‹ Antoine WiertzChapitre 7 sur 29 · I.iégc, Il mars · texte numérisé non relu

I.iégc, Il mars

.le suis un paresseux, un négligent, tout ce que vous voudrez. Mais à loul péclié miséricorde. Quand vous saurez combien je suis contrarié, combien depuis plus de quinze jours je trépigne, vous aurez vraiment pitié de moi. Un seul mot va vous mettre au courant du sujet qui me tracasse : mon tableau est arrivé trop tard à l’Exposition (1)! toutes mes espérances sont évanouies !

Ne sachant à quelle époque je devais l’envoyer, je m’étais entièrement reposé sur l’annonce des journaux. Mais les journaux français n’ont annoncé l’Exposition que lorsqu’il était déjà trop tard pour envoyer de l’étranger... Aurait-on pu s’imaginer que tant de travaux et d’espérances devaient périr au port?

.Mon tableau cependant est arrivé à Paris. J’espère encore le faire entrer à l'Exposition. Mais des personnes bien informées m’ont assuré que tous mes efforts seraient inutiles ; que, le jour ou l’heure de recevoir une fois passée, on refuse avec une inflexible opiniâtreté, il faut que ces gens-là soient de vrais barbares...

Il y a dans ce règlement une bêtise, un ridicule... C’est envers les étrangers line absurdité indigne de la loyauté française. C’est même un égoïsme révoltant. Un Parisien, un Français est toujours à même d’être prévenu. C’est chez lui, c’est dans son pays.Unquart d’heure, un jour lui suflisent pour s’instruire de l’instant où il doit envoyer son ouvrage. Mais un étranger, à cent lieues ou même à trois cents lieues de Paris, peut-il connaître l’instant fatal qui doit fermer la porte à ses espérances? Peut-il répondre que son envoi n’éprouvera aucun retard par des accidents de voiture? C’est ce qui m’est arrivé. Au dégel, les barrières ont été fermées, et mon tableau est resté en route !

Ah! monsieur, si j’avais votre plume pour un quart d’heure, comme je rosserais ces messieurs-là! Vous qui avez une âme d’artiste, comprenez combien je souffre d’une telle barbarie !

C’est assez vous parler de mes contrariétés. Parlons de vos projets (2). Puissent-ils ne point éprouver d’entraves semblables! Défiez-vous de ces maudits Parisiens. 11 est malheureux qu’on doive passer par là. Leur esprit est moins propre aux beaux arts que celui de beaucoup d’autres nations. Paris est un but d’attraction, non par son bon goût, son jugement ou son esprit, mais

(1) Du Louvre.

Le raaiiuscrit porte SMCcès. Allusiou au projet qu’avait ficrivaiu de suivre « Paris la carrière dramatique.

par son énorme niasse. Sa population fait sa force. C'est un tyran devant )|ui le génie ne s’incline que parce qu’il a un suprême pouvoir matériel.

Votre comédie (!) avance-t-elle? Dites-rnoi, que faites-vous? J’ai rencontré un monsieur, il y a près d’un mois, qui m’a dit être chargé par vous de me remettre un exemplaire de la Hmie belge. Je n’ai plus revu ce monsieur.

Je compte partir pour Paris dans sept ou huit jours pour voir l’Exposition et aviser au moyen d’exposer mon tableau dans une place particulière. Si Msard (2) veut bien me dénicher de là et me mettre au niveau des autres exposants, je me croirai très-heureux.

[Jien des choses de votre tendre parrain, ainsi que de ma mère.

Attendrez-vous toujours le chemin de fer pour venir nous voir ?

AU MÊME

Paris, 3 avril 185S.

Je ne sais si vous êtes à Uruxelles ou à Diiiant. Dans tous les cas, je vous écris à l^uxelles.

Je ne sais si vous avez reçu ma dernière lettre, que je vous écrivis de Liège. Je fus bien désolé de ne point vous voir, en passant à Bruxelles. J’aurais bien eu de la consolation en vous parlant de toutes mes contrariétés. Si vous saviez combien je souffre dans ce maudit Paris! Figurez-vous que je suis en course du malin au soir pour trouver un local pour exposer mon tableau. Je me suis adressé au directeur des musées, pour le prier de me donner quelques renseignements ; mais toutes ses réponses ressemblent à celle de l’inflexible geôlier (pii conduit les ombres du Rtyx.

Tout le monde ici se ressent un peu de cette impassibilité qui assomme l’étranger qui a besoin de renseignements. Je n’y puis plus tenir d’ennui. Je suis isolé au milieu de la foule, comme dans une forêt où chaque arbre est un être auquel on adresse vainement la parole. Je vous prie donc de me donner de vos nouvelles. Vous voyez que j’ai besoin de consolation. Mon cousin vous aura dit, sans doute, comment mon tableau est arrivé trop tard.

Dites-moi un mot de ce que vous faites.

Si vous vouliez me donner une petite lettre pour ,M. Nisard, cela me ferait bien plaisir.

(1) Le Point d’honneur.

(2) Qui avait tenté de faire ouvrir à l’auteur du Point d'honneur les portes de la Co- Diédie frani;aise.

Au moment où je vous éci is, je reçois une lettre de ma mère (|ui m’envoie votre réponse ù ma lettre du 11 (mars), .lugez quelle est ma joie! .Mais en même temps j’éprouve le plus vif regret de ne l’avoir pas reçue plus tôt. Ma mère a tardé quelques jours à me répondre. Knsuite, je suis resté longtemps avant d’aller voir à la poste reniante. Tout cela fait que douze jours sont perdus pour moi. M. Nisard aurait pu me secourir plus tôt.

Vous me demandez ce que j’ai résolu de faire, .lusqu’à ce jour, je suis resté dans une irrésolution (|ui me tue. Cependant, à force de chercher des moyens, j’ai trouvé l’Kcoledes Beaux-Arts qui, dans son vaste local, pourrait bien me prêter un petit coin. .Si mauvais qu’il puisse être, je serais heureux de pouvoir m’y nicher. Le diflicile, c’est d’obtenir la permission. Une permission est une grande affaire dans Paris, quand, privé de la protection de princes ou de ducs, l’on ne se présente qu’au nom des beaux-arts.

Une autre idée encore m’est venue. S'il m’était permis de dresser une tente sur la place du Louvre, je pourrais y exposer mon tableau. Seul, et recevant une lumière qui lui serait |>ropre, il n’en serait que mieux, et rinconvénient «leviendrait alors une faveur inattendue. .Mais obtenir cela me paraît plus diflicile que les douze travaux d'Ilercule. Une descente aux Enfers.

Tout se fait ici par spéculation. Croyez-vous qu’un artiste songe à faire une belle chose par amour pour l’art? Non. 11 calcule quels sont les goûts ou les caprices de la mode. Puis, comme les nombreux industriels de la capitale, il va porter son ouvrage dans un marché qu’on nomme Exposition du Louvre.

Savez-vous pourquoi on est si sévère pour ceux (jui envoient trop tard à l’Exposition ?

Voici ce que des gens bien informés m’ont dit. C’est que souvent des artistes du premier ordre exposaient à la tin ; que, captivant alors raltention publiiiue, ils empêchaient les autres de vendre leur marchandise ; que d'autres enlin, prolitant des défauts des ouvrages exposés, faisaient bien vile un tableau qui, par sa supériorité, éclipsait tous les autres. La Commission a voulu remédier à cela, et elle s’est dit: Tout tableau arrivant trop tard ne sera point reçu, comme faisant tort au commerce de la généralité des exposants. Par ce moyen, nous empêcherons aussi que des artistes fassent de bons tableaux aux dépens (les autres (I).

Voilà comme on traile les beaux-arts à Paris !

Spéculer, tra(iquer, subtiliser I

.^lon adresse : Boulevard Saint-Denis, cité d’Orléans, n" 8.

(t) Les mots en italique sont soulignés dans l’original.

AU MÊME

Paris, 27 avril 1858.

J’ai vu M. Nisard, qui m'a promis de chercher à obtenir la permission de placer mon tableau à l’École des Beaux-.Vrls. Il y a vingt jours que j’attends sa réponse : lui-même n’en a pas obtenu de ceux à qui il a écrit. Fatigué d’attendre, je fus moi-même l’École des Beaux-.\rts. Je m’y présentai comme arliste, comme étranger, comme Belge, et pour me prouver qu’on était fort sensible ù tous ces titres, on me refusa très-poliment. Le retard de M. Nisard s’explique. Je ne dois donc plus penser à cela.

Si je vous disais toutes mes démarches, les humiliations, les déceptions et les traverses de toute espèce auxquelles je me suis exposé, vous trouveriez en moi un héros propre à mettre en scène.

Je ne crois pas qu’il soit possible de trouver exemple d’une situation semblable à la mienne. C’est celle d’un homme qui, dans un songe, poursuit une ombre qu’il croit toujours atteindre et qui lui échappe sans ces.se. C’est le supplice que fait endurer cette affreuse paralysie où l’homme semble mort. Lui seul sait qu'il resinre. Mais impossible de manifester son existence par aucun signe. On l’entoure, on le pleure, on l’enveloppe du drap mortuaire, on le descend dans la tombe, et impossible, impossible de s’écrier ; Grâce ! grâce! barbares ! je ne suis pas mort !

Je suis enfin fatigué de battre le pavé, de rôder dans les magasins et les greniers, de demander, chapeau bas, le chemin à tout le monde, d’être brusqué, foulé et perdu dans la foule. Je suis las de subir l’insulte des maussades portiers, de passer des heures inutiles dans les antichambres, d’y disputer la gloire pied à pied avec les hautains laquais, et, après tout, me coucher fort tard, l’âme toujours frémissante d’une rage inutile.

Ces contrariétés, loin d’abattre mon courage, ne font qu’augmenter la résolution que j’ai conçue; et si, comme j’y suis déterminé, je dois attendre l’annee prochaine, je reviendrai avec de nouvelles forces. Déjà de nouveaux projets de tableaux roulent dans ma tête.

Je vous remercie d’avoir fait insérer ma lettre dans le journal (1). Vous avez bien fait sentir l’absurdité en question (2).

(1) l 'Observateur du 29 mars avait publié la partie de la lettre du 11 relative au refus d’admettre Pairocle aii Louvre, à cause du retard survenu en route.

(2) Kn disant, â propos du dégel dont le peintre étranger était rendu responsable : s C’est là, je crois, une circonstance atténuante et qui, en Belgique, où l’on reçoit les tableaux de l’étranger huit jours encore avant la clôture de l’Exposition, eût fait trouver

Je compte partir incessamment. Je laisse ici mon tableau pour l’année prochaine. L’Kxposilion finie, ce serait maintenant perdre du temps.

Ne sachant f|ue. faire, je me suis amusé à faire une critique du Salon. J’ai pris le ton de la plaisanterie : le sujet ne m’ayant rien inspiré de sérieux, j’en fis un passe-temps. Si, en refondant tout cela, il y avait la matière d’un article, je ne serais point fâché d’en voir la publicité.

En attendant le plaisir de vous voir, à Liège, j’espère encore de vos nouvelles ici, à Paris.

A M. P. WAUTERS (1), à Malines.

Liège, 21 mai 1838.

Vous êtes bien aimable de me témoigner par tant de preuves réitérées une amitié à laquelle j’ai dû vous paraître insensible. Je dois vous dire, pour me justifier, que je suisexlrêmement paresseux ù écrire; ensuite des occupations continuelles me laissent trop peu de temps pour y songer. Un ami tel que vous, monsieur, demande des instants plus longs que ceux qu’exige une simple lettre. Toujours bercé de l’espoir d’aller exprès à .Malines, pour vous voir, je négligeai jusqu’à ce jour de vous écrire.

Je devais d’abord commencer par répondre à la première lettre que vous m’écrivîtes à Home, concernant un tableau que vous désirez avoir de moi. J’aurais voulu vous satisfaire de suite; mais, avant tout, il était indispensable de vous communiquer mes idées sur l’objet dont il s’agit.

Je dois vous avouer (jiie ce genre de peinture est incompatible avec ma manière de voir, et quoique j’aime à traiter tous les genres de peinture possible,

grâce à l’artiste. Personne chez nous ne songerait à punir un peintre, de quelque pays qu’il vint, ni de la gelée, ni du dégel, ni de la fermeture des barrières. Pouf eux sont les premières lettres d’invitation; pour eux, au Salon, les bonnes places. Et si, chemin faisant, comme il arriva l’an passé, certain accident survient à quelque toile, la Commission vent que l’auteur ait le temps d’y remettre la main, et ne s’en prend point à lui de la gaucherie des voituriers, ce qui n’est que juste... >

(!) Oncle du peintreconnuduméme nom, M. Charles Wauters. — Nature enthousiaste, il avait eu pour VViertz, vers la même époque que le bon Gilaiu Disièrc, rintuition de l’avenir. Il se prit pour l’artiste d’une telle affection qu’ainsi qu’on le verra par le refus contenu dans lalettre du 27 janvier I8ti, il voulait lui faire don de sa mai.son. On y admire aujourd’hui une collection de neuf toiles de petite dimension ; Les Yingt-et-une jeunes jilles, VAge d’or, la réduction du Palrocle, le Satyre et les enfants, la Femme elles enfants, les Trois souhaits, \es deux Femmes romaines, \e Patientiotype et le portrait de l’hôte sur une mime toile avec celui du peintre.

je lie ferai jamais choix, pour le cahiiiel d’un ami, d'un sujet où l'art ne peut développer toutes ses heaiilés. En effet, tout ce (|ue le moyen-âge a de plus pi(|uant dans ses mœurs, de plus bizarre dans ses costumes et ses armures, ne |)Oiirra jamais rivaliser avec le beau, le beau immuable des Grecs, celui qui constitue le grand talent de Micbel-Ange et de llapbael.

Malheureusement, la mode aujourd’hui entraîne toutes les volontés, paralyse toute disposition penchée vers le beau. Il n’est pas un artiste, pas un poète, si jeune qu’il puisse être, qui n’ait déjà subi sa pernicieuse iniluence. Il faut, pour être artiste, un profond mépris de l’or, et vivre de cette intime jouissance qui n’est sentie que des âmes qui rêvent la gloire.

Je m’ajiereois, monsieur, que je vais entrer dans mes folies. Véritables folies, en effet, pour le comiiuin des hommes.... Je veux en finir sur ce chapitre, que je n’aurais jamais entamé qu io parlant à un homme tel (|ue vous, monsieur. Votre amitié m’ayant déjà dit, plus d’une fois, que vous m’avez compris, je vous jiarle en toute eonliance, et je sais que le but où tend ma folie n’est pas pour vous obscur et incomiiréliensihle.

Avant quinze jours, monsieur, j’aurai le idaisir de vous voir et de vous en dire d’avantage. Oubliez ma paresse et croyez à ma sincère amitié.

A M. LOUIS LABARRE

Liégp, I l juin 1858.

Décidément, nous pouvons dire ensemble : Je suis paresseux, tu es paresseux, nous sommes paresseux. Avez-vous donc oublié que je vous attends, tous les jours, ou au moins une petite lettre qui m’annonce l’heureux moment où vous serez libre devenir saluer mes pénales? .Vuriez-vous peur peut-être d’exposer votre vie sur le chemin de fer, avant d’avoir terminé votre comédie? ou votre voyage à Paris (I) vous aurait-il pour toujours dégoûté de voyager ?

Dassurez-vous. Vous ne trouverez point ici, j’espère, un bavard de Pari.->ien pour vous endormir. Et, si notre cnisine ne s’annonce point par l’apparence et le galimatias d’une nomenelature parisienne, vous pourrez au moins être assuré qu’un beefsïak aux pommes de terre est un véritable beefsteak, et qu’il n’a rien de commun avec la chair du cheval ou de tout autre animal (2).

(1) En 1857.

(2) Allusions aux aventures i apportées dans: Un mois à l‘aris, publié par la lleviie helije.

Je voudi ais vous exprimer tout le plaisir que j’éprouve en lisant le Pcdt (our de Marie-Amunr. J’ai trouvé là tout ce que Je sentais d’atrection pour les bons Parisiens. Je mourrais de plaisir si Je pouvais leur lire à tous ce petit volume qui écrase en riant leurs idoles et leurs croyances. Nous en parlerons plus au long.

Je vous attends.

AU MÊME

l.icge, 8 juillet I83S.

Oli !.(|iie ne suis-je en 185!) ! Vous ne vous faites pas d’idée comme cette pensée me donne du courage. Car, il y a entre nous une analogie singulière. Vous vous battez contre..., moi, contre Jtubens. Il y a là dedans une audace inouïe, un démon, une rage, une soif de gloire. Pour nos contemporains, c’est orgueil, témérité, folie. Napoléon montant les Alpes était un insensé. Passé les Alpes, c’était un César.

A l’œil vulgaire une grande entreprise ne paraît sage (in’après le succès.

Vous me demandez si mon duel est commencé. Oui (I), et Je vous attendais toujours pour témoin. Un témoin comme vous me donnerait lièrement de courage. Je n’ose plus vous solliciter. Votre duel à vous occupe trop vos instants pour venir à mon secours...

Allons, du courage ! Savez-vous comment Je m’<;n donne, moi ’? Je m’imagine, comme Ale.xandre-le-Crand, que l’univers a les yeux lixés sur moi, ou bien Je pense à cette lutte terrible d’.VJax et d’Hector. C’est singulier comme la lecture d’Homère me donne de la fureur! Je le tiens aussi sous mon chevet, comme \le vainqueur de Darius. Les peintres et les poêles sont aussi des héros, j La brosse à la main, il me semble balancer le terrible frêne du Péliun. Une toile est mon champ de bataille ; mes Troyens, Itaphael, .Michel-Ange, Uubens. • Vous concevez qu’avec de telles idées, on oublie bien l’argeni et les glorieux succès de nos pygmées modernes. Altaciuons les maîtres et non les valets.

A l’année |trochaine donc ! Paris .sauia qu’il y a un autre Dinant qu’e.i France; (jiie le Dinant de Delgiiiue s’écrit avec un t, et que, par conséquent, .s’il y a une lettre de plus, tout ce (|ui est en France n’est pas toujours ce (ju’il y a de plus icliyi-.

J’ai voulu faire un calembour, maladroit ! Je vous laisse le soin plus lard de le rendre intelligible et lumineux.

Adieu. Tuez-moi votre homme et venez m’aider à tuer le micu.

.Ma mère vous attend, et votre gros parrain voudrait bien vous embrasser...

(I) Il conimeuçait le Cltihi au tombeau.

AU MÊME

Aoiit J8r>8.

Pourquoi tardez-vous tant à venir nous voir? Je dois vous dire une chose qu’il faut savoir. Ma mère et moi, nous allons à Dinant pour la fête. Nous y restons quelques jours. .Après quoi, nous vous atlendons à Liège, non pour un jour, comme vous le prétendez, mais pour y travailler à achever votre comédie.

Je viens de faire un petit article î» ma façon sur .M. Van I5rée(l). C’est un homme de mérite sous bien des rapports, et je voudrais pouvoir lui prouver ma reconnaissance par un moyen quelconque. S’il était possible de donner de la publicité à cet article, cela me ferait bien plaisir.

Je n’ose pas l’espérer. Cela est trop mauvais. Vous trouverez de l’exagération. Mais je vous jure que l’homme était ainsi que je l’ai peint. Tâchez de le faire imprimer; vous me fenverrez. Ensuite, je te ferai mettre dans le Journal de Liêye. Mais votre jugement avant tout.

J’attends cela, avec votre réponse, le plus tôt possible. Adieu.

AU MÊME, à Heer.

Liège, 2 septembre I8Ô8.

Déjà depuis cinq jours, je .suis revenu à I.iége. Le mauvais temps m’a chassé. Dinant m’a paru ti istc et |)eu disposé à m’inspirer de la gaieté. J’ai repris mes travaux pour ne les quitter qu’au mois de février.

Et vous, que faites-vous? Sentez-vous d(\jà pousser une nouvelle sève? J’espère que vous serez plus heureux que moi, que votre distraction sera plus complète (2).

Je me dispose à partir bientôt pour Druxelles ou .Anvers. J’ai besoin de différents objets pour mon tableau. Vous verrai-je ici ou à Druxelles? Dites moi lù -dessus un mot.

J’ai lu presque tous les jours les journaux , et n'ai jamais rencontré l’article en question (3). Je voudrais avoir le manuscrit. Deut-ètre ici seraient-ils moins difliciles. D’après ce que j’ai déjà vu et ce (|ue vous m’avez dit, je crois que les journalistes sont les plus grands poltrons de la terre.

Adieu. Écrivez-moi.

(t) Une Leçon d'anatomie.

(2) A la kermesse de tiecr, pittoresque village à la frontière de France.

(5) Sur Mathieu Van tirée.

AU MÊME, à Bruxelles.

Liège, 2 octobre 1838.

J’ai beaucoup regretté, le jour de mon départ, que votre aimable patrona vous laissât jouir trop longtemps des douceurs du sommeil. Je crois qu’il n’y a point de votre faute. Le chagrin que M. .\ntoine et moi avons éprouvé, lit que notre petit voyage fut un peu triste. Cependant nous espérions encore vous voir au second départ. Mais notre attente fut vaine. Il fallut se résigner.

Je retournai à Liège, bien mécontent et me promettant bien de vous gronder terriblement, à ma première. Mais vous voyez que je n’en ai pas la force. Vous êtes un enfant gâté qu’on aime beaucoup. J’espère cependant que vous allez m'écrire quelques mots et me donner une courte explication de votre conduite, alin de faire la paix tout de suite...

Uenvoyez-moi le plus tôt possible le manuscrit en question. S'il n’est que passablement mauvais, je le donnerai chez Desoer. Sinon le sentiment de reconl^iaissance, je ne le ferais pas.

Je travaille à différents petits tableaux pour Paris. Ce sont de petites bamboches qui feront contraste avec mes ouvrages principaux (1).

Je vous dirai qu’ü mesure que nous approchons de l’époque de l’Exposition, la tête me monte furieusement contre les I*arisiens. Leurs préventions, leur présomption et leurs préjugés voltigent toujours autour de moi, comme des démons malfaisants. Puis, je songe aux seules armes qui puissent les combattre : les soumissions, les sottes platitudes, les intrigues et les claqueurs. Je songe à tout cela ; la colère me monte , je dresse la tète et me décide à attaquer de front tous ces vils moyens de se mettre en réputation.

J’écrirai à tous les journalistes :

« Je ne vous demanderai point l’aumône, je ne tomberai point à vos genoux, n

El au public :

« Jugez-moi et ne lisez point les journaux pour me juger. «

Il faut me pardonner. Homère m’échauffe tous lesjours la tête. J’aurais honte , il me semble, de combattre par la ruse. Je veux agir de mes propres forces.

J’ai besoin de calme: écrivez-moi. Dites -moi si vous avez repris vos travaux. Votre troisième acte doit vous encourager pour le reste. Quand vous aurez fait l’ensemble, je veux le lire moi-même, tout à mon aise (2).

Adieu. Venez me voir bientôt.

(1) Voir la lettre du 22 octobre.

(2) Lhacun des deux amis lisait les manuscrits de l’autre, et l’on ne sait ce qu’il fallait le plus admirer chez l'artiste, ou de la sûreté d’un maître dans le conseil donné à l’écrivain, ou de la modestie d’un écolier devant le conseil reçu.

AU MÊME

Liège, 22 oclolire 1838.

Voire sujet est neuf (1)... Vous faites bien de mettre au premier acte plus d intérêt qu’on n’en met ordinairement. C’est une chose que j’ai souvent remarquée : aux premières représentations, le spectateur veut qu’on lui annonce ipielque chose à la levée du rideau. On est toujours mieux disposé à accueillir un étranger qui annonce par sa figure la confiance que l’on peut avoir en lui.

F.e premier coup d’archet de Paganini vous fait toujours dire : J’aurai du plaisir. J’ai vu des opéras où la mauvaise impression du l*'"' acte vous empêche d’a|)plaudir de hou cœur les beautés (|ui viennent ensuite. C’est une chose à laquelle il me .semble (jiie les auteurs ne pensent pas toujours.

Je vous admire quand vous .soufiletez le polisson qui ose ainsi parler de lîacinc. Sans doute, vous avez dit ;

Comme avec irrévérence Parle des dieux ce maraud !

Mon bras saura comme il faut Châtier cette insolence.

Puisque vous voulez que je vous dise (|uclque chose de moi, je vous annonce que le petit article (2) a fait plus de bien à ma réputation que le meilleur tableau du monde. Le journal d’Anvers (â] l'a reproduit, et pour faire enrager de certains individus, m’a donné les plus belles louanges sur l’idée que j’avais eue de rappeler ainsi au public un mérite si injustement oublié.

J’ai fini les bamboches dont je vous ai parlé. C’est la répétition, avec changements, des Femmes romaines et des Trois souhaits.

Adieu. Je vous embrasse.

AU MÊME

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