‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 1 sur 111 · SCENE PREMIERE VIGNAC, SAVERGNE, M'"« SAVERGNE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE VIGNAC, SAVERGNE, M'"« SAVERGNE

VIGNAC

Oh ! les tziganes! (Il fait le geste de leur tordre le cou.) VoUS

ne voudriez pas nous en enlever quelques-uns, chère madame? Vous nous rendriez un fameux service.

j^juie SAVERGNE

Ce serait avec plaisir, mon petit Vignac, mais ça ne se porte plus, le tzigane !

VIGNAC

Eh bien, Savergne, à quoi pensez-vous?

SAVERGNE

Mon petit, le métier de devin est un métier rudement difficile.

VIGNAC

Hein?

SAVERGNE

Ce brave Capré nous avait annoncé pour aujourd'hui. 7 juillet, de la pluie comme s'il en pleuvait. Et... plusieurs points... il fait un temps adorable. Si Sabrier s'était fié à ses pronostics, il aurait dû décommander sa petite fête. Nous ne serions pas en ce moment au Vésinet, où il fait délicieux, et...

M*"^ SAVERGNE

Assez. Tu nous ennuies. D'ailleurs, ce n'est pas encore fini. Ça pourrait bien se gâter par là ! Il y a du mauve.

SAVERGNE

Va, ma poule, va ! oui, il y a du mauve. Il y a même du jaune serin. Je ne te contrarierai pas pour si peu.

M™^ SAVERGNE

Vignac, offrez-moi un café glacé.

VIGNAC, au maître d'hôtel.

Un café glacé !

SAVERGNE. à sa femme.

Charmante, la garden-party de Sabrier.

M"^^ SAVERGNE

Oui. II y a quelques toilettes possibles.

SAVERGNE

Comment trouves-tu celle d'Antoinette ?

M™^ SAVERGNE

Fondante. On en siroterait. — Eh bien, ce café glacé ?

ACli: PREMIER O

VIGNAC, l'olTinnl.

Voilà !

M'"^ SAVERGNE

Merci.

Elle boil.

SAVERGNE

Hein, Vignac? Qu'est-ce qui aurait dit ça, il y a dix ans ! Vous vous rappelez ! Sahrier 1 Un pauvre petit coulissier de rien du tout ! Aujourd'hui...

M'"*^ SAVERGNE

Ça fait des épates !

SAVERGNE

Ça gagne gros.

IM'"® SAVERGNE

Ça ne garde pas gras. Ils dépensent tout ce qu'ils gagnent.

VIGNAC

Vous croyez?

M"^*^ SAVERGNE

J'en suis sûre. Tenez. Regardez la propriété qu'ils ont louée pour passer l'été. On sait ce que ça coûte, ces petites fantaisies. Je ne sais pas pourquoi je ne peux pas les souffrir, ces gens-là !

VIGNAC

Parce qu'ils ont eu trop de veine, sans doute.

M™^ SAVERGNE

Ça se pourrait bien. J'ai l'impression qu'ils nous ont chipé un peu de la nôtre. Mais attendons la fin.

VIGNAC

Il faudra que vous soyez patiente, car c'est à peine le commencement.

AMOIXETTE SABRIER M"^^ SAVERGNE

Non. Vrai

VlGNAC, les rassemblant el à mi-voix.

Mes enfants, Sabrier est un homme pressé. Il veut faire le gros sac et vite. La Banque des valeurs minières^ c'est très bien, mais ça ne lui suffit plus. Il lui faut des affaires plus fructueuses. Il vient donc d'acheter pour son compte une mine de cuivre dans le sud de l'Espagne, près de Grenade-la-Charmante. Dame ! il est beau joueur. Il a eugagé là-dedans, paraît-il, à peu près tout ce qu'il possède... Qui ne risque rien... et lui, c'est le risque fait homme. Le bougre a un estomac! De l'estomac et des idées, par le temps qui court...

SAVERGNE

Oui, oui, mais des idées, mon petit, tout le monde en a. Moi le premier.

VIGNAC

Le second !

SAVERGNE

Si vous voulez ! Les idées, c'est très joli ; mais, sans les capitaux 1 Ça me fait l'effet de femmes délicieuses que personne n'inviterait à souper. Non, la veine de Sabrier, c'est d'avoir toujours trouvé les fonds nécessaires au moment opportun. Il n'avait même pas besoin de se baisser pour les ramasser. On se baissait pour lui.

• VlGNAC

Ou on faisait la baisse.

SAVERGNE

Ce qui revient au même. Tenez, sans le gros J3magne...

ACn: IMiKMIKH

Vir.NAC

Le fait est qu'il doit ime fière chandelle au gros Jamagne.

M"^^- SAVERGNË

Une chandelle!... Tout un candélabre! Il a éclairé a giorno, ce bon Jamagne. A la bonne heure! parlezmoi de commanditaires comme celui-là ! Sans lui, la

Banque des valeurs minières... (Tendanl son vcne à Vignac.)

Merci. Dites donc, entre nous, si Sabrier avait été célibataire, croyez-vous que ses idJes auraient inspiré autant de confiance à Jamagne ?

VIGNAC, remontant.

Mystère !

SAVERGNE

Voilà bien les femmes ! Elles s'imaginent toujours que les affaires cachent des romans î

M"^® SAVERGXE

Souvent.

SAVERGNE

Jamais. Pas si bête ! On ruine quelquefois les maris pour avoir leurs femmes ; on ne les enrichit pas. Ce serait un calcul d'enfant.

M"^° SAVEUr.NE

Oui. Eh bien, moi, je prétends que si Jamagne n'en avait pas pincé, et sec, pour la petite Sabrier, il n'aurait pas... Voyons, qu'est ce que vous en pensez, vous, Vignac ?

VÎGNAC

Oh! moi ! Je n'ai pas d'opinion. Il y dix ans que je n'ai plus d'opinion sur rien, par principe.

O ANTOINETTE SABRIER

SAVERGNE

vlgnac, vous êtes un sage.

M^^ SAVERGNE

Un lâche ! Il a peur de se compromettre.

VIGNAC

De me compromettre? Non. De compromettre une femme? Mon Dieu, oui, peut-être. J'ai été rosse, comme les camarades, sur le coup de vingt-deux ans. J'en ai trente-six. Ça ne m'amuse plus.

INl"^^ SAVERGNE

Mais ça m'amuserait, moi. Et puis, compromettre la petite Sabrier? Non, mais regardez-moi, Vignac ! Vous me prenez pour une autre. Une femme qui... Enfin ne faites donc pas le Jacques... Vous en êtes aussi sûre que moi... Doreuil, Gaston Doreuil, le meilleur ami de Sabrier.

VIGNAC

Ah ! bah !

U^'^ SAVERGNE

Mais oui, parfaitement.

SAVERGNE, haussant les épaules.

Des ragots î

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