‹ Antoine WiertzChapitre 9 sur 29 · I.iogc, -27 novembre ISÔS · texte numérisé non relu

I.iogc, -27 novembre ISÔS

Je m’empresse de vous écrire pour vous prier de ne point vous mettre en colère et de vous rappeler que, quoiqu’un infâme paresseux à écrire, je n’eu suis pas moins bon enfant. Ma pensée est active, mais la plume inhabile est toujours embourbée. C’est un gros pieu qu’il faut traîner à la sueur de mon

front Ne vous étonnez pas si je vous écris si peu. Je tremble, lorsqu’il faut

lever mon pieu pour vous exprimer maladroitement mon atTection. Quand vous voulez de mes nouvelles, venez plutôt passer une quinzaine près de moi, et vous serez convaincu que je ne vous oublie pas....

Terminons sur ce cliapitre, eliie m’accusez pas aussi injustement, où j’aurai lieu (le me fâcher à mon tour.

Chose singulière! tout en me punissant par une courte lettre, d’un autre côté, vous me rendez un service bien important, vous me sauvez la vie. Est-il possible que ces Parisiens aient encore inventé un nouveau règlement à leur Exposition, pour tromper l’étranger éloigné de tout renseignement? Ainsi donc, si mon bon ange, qui est vous, ne m’avait prévenu du danger qui me menaçait, je n'envoyais mes tableaux qu’au 16 février, et j’étais encore une fois enfoncé! Il faut convenirque ces messieurs sont de véritables barbares d’inventer des moyens qui ne frappent que l’élranger.

Voyons maintenant ce que nous allons faire. .le serai obligé de partir pour Paris avant le 1" février. Quand croyez-vous avoir fini votre comédie? Pensez-vous que nous pourrons partir ensemble? Il faut absolument que vous me disiez tout ce qui est nécessaire pour bien nous entendre. Ecrivez-rnoi, ou plutôt venez ici. Nous causerons de tout.

Mes tableaux sont terminés. Je les expose, lundi prochain, à la salle d’Émtilation de cette ville, .l’auiai là un meilleur jour et de la distance.

Ma mère a été bien malade, par les jours de brouillards. Maintenant elle se trouve un peu mieux. Elle espère vous voir bientôt.

Oubliez, je vous prie, votre colère. Écrivez une lettre un peu plus longue que la dernière....

AU MÊME

Liège, 18 décembre 1838.

.... .le vais donc battre monnaie, c’est-à-dire fabriquer des portraits.... Je voudrais bien être à Paris une dizaine de jours avant le l'* février. Car je ne saisie temps qu’il me faudra pour dérouler et faire enc.adrer mon grand tableau (1). Le temps passe vite à Paris, et l’on fait bien peu de chose en un jour.

Mes tableaux sont exposés. Ce sont de véritables hiéroglyphes pour notre pays. Quand un journal s’avise d’en parler, c’est d’une manière si gauche que je ne puis n’empècher de penser au galimatias du .Médecin malgré lui.

11 me semble que pour les beaux-arts, ce serait faire une œuvre méritoire que de signaler au’public ces méchants écrivains qui s’avisent de parler peinture ou musique. J’ai entendu rautrejour une critique du fameux JàiTm sur Uubcns. Si j’ai le bonheur de tomber sur cet écrit, je le publierai, accompagné d’un petit cmi/« que je me donnerai le plaisir d’ajouter moi-même.

(1) LePatrocle.

Quel malheur que nous n’ayons pas un Boileau en peinUire, pour faire (aire ces nuées de babillards I

J’apprends avec peine qu’il vous est survenu un crachement de sang. Il faut soigner votre santé. S’il faut plusieurs jours pour la route, nous nous arrêterons quand il le faudra. Ainsi du courage...

La fortune, comme vous l’avez dit, est une infâme p... Mais songez qu’elle est comme beaucoup de coquettes qui commencent â vous aimer alors que vous les méprisez.

Un serrement de main à votre jeune frère.

AU MÊME

‘ Liège, 1 1 janvier 1830.

Ma mère vous remercie des souhaits que vous nous adressez. Elle espère bien que votre voyage de Paris s’accomplira selon vos vœux

Il y a longtemps que j’ai réfléchi à ce que vous me dites concernant la nudité de Patrocle (I). Il me serait facile de remédier à cela. Tout ce que je crains, c’est l’arrêt despotique de la Commission, qui, sans vouloir dire pourquoi, refuserait mon tableau , en refusant aussi de m’entendre. Ces gens-là sont des Turcs qui ont sur les artistes , comme sur des esclaves, le droit de vie ou de mort.

J’aurai bien de la peine à me déterminer à payer des gens pour me rendre justice, et quoique ce soit le seul moyen d’être remarqué, je n’éprouverai jamais un véritable plaisir d’entendre dire ainsi du bien de mes om rages Dans le malheureux siècle où nous sommes , on ne dira donc jamais : C’est bien, parce que c’est bien, mais parce qu’un intérêt" personnel oblige à le dire! Mais enfin, mon bon ange sera peut être plus sage que moi. Car j’ai toujours la malheureuse idée de vouloir tout emporter d’assaut, et par la force de la ba’ionnette.

Il faudra donc bientôt emballer et nous -déterminer à nous mettre à la torture, subir toutes les angoisses du cahot ; puis, après. Dieu sait ce qu’il faudra subir! Nous pourrions bien, comme Alexandre, nous écrier : « O Athéniens ! à quels dangers je m’cx|)Ose pour vous plaire! »

Je compte partir d’ici et vous voir le 20. Si c’est avant , je vous l’écrirai.

(1) Pour l’Exposition d’.tiivers, un voile fut exigé. Le peintre attacha à son héros une feuille de papier écolier, sur laquelle était répété de haut en bas ce mot : n^jauds, à l’adresse des culoltiers du jury.

Quand je pense (pi’il faudra passer un grand mois à Paris, en altendanl rKxposition, j’éprouve un certain dégoût, une certaine frayeur qui s’augmente encore à l'idée de mon misérable voyage de l’année passée. Les liumiliations et les déceptions retentissent encore avec force au fond du cœur, et si l’espoir dont vous m’encouragez , ne soutenait point mon entreprise , j’enverrais au diable Paris et les Parisiens. Il est alfreux qu’un artiste de bonne foi soit obligé de se montrer à des gens qui ne reconnaissent de talent qu’en celui qui rachète.

ftieu veuille que, pour passer le temps, nous trouvions quelques portraits à faire !

Addio, cnro mio pocla.

I.e gros parrain vous souhaite un voyage resplendissant d’une brillante il. ...mi.. ..nation (1).

AU MÊME

Liège, ü jaa .icr 18.59.

Mes tableaux sont encaissés, mon passe-port signé; il me reste encore quelques commissions à faire, et je vous préviens que je ne pars que lundi, :ÎI, sept heures du matin, .\urez-vous préparé tout ce qui e.sl nécessaire?

Une question que nous n’avons pas suflisamment approfondie, c’est l’état de nos tinances. Il ne faut point s’embarquer sans biscuit, .l’ai fait peu de portraits pendant l’exéculion de mon tableau (2), et je crains que nous ne nous trouvions à court pendant l’espace de temps que nous resterons û Paris. Je ne puis employer à mon voyage que 100 francs...

Mais Paris ! Vous savez ce que c’est que Paris. On y est inconnu , on s’y perd, on s’y noie. Le t-ilenl n’est rien , la réputation est tout, et .si les écus ne vous soutiennent en attendant , le dieu des beaux-arts vous laisse périr sans pitié. Dites-moi ce que votre bourse vous permettra de faire. Nous ne pouvons nous exposer aux chicanes des restaurateurs de Paris.

Mi.sérables mortels, de (juoi faut-il nous occuper! Lcrivez-moi de suite, ou, si vous l’aimez mieux, attendez-moi lundi. Nous causerons de tous nos projets. Je ne vous en dis pas davantage.

Addio, carissiino pocin.

(1) M. (dlaiii Disière, se trouvant, avec ses doux amis, aux fêtes de soplenibre, à Pruxclles, faisait semblant d’être ébloui par les lampions, an point de ne pouvoir prononcer le mot d’illuminatio.').

(2) i.c Christ an tombeau .

Ab MÊME.

Liège, 13 tuai 1839.

Si vous ne m’aviez assuré que vous ne pouvez mourir que dans votre soixanlième année, j'aurais cru, par ma foi, que vous m’aviez abandonné dans ce monde tout hérissé de misère et d’imbéciles.

Avez-vous pu laisser rouiller votre plume pendant tout ce temps? /Vr Bacchol croyez-vous que la jeunesse soit éternelle ? Et, quoique vous soyez assuré de vivre soixante ans, croyez-vous qu’il y ait pour cela du temps à perdre? Rien n’est fatal comme d’avoir du temps devant soi. Cela nous engage toujours à remettre au lendemain. Illusion trompeuse que le lendemain! Ne comptez jamais pour certain que le (trésent. Encore est-il peu sûr que vous jouissiez (le son existence.

Je suis si pénétré de ce que je vous dis là qu’une heure passée dans l’inaction me donne les plus vifs regrets .\ussi je vous dirai que depuis que j’ai quitté l’infâme ville des atomes, je n’ai ctîssé de travailler. J’ai fait plusieurs portraits, terminé la Esmeralda et le Quasimodo pour Bruxelles.

Quel bonheur de ne plus habiter cette Crève de l’espc-ce humaine! Que je suis heureux de ne plus assister journellement à tous ces supplices dégoûtants, (le ne plus voir à nu tout ce que le matérialisme a de plus désespérant !

Enfer! Paris (I)! (Vous me permettrez de ne jamais écrire ce nom sans y attacher le signe de malédiction qui exprime ma profonde horreur)... Pauvre tète malade! m’allez-vous dire, en proie aux déceptions, vous n’y trouvez que du mal. Eh bien! monsieur, riez, haussez les épaules, mais répondez à mes (luestions. Je vous parle en philosophe... M’est-ce pas l’école du crime? le pavs du suicide ?

Si, un jour, vous habitez la ville des atomes, vous sentirez les douces illusions de la vie une à une s’échapper, comme les heures du dernier jour d’uii condamné. Vous sentirez mourir tout ce que vous avez d’énergie... pour plaire à cet amas monstrueux de qui vous dépendrez pour vivre. Mon, il n’est pas plus possible de rester véritable artiste dans ce pays, (ju’il n’est possible d’y vivre en homme vertueux.

Savez-vous qu’au premier coup de pinceau que j’ai donné à mon retour, j’ai senti mon imagination empoisonnée?... Mes idées étaient embarrassées, amollies par tous les souvenirs de l'impure peinture parisienne. Ce n’est qu’après avoir respiré quelque temps l’air pur de mon atelier, (|ue j’ai repris ma prc'mière vigueur.

(I) Ce nom est surmonté d’une petite foudre. VViertz ne l'écrivit plus autrement.

Vous avez bien de la complaisance de me demander des nouvelles de I‘atrocle, lui qui a passé par tant d’ignominies... Il faut que ce soit par amitié pour moi que vous demandiez des nouvelles de sa santé. Eh bien ! il se porte mieux que jamais. Si l’idée avantageuse que vous avez eue de sa personne, a été quelque peu ébranlée par le bourdonnement des insectes, cela ne m’étonne point, et je ne vous en veux pas pour cela, bien persuadé que je suis que plus tard vous le trouverez mieux portant que jamais (I).

Puisqu’il faut des batteries et que le public avale tout cela, je veux, pour me venger de sa bêtise, lui faire avaler des contes de toutes les couleurs. On va bientôt lire dans VEspoir

a S. M. l’empereur de toutes les Uussies vient de décorer M. "W., artiste le plus distingué de l’Europe. La cour vient de lui commander de nombreux ouvrages. *

Un autre jour, j’irai me promener à la Belle-Vue, et le lendemain, on lira :

a M. W., le rival de Hubens, est allé faire un voyage à Dusseldorf. Les principaux artistes lui ont tait les honneurs de la ville. On distinguait, entre autres, MM. Overbcck, Cornélius, Zimmermann, etc. »

Tout cela me fera plus d’honneur que d’exposer un bon tableau.

Je réclame de vous, pour l’Exposition prochaine, bon nombre d’articles où vous ne devez point ménager les hyperboles. Je vais enfin marcher à la gloire !

Je suis toujours d'avis de mettre mon tableau au concours. Voici le sujet : Influence pernicieuse du journalisme sur les beaux-arts.

J’attends de vos nouvelles. Je ne pourrai vous voir à Dinant. Je travaille, en ce moment, pour la soupe.

Aidio, amico mio.

Ma mère est bien sensible à votre souvenir. Je l’ai trouvée, à mon retour, dans une santé passable.

AU MÊME

l.i('ge, lo août 1859.

Il est vrai qu’un poète peut dire beaucoup en deux lignes; mais un pauvre peintre, que peut-il dire en une seule? Ce n'est pas son métier, et s’il peut dire quelque chose en une page, c’est beaucoup... Voilà pourquoi je ne vous ai pas répondu. Après cela, comme vous dites fort bien, je suis paresseux. Maintenant je vous réponds pour vous prévenir que j’irai à Bruxelles, le 19 ou le 20, vous surprendre au lit entre midi et midi et demi. J’espère vous

(1) On a vu dans quel momeiil de trouble celle fausse idée était venue à l’espril de l’artiste.

trouver en ce monienl, bien fatigué d’écrire, non des lellresen deux lignes', mais quelques bons vers qui ne sentent point le Parisien .

Vous avez fait bien des choses que vous n’avez pas voulu me dire, et que. malgré vous, la renommée m’a apprises (1). Je tiens note de cela pour vous en demander compte le 19.

Ce que vous me dites des A... ne m’étonne point. C’est de la modestie... Louer, afin d’être loué, se donner des airs de bon enfant pour captiver l’attention générale, morbleu ! je n’emploierai point ce moyen-là. Je hais la fausse modestie. C’est un raflinement d’orgueil. Quand j’exposerai, je ne demande que le jour et la distance. Après cela, on dira tout ce qu’on voudra. Mais on ne saura jamais pourquoi cela a été fait. On ne saura jamais que, seul, renfermé, sans modèle, sans ressource aucmne, j’ai voulu mettre mes moyens à l'épreuve. On ne saura jamais l’enthousiasme, l’amour de l’art qui me brûlait, lorsque je fis cela. Ou ne comprendra pas que ni l’or ni la i-écompense d’un grand ne furent mon but. Ou ne rélléchira pas que si... Michel-Ange, Kubens, Haphael -sont, comme peintres, cent coudées au-dessus de moi, je suis, comme artiste, cent coudées au-dessus d’eux.

Dites-moi, quel est celui de leurs ouvrages où l’avarice, la cupidité n’aient point guidé le pinceau? Point de Chapelle sixtine, point de Jugement dernier. Point d’églises, de couvents, point de Rubens. Ces gens là étaient bien grands, mais il fallait de l’or pour enflammer leur génie (2).

Pour moi , misérable, je ne demande, pour toute récompense, qu’un seul bravo, le bravo de deux ou trois hommes d’esprit qui ont de l’ànie au corps...

Il ne faut pas prendre tant à cœur ce que je vous ai dit concernant l'influence des Parisiens sur la bonne opinion que vous aviez de Palrocle. .Moimême , je me serais laissé prendre, si je n’avais été convaincu qu’ils étaient presque tous complètement niais.

ttrK' U<i

AU MÊME

Liège, 6 octobre tsr*!).

Je ne vois point paraître l’article (3). Si vous avez vu un de ces messieurs, peut-être savez-vous pourquoi ils refusent de l’insérer.

Je m’obstinerai à le faire paraître. Il faut absolument que cela soit dans l’un ou l’autre journal.

(1) Pamphlet sur la Destitution de M. de Stassart, gouverneur du Rraliant.

(2) On a vu plus liaut quelques lignes de Rubens, où ce grand peintre subordonne son pinceau et son inspiration à la volonté de qui paiera le tableau.

(ô) Contenant les questions qu’on lira dans la leltre du 21 novembre.

Diles-moi, je vous prie, ce que l’on vous aura dit. Après cela . un journal ici l’imprimera avec une note qui fera connaitre les journaux qui l’ont refusé.

J’attends votre réponse, prestissimo, caro amico.

AU MÊME

Malines, (i iiovemIu'C 1839.

Eli bien! vous ne m’avez pas écrit’? Si je n’élais tombé le nez sur un N" du Charivari (\), j’aurais longtemps ignoré que vous êtes condamné à faire la fortune d’un imprimeur.

IJon Dieu ! pourquoi faut-il que les poètes et les peintres se nourrissent de pain, comme le reste des misérables mortels?

Je relis toujours avec un nouveau plaisir votre dernière brocliute (2)...

Je ne vous en dis pas davantage, lin de ces jours, je compte aller à lîi iixelles, pour prendre mes tableaux.

Addu), caro amico. In mol.

AU MÊME

liège, 21 novembre 1839.

Je suis arrivé à liège, et toujours enrliumè.

Je n’ai point reçu de nouvelles de M. C... Probablement le rédacteur de l'Uhscrvateur n’a pas encore trouvé mes questions admissibles

Enlin, patience. Elles viendront cependant, un jour, à la connaissance de tout le monde, et il n'est pas jusqu'au bedeau de ma paroisse (3) qui ne les sache alors par cœur.

J’ai mille et une charges dans la tête pour votre Charivari; entre autres, celle-ci : Les trois jugements par impression. Ce sont les trois situations dont vous parlez dans votre brochure.

(1) Qui se signalait par une guerre sans trêve au ministère tic Theux, autour responsable du traité des 2i articles.

(2) la première des deux lettres sur le Salon de Bruxelles, qui forment le Mémoire couronné au concours pour le Ptilroclc. — Voir les l’caillclonûtcs.

(3) Mot des VeuiUHonislcs.

Comme ces sujets n’offrent qu’un peu d’esprit et non de la science , je n’y ai paslropde goût. Cependant, je veux les dessiner. Mais, avant qu’ils passent sous mon nom, je voudrais en voir la reproduction. Vous pourriez donc, avant tout, m'envoyer une épreuve. Si c’est bien, cela me donnera du gofit pour d’autres.

Tout ceci entre nous. Il ne faut point choquer le lithographe.

Voici quelques petites questions que je voudrais que vous missiez , en mon nom, dans voti-e Chaiivari . Je soumets tout cela à votre volonté, à votre jugement :

« Récompense honnête à celui (jui voudra bien répondre ù ces questions :

« L’esprit et le génie qui distinguent les Français, sont-ils propres à former des hommes aussi célèbres dans les arts que ceux que nous ont fournis l’Italie, r.Mlemagne et l’.\ngleterre?

« Ouel est le peuple qui, dans les beaux-arts, se croit le premier de la terre ?

« Devons-nous être de l’avis de plusieurs milliers de Parisiens qui pensent que M. Decamps est supérieur à Raphaël ? M. Delacroix est-il le plus grand coloriste du monde, ainsi que l’affirment plusieurs journaux parisiens?

« Quelle épithète peut-on donner à un peuple qui, il y a environ trente ans, traitait Rubens de franc harbouilicur (I) ?

« Dans quel pays a-t-on ridiculisé .Milton, méprisé le Tasse et insulte Homère?... »

AU MÊME

Liège, novembre 18Ô9.

Je vous envoie les trois compositions dont je vous ai parlé. Ce n’est qu’un petit essai. Plus tard, nous aurons de meilleures idées (2).

Dites-moi de suite si cela peut servir à votre journal. Si vous le faites imprimer, envoyez-moi une épreuve avant de le publier. Je n’aimerais pas que mon nom filt dessous, si cela était par trop mauvais.

Les paroles que j’ai mises pourraient être mieux tournées, mais je n’ai pas le courage d’en chercher d'autres.

Caru amico, aùdio.

Vous me retournerez les dessins originaux.

(1) El de boucher llamand. Ces èpithèles ont èlè, sans être démenties , altribuées à M. Ingres.

(2) A ces dessins qui, taule d'une exécution convenable, ne furent point publiés, était jointe, pour le carillon du Charivari, la tête de lion, avec les triomphantes oreilles d'âne, dont il a été parlé à propos des récompenses nationales.

A MESSIEURS DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES (i).

Liège, 7 décembre 1859.

Comment m'y prendrai -je, messieurs, de quels termes me servirai-je pour vous exprimer l'effet que vient de produire sur moi l’insigne faveur qu’on dit que vous m’accordez? Celte récompense est si éclatante, si honorable, que je ne sais vraiment si j’oserais l’accepter. Je voudrais, avant tout, que le public là-dessus me conseillât et... mais non, morbleu! je veux vaincre ma timidité. J’accepte donc, messieurs, avec toute la reconnaissance possible, et voici, après cela, ce que j’ai résolu de faire :

Je veux que, semblable à une estampille, cette médaille soit immédiatement et pour toujours incrustée dans un de mes tableaux.

Celte marque d’approbation émanée des plus grands hommes de notre siècle, me sera un sûr garant, j’espère, que mes ouvrages passeront, sans autre cou- I

trûle, à la postérité. Evviva l'alleijria I |

Hccevez, messieurs, l’assurance de ma considération très distinguée. <

A M. LOUIS LABARRE

Liège, ... décembre 185!).

... Je me suis décidé à exécuter mon idée (2) et à vous l’envoyer. Lancezmoi cela dans les cafés; donnez-en aux amis et connaissances, à tout le monde.

L’épreuve du dessin que vous m’envoyez (3) est détestable. C’est précisément parce que c’est soigné que cela ne vaut pas le diable. L’esprit est tout à fait perdu. Je préfère les faire moi-même, llenvoyez-moi les dessins. Je vous conseille de ne point les insérer.

Maintenant, entendons-nous. Répondez un mot, un seul mot. Des milliers d’exemplaires du /’ac-simile vont inonder la Belgique. Serez-vous d’avis de le reproduire dans votre Charivari ? Cela pourrait-il se décalquer sur votre pierre? — Un mot.

(I) Le iloniteur vcDait de publier la liste des récompenses, sur laquelle l'auteur du Patroclc et du Christ au tombeau était porté pour la médaille en verincil.

(3) Le Fac-similé dont il est question dans la lettre suivante.

(5) La reproduction sur pierre d’un des trois dessins annoncés dans l’avantdernière lettre.

AU MÊME

l,ii-gc, !7 déccnihre 18.~D.

Aujourd’hui, mardi soir, les éditeurs du Charivari recevront un paquet de trois cents exemplaires (!). ïdchez que cela soit distribué de suite...

Demain ou après-demain, je vous enverrai autre chose, et vous me direz si le diable peut en inventer une meilleure (2).

Avez-vous appris la mort de .M. Van Rrée? Si un journal de Druxelles con- .sentait à insérer l’article que je fis dans le temps pour lui, j’en serais bien charmé.

Un mol. Addio, caro poêla.

A GILAIN DISIËRE.

Page 1