu suc-le-champ, et l’accident qui désespérait ainsi l’artiste, fut facilement réparé par l’habile lithographe.
AU MÊME
Liège, 26 mars 1842.
Voilà les quinze jours expirés et, comme je vous l'ai promis, l’all'aire est faite. Ne vous impatientez point. Si je ne suis pas encore à lîruxelles, voici les motifs impérieux qui m’obligent à retarder pour quelques jours mon voyage. C’est lundi que je suis obligé d’évacuer la salle de Saint-André. 11 faut que je replie mon tableau (1) pour laisser le champ libre. Ensuite, j’ai deux portraits à faire, dont l’un sera terminé aujourd’hui.
.l’ai pensé qu’il serait inutile d’envoyer la pierre pour les jours de Pâques. L’imi)rimeur et les dessinateurs aulomomatts ne travaillent point ces jours-là.
Et vous, scrillorc satirico, avez-vous été exact à remplir votre promesse ? I.a brochure avance-t-elle (2)? Il faut absolument que vous me montriez quelque chose à mon arrivée. Je ne tarderai pas, je vous en préviens.
Avant d’emballer, si M. Degobert a quelque chose d’utile à me dire pour le voyage de la pierre, vous me le ferez savoir par un mot. Je compte vous envoyer la caisse, mercredi ou jeudi. Pendant que les automates piocheront, je vous verrai à Malincs, pour retourner ensuite à Bru.xelles ensemble. Une chose importante. Les automates, en grenant, ne doivent rien changer à la manière de dessiner. Ce qui est gros grain, le laisser gros grain. Hachures, hachures. Seulement égaliser.
.\llons, travaillons, morbleu! j’espère que cela ira. La lithographie, si elle est reproduite telle que je l’iÿ faite, fera un effet d’enfer.
Ilenaux vient de prendre une action. Encore un homme! Croirait-on qu’il faille se donner tant de peine pour trouver l,.'iOO hommes en Belgique?
AU MÊME
Liège, 6 avril 1842.
La pierre est arrivée chez .M. Degobert. Tâchez de me faire savoir, le plus tût possible, le jour où l’on tirera la première épreuve. Il est bon que je sache cela, pour ne point perdre de temps en attendant les préparations.
Veuillez rappeler à M. Degobert qu’il faut que l’on égalise, sans changer la
(1) La Révolte des Enfers.
(2) De notre public et de nos grands artistes, ior\t on a lu le fragment relatif au chapeau et à la tunique de Wiertz.
tUsposilion des coups de crayon : c’est-à-dire ce qui est gros grain, le laisser gros grain. Hachure, hachure, etc. M. Degoberl comprendra bien ce que je veux dire.
Voici le beau temps. Pourvu que cela dure ! Pourvu que M. Degobert s’occupe tout de suite de l’affaire ! Parmi les curieux qui ont vu la pierre, il s’est trouvé six hommes. J’espère que nous en trouverons d’autres, quand le dessin sera imprimé, Dvnque, en attendant votre lettre et le moment du départ, je vous embrasse, ainsi que bien d’autres personnes que vous connaissez.
AU MÊME
Liège, 9 avril 1812.
Lundi, à midi et..., altendez-moi à la station de Hruxelles. Tâchez devons lever pour cette heur(-!à.
Je vous embrasse. Nous reviendrons à .Matines, après les affaires.
AU MÊME
Liège, ôO avril 1842.
Je reçois à l’instant le Frondeur, avec l’article sur mon compte (I). J’ai reçu également les autres (2). Tout cela est... tapé. Plus d’un imbécile sera louché au cœur.
Vous vous êtes singulièrement embrouillé dans vos notes sur le nombre d’actions. C’est-à-dire que vous ne vous êtes pas souvenu à qui vous avez remis les billets. Voici comment tout s’est passé.
Les 13 actions que vous croyez données à M. Cornet sont restées dans mon tiroir, avec 10 autres que vous avez laissées pour un certain monsieur qui devait venir les chercher. D’une autre part, vous avez donné 10 actions à Cornet pour le capitaine anglais. Le tout ensemble fait 55 actions. Voici l’usage que j’ai fait des 23 que j’avais dans mon tiroir.
J’ai donné à M. Lenoir 10 actions pour les souscripteurs de sa liste. Ensuite, j’en ai placé 7 sur ma liste, ce qui fait 17 hors du nond)i e de mon tiroir. Reste 6, que j’espère placer bientôt. Voilà, je pense, tout débrouillé.
(1) Extrait de la brochure mentionnée dans la lettre du 2G mars.
(-2) Qui retraçaient, avec les débuts éclatants de MM. Wappers. Mathieu, De Keyscr, Gallait, le ridicule tableau des réactions du public.
Autre chose, .le viens de recevoir l’épreuve avec les rehauls. Ça va bien, très-bien. .M. Degobert a fait tout ce qu’il était possible de faire. Maintenant, pour que la chose soit parfaitement satisfaisante, il faudra prendre une teinte moins sombre. .Avec la teinte de l’épreuve qu’on m’a envoyée, les blancs .sont durs et les masses d’ombre perdent trop de leur vigueur.
J’ai fait quelques petites corrections aux rehauts. S’il y a moyen de changer cela, le dessin y gagnera. Je me suis servi d’une encre d’une autre couleur dans les corrections, afin qu’on puisse voir où j’ai touché. Le dessin sera accompagné de deux échantillons de teintes avec lesquelles on pourra faire des essais.
Remerciez bien pour moi M. Degobert, et priez-le de m’envoyer, le plus tôt qu’il pourra, les nouvelles épreuves, avec son portrait qu’il m’a promis.
AU MÊME
Liège, 20 mai 1842.
Mathieu (i) m’écrit que je dois vous prévenir du jour que j’irai à Louvain. J’y serai dimanche, i±, au matin, par le premier convoi.
Soyez-y. Nous causerons. Adieu. .Ne manquez pas.
AU MÊME
Liège, 6 Juin 1812.
Hallez doit vous avoir remis les lithographies. Il a dû vous dire tout ce que je pensais là-dessus. Comme vous avez dû le voir, tout n’est pas absolument satisfaisant. Parmi les dessins, il y en a un qui est bien. Si .M. Degobert peut en tirer de semblables pour les journalistes, cela ira bien, et s’il pouvait les tirer tous comme celui-là. cela irait encore mieux. Vous reconnaîtrez ce dessin au mot type que j’ai écrit dessus. Je crois que, pour ne jias nous tromper, il faudra que je voie tous ceux qui seront envoyés aux souscripteurs. Je crains bien qu’il ne se glisse de bien mauvaises choses, et qu’on n’ait un petit air de raison de me jeter la pierre.
(1) Directeur de r.Académic de Louvain, homme de grand talent tué par lu critique. Il avait débuté par Une scène du déluge. —
J’ai fait, comme je vous le disais, mou tableau de 15 pieds en trois jours (1). Pour souvenir, j’ai écrit les trois dates en dessous.
M. l’ancien bourgmestre m’a remis sa liste. 11 n’y a que trois souscripteurs. Courage. Ne nous désespérons pas, tant qu’on n’a pas vu la lithograpliie.
AU MÊME
Liège, 23 juillet 1842.
Ma statue est terminée. J’ai écrit au ministre pour avoir du temps jusqu’au 10 août. Permission ou non permission, je n’irai à Bruxelles avec mes objets que vers le 10 août. Si l’on élève des difficultés, je ferai du bruit, morbleu! comme on n’en aura jamais fait.
Je souhaite bien vivement que l’Exposition soit remise. J’aurais le temps de faire sécher le tableau de la Vénus, que je ne pourrais envoyer qu’après l’époque de l’ouverture. Je voudrais bien savoir cela d’avance, pour ne pas perdre un temps précieux à Bruxelles. Des compliments à Mathieu.
AU MÊME
üégc, 8 août 1812.
Mardi, 7 du courant, je serai arrivé à Bruxelles par le premier convoi. Je serais bien charmé de vous voir à la station. Tâchez de vous y trouver. Nous aurons bien des choses à nous dire. Adieu.
AU MÊME
Liège, 2 décembre 1842.
Allons, j’apprends avec plaisir que votre Révolution (2) va être enfin jouée ! Vous avez fort ingénieusement changé le mot l'épubliqve (3).
(1) Saint Denis, donné à une église de Hollande.
(2) Une Révolution pour rire, dont la f ' représentation eut lieu, le 23 février suivant, sur le théâtre de la Monnaie.
(3) Au 1" acte, au moment où don César proclamait la révolution et la liberté dans son château, un des domestiques s’écriait : « Vive la République! » Après la lecture
Je suis donc en attendant le signal pour aller voir votre première représentation.
J’ai commencé à attaquer Ih'tro Paulo (1).
AU MÊME
Liège, 22 décembre 1842.
Il faudra bien que vous vous décidiez à m’envoyer quelques lithographies. Tous ceux que j’ai fait souscrire me tombent sur le dos. Et puis, il faut bien qu’il y en ait quelques bonnes à Liège. C’est de toute nécessité.
Je travaille de temps en temps contre le grand barbouilleur (2). C’est là le seul moyen, je pense, de faire quelque chose. Un jour, et ce sera peut-être dans peu, ce système sera adopté dans l’éducation générale. C’est eu se mesurant avec ce qui a été fait de mieux que l’on fait de véritables progrès.
AU MÊME
Liège, 31 décembre 1842.
Avez-vous reçu ma dewière lettre, dans laquelle je vous engage à m’envoyer quelques lithographies? Le temps qui s’est écoulé depuis me fait soupçonner, ou que vous êtes malade, ou que vous travaillez jour et nuit. Mais il me semble que vous n’avez pas reçu cette lettre. Je vous écris celle-ci , afin que vous me mettiez hors d’inquiétude.
Écrivez-moi donc un mot, un seul mot, et, pour ne point vous donner beaucoup d’embarras, dites à Degobert qu’il m’envoie huit ou dix lithographies (bonnes épreuves). Les souscripteurs ici deviennent enragés.
aux artistes, un des directeurs, effrayé à l’idée d’un tel cri poussé au Théâtre royal, eu demandait la suppression à l’auteur, qui fit aussitôt le changement que voici. Le dome.stique s’apprêtait à pousser son cri; mais, à la première lettre du mol, son maître lui fermait la bouche avec terreur. Si bien qu’au lieu du mot terrible, on n’entendait que le rondement de l’it, ce qui faisait beaucoup plus rire que le cri tout entier.
(1) Rubens, dans les tableaux qui devaient servir de point de comparaison.
(2) Une des épithètes appliquées par des peintres français à Rubens.
AU MEME
Lié|;c, O janvier 1843.
Je suis cîianné de tout ce que vous me dites concernant votre pièce. Vous avcï bien l'ail de la réduire en trois actes (I). Je pense qu’elle aura beaucoup ;;agné.
.Maintenant il me reste à vous souhaiter une vie assez longue pour mettre à execution toutes les choses dont vous êtes capable... Je ne vous en dis pas davantage pour le moment. Nous nous verrons bientôt. .Mille souhaits à M. Ito* main ('l).Addio, cnrissimo.
Je reçois à l’instant les lithographies. Elles sont bien.
AU MÊME
Liège, 9 avril 1843.
J’ai toujours attendu (jue vous me donniez des nouvelles de la dernière représentation... Allons, maintenant du nouveau. Que faites-vous? Quels sont vos projets?
Four vous dire toute ma pensée sur la première page que vous me consacrez (5), je la trouve belle pour moi, à cause du sentiment d’amitié qui y est (txprimé. Mais pour le public, elle ne vaut pas le diable. Notre intimité est trop bien connue pour qu’une idéeaussi flatteuse pour moi, ne devienne pas aux yeux du public une alfaire arrangée. Je voudrais une chose plus simple et qui partit du cœur; par exemple: «Je vous dédie ce livre; qu’il soit le souvenir de notre amitié. » Quelque chose comme cela. Vous comprenez ce que je veux dire.
Le parricide X... met donc son père en loterie(4)... Infiime! .Mon Age d'or en en bon train. Je. vais faire aussi une petite statue.
(1) Le succès de rire d'une fulie dénuée de toute intrigue, alla croissant Jusqu’au milieu du 3° acte, où il ne pouvait que décliner. Wiertz avait bien jugé. L’amour du <1 bien faire » si curieusement révélé dans les lettres relatives à la lithographie, se retrouve partout, avec le coup d’œil du maitre et le cœur de l’ami.
(3) M. R. Gorrissen, conseiller provincial du Drabant.
(3) En lui dédiant la pièce en question.
( 1) C’est-à-dire les œuvres paternelles.
AU MÊME
Liège, î) octobre 1813.
.\vez-vous été, comme vous le disiez, à Dînant ? Quel jour partez-vous délinitivement (I) ?
Je partage avec vous tous les petits chagrins qu’occasionne toujours le moment du départ. Il faudra se résigner, arrêter brusquement l’heure de la séparation, et filer sans se retourner une seule fois.
Je ne vous parlerai pas de l’impression que m’a faite le dernier moment de notre entrevue. Votre amitié a senti pour moi ce que j’ai senti pour vous.... Adieu. Si, pour bien des gens, vous serez éloigné, pour moi ce sera ditférent. Vous m’écrirez souvent , et puis j’espère vous voir bientôt... Tout cela me console un peu, mais ne m’empêche pas d’être profondément triste.
.\dieu. Un mot, sitôt que vous serez arrivé.. .Ma mère se joint à moi pour vous embrasser, et vous souhaiter tout le bonheur que vous êtes en droit d’attendre et d’exiger du ciel (-2).
A M. P. WAÜTERS, à Malines.
Liège, 27 janvier 1844.
, Caro Picli'o, depuis quinze jours, je suis dans les embarras et les chagrins.
Ma mère a été dangereusement malade, et, pour comble de maux, son imagij nation exaltée l’a portée au point de vouloir partir aujourd’hui pour Dînant. Sa
I décision là-dessus a été si formelle que deux cousines sont arrivées exprès
1 pour la conduire... Elle a voulu absolument se mettre en route par la voie la
plus difficile. Au moment où je vous écris, elle est ballottée dans une mauvaise voiture, accablée de maux de toute espèce.
11 est impossible de vous dire combien j’ai de chagrin de tout ce qui s’est passé ces jours-ci ; il me faudra quelques jours pour me remettre et vaincre la profonde tristesse dont je suis accablé. Heureusement, mon cher Pierre, vous
(1) Pour Paris.
(2) Ici commence l’irréparable lacune que nous déplorons. De toutes les lettres reçues à Paris jusqu’en novembre 1847, une seule s’est retrouvée dans un de nos manuscrits. Nous rappellerons à leur date celles dont nous avons g.ardé le souvenir textuel.
êtes là comme mon ange tutélaire. Votre dernière lettre, qui m’est parvenue au milieu de tous mes chagrins, a porté dans mon âme quelque consolation.
Je n’ai pas la tête assez reposée pour répondre dignement aux offres d’amitié dont cette lettre est remplie. Pourtant je m’empresse de vous dire que le don que vous m'offrez ne m’a pas étonné. Je connais votre cœur ; je suis habitué à ses actes, je dirais d'hcroïme... ,\u sentiment généreux que vous manifestez, il n’y a qu’un sentiment non moins noble qui puisse répondre. Vous m’offrez votre maison, chevalier (1)? Je ne serais pas digne de porter le même titre que vous, si j’acceptais votre don.
Cependant, à côté des lois de notre chevalerie, il est des concessions satisfaisantes pour l’amitié. Je veux bien consentir à habiter, un Jour, votre maison, mais à la condition de ne pas en être le propriétaire. Tel est l’arrêt que dictent nos lois et les sentiments qui nous lient.
Je ne sais pas précisément le jour où j’irai répondre à vos bontés par l'Age d'or dont vous êtes si bien la vivante image. 11 me faut quelques jours de repos, un jour ou deux de travail, et je me sentirai alors préparé à aller vous embrasser. En attendant, recevez mes embrassements de cœur. Addio.
A M- V GILAIN DISIÉRE.
Liège, 18 août 1841.
.Ma bonne cousine, en retournant à Dinant, je sens se renouveler toutes mes misères. Je me propose de partir lundi matin par le bateau à vapeur. Je ne .sais pas encore quels seront les chagrins que le ciel me réserve (2). Veuillez prévenir ma mère...
.Vdieu, chère cousine. Demain j’irai vous remenâer de vos bons soins, de vos bons sentiments pour ma mère et pour moi.
(1) La première règle de la chevalerie dont il est question ici, consistait dans la pratique des sentiments dont M. Wauters donnait l’exemple en offrant sa maison au pauvre artiste. Pour être admis dans l’ordre, il fallait faire vœu de ne se point marier. J’assistai, un dimanche, en 1845, à Malines, à la prestation du serment par Wiertz et Mathieu, de Louvain, dans les mains de M. Wauters. Comme ils étaient tous trois debout, la main tendue, je dis à Wiertz : « Voici le serment des Horaces, » et je crois encore ouïr ce bon rire d’enfant que nous lui connaissions, et qui avait, dans cette grande nature, tout le charme de l’inattendu.
(2) Le pressentiment ne le trompait pas ; le 26, sa mère expirait dans ses bras. Dans sa lettre à M. Labarre, il parlait de cette mort comme d’un coup de foudre qui lui avait traversé la poitrine. 11 en garda, pendant des années, ces terribles palpitations du cœur dont il ne triompha que par ses grands travaux.