I.iége, décembre IS.jO
.Ma chère cousine, c’est avec tous les regrets du monde que je me suis vu forcé de renoncer au plaisir d’aller vous voir dans les derniers jours d’automne. Vous me pardonnerez, sans doute, un retard causé par des embarras aussi nombreux que ceux qu’entraîne une Exposition. Je vous dirai aussi pour m’excuser, qu’ayant l’avantage de recevoir assez souvent de vos nouvelles par Jules, j’étais entièrement tranquille sur votre santé et tout ce qui vous concerne. Je présume, ma chère cousine, que votre nouvelle position doit vous amener des occupations nombreuses et pénibles; mais le courage, la persévérance qui vous anime et que tout le monde admire, me fait espérer qu'une éclatante réussite viendra couronner tant de travaux. Permettez à notre amitié de vous recommander de ménager votre santé; elle nous est chère, ainsi qu’.'i vos enfants. J’espère avoir le plaisir d’aller vous embrasser à la nouvelle année.
(1) Fnc-similc d'une lettre adressée à l’artiste, p.ir le jury des réconipen.ses, avec le Christ au tombeau dessiné, comme on l’a dit, d’une façon enfantine. Cette pièce excita un fou rire dans le public.
(2) Il s’agit, comme on le verra plus loin, d'une vengeance à tirer du jury d'Kxposition, à Paris.
A M. LOUIS LABARRE
Liège, 20 décembre 1839.
Grandes nouvelles! Le nnnistre de l’intérieur vient de m’écrire (1) :
« J’ai l’honneur de vous informer que le roi, a|)précianl le talent distingué dont vous avez fait preuve, lors de la dernière Eiposition des Beaux-Arts, \ous accorde la médaille en vermeil. Celte médaille vous sera remise ultérieurement.
« Agréez, monsieur, l’assurance de ma considération très-distinguée.
« Le ministre de l’intérieur et des affaires étrangères, • De Thelx. •>
Demain, je réponds :
<( Monsieur le ministre,
<* J’ai l’honneur de recevoir la lettre par laquelle vous avez la bonté de m’informer que le roi vient d'apprécier mes ouvrages de la dernière Exposition.
» Je prends la liberté de vous faire remarquer que Michel-Ange, dans la crainte de se rendre ridicule, ne consentit jamais à porter, au premier coup d'œil, un jugement délinitif sur le mérite des ouvrages contemporains.
<( Permettez, monsieur le ministre, que je trouve impossible que Sa Majesté, sachant fort bien qu’elle n’est pas un Michel-Ange, ail eu l’intention de juger, en un clin d’œil, les ouvrages exposés. Je souhaite vivement que vous, monsieur le ministre, ou la Commission (seuls capables de classer les artistes), soyez uniquement les auteurs de celte balance des mérites. Assuré alors de la place que cette médaille me réserve dans l’avenir, je la recevrai avec enthousiasme et reconnaissance.
<1 J’ai l’honneur d’ètre, monsieur le ministre, votre très-humble et obéissant serviteur.
« Liège, 21 décembre. »
Il faut absolument que je me moque de tous ces gens-là, depuis les pieds jusqu’à la tète. Dilcs-moi s’il convient d’adresser cela directement ou par les journaux.
J’attends votre réponse, au reçu de celle-ci. Je vous en supplie, ne manquez pas.
Addio, caro amico. Presto.
(I) Malgré la lettre du 7 décembre à la r.ommissinn des récompenses, publiée le 9, par le Chnrivori, et le Fitv-simile répandu, aa nom de l’artiste, par milliers d'exemplaires.
AU MÊME
Lirge, 21 déceinijic 1809.
Je viens d’écrire à M. de Theux. Je vous retourne la lettre pour l’imprimerd).
Si vous pouviez me conserver un numéro de votre journal où celte lettre sera insérée, je serais charmé de l’avoir. Dans votre première lettre, diles-moi si on parle du savoir distingué de la Commission. Pour plus tard, je leur a|>prête un furieux orage de coups.
Je suis fâché d’une chose. On croit peut-être que c’est pour me venger de ce qu'ils m’ont si bien traité. Pas du tout. Je veux les caresser, ainsi que S. M., parce qu’ils s’arrogent le droit de porter un jugement sur des choses qu’ils n’entendent pas.
Faites un peu ressortir le ridicule de ces gens qui prétendent classifier les artistes. // ii'y u que rareiiir qui puisse donner des places (2).
La saluto.
AU MÊME