SCENE PREMIERE VIGNAC, SAVERGNE, M'"« SAVERGNE
VIGNAC
Oh ! les tziganes! (Il fait le geste de leur tordre le cou.) VoUS
ne voudriez pas nous en enlever quelques-uns, chère madame? Vous nous rendriez un fameux service.
j^juie SAVERGNE
Ce serait avec plaisir, mon petit Vignac, mais ça ne se porte plus, le tzigane !
VIGNAC
Eh bien, Savergne, à quoi pensez-vous?
SAVERGNE
Mon petit, le métier de devin est un métier rudement difficile.
VIGNAC
Hein?
SAVERGNE
Ce brave Capré nous avait annoncé pour aujourd'hui. 7 juillet, de la pluie comme s'il en pleuvait. Et... plusieurs points... il fait un temps adorable. Si Sabrier s'était fié à ses pronostics, il aurait dû décommander sa petite fête. Nous ne serions pas en ce moment au Vésinet, où il fait délicieux, et...
M*"^ SAVERGNE
Assez. Tu nous ennuies. D'ailleurs, ce n'est pas encore fini. Ça pourrait bien se gâter par là ! Il y a du mauve.
SAVERGNE
Va, ma poule, va ! oui, il y a du mauve. Il y a même du jaune serin. Je ne te contrarierai pas pour si peu.
M™^ SAVERGNE
Vignac, offrez-moi un café glacé.
VIGNAC, au maître d'hôtel.
Un café glacé !
SAVERGNE. à sa femme.
Charmante, la garden-party de Sabrier.
M"^^ SAVERGNE
Oui. II y a quelques toilettes possibles.
SAVERGNE
Comment trouves-tu celle d'Antoinette ?
M™^ SAVERGNE
Fondante. On en siroterait. — Eh bien, ce café glacé ?
ACli: PREMIER O
VIGNAC, l'olTinnl.
Voilà !
M'"^ SAVERGNE
Merci.
Elle boil.
SAVERGNE
Hein, Vignac? Qu'est-ce qui aurait dit ça, il y a dix ans ! Vous vous rappelez ! Sahrier 1 Un pauvre petit coulissier de rien du tout ! Aujourd'hui...
M'"*^ SAVERGNE
Ça fait des épates !
SAVERGNE
Ça gagne gros.
IM'"® SAVERGNE
Ça ne garde pas gras. Ils dépensent tout ce qu'ils gagnent.
VIGNAC
Vous croyez?
M"^*^ SAVERGNE
J'en suis sûre. Tenez. Regardez la propriété qu'ils ont louée pour passer l'été. On sait ce que ça coûte, ces petites fantaisies. Je ne sais pas pourquoi je ne peux pas les souffrir, ces gens-là !
VIGNAC
Parce qu'ils ont eu trop de veine, sans doute.
M™^ SAVERGNE
Ça se pourrait bien. J'ai l'impression qu'ils nous ont chipé un peu de la nôtre. Mais attendons la fin.
VIGNAC
Il faudra que vous soyez patiente, car c'est à peine le commencement.
AMOIXETTE SABRIER M"^^ SAVERGNE
Non. Vrai
VlGNAC, les rassemblant el à mi-voix.
Mes enfants, Sabrier est un homme pressé. Il veut faire le gros sac et vite. La Banque des valeurs minières^ c'est très bien, mais ça ne lui suffit plus. Il lui faut des affaires plus fructueuses. Il vient donc d'acheter pour son compte une mine de cuivre dans le sud de l'Espagne, près de Grenade-la-Charmante. Dame ! il est beau joueur. Il a eugagé là-dedans, paraît-il, à peu près tout ce qu'il possède... Qui ne risque rien... et lui, c'est le risque fait homme. Le bougre a un estomac! De l'estomac et des idées, par le temps qui court...
SAVERGNE
Oui, oui, mais des idées, mon petit, tout le monde en a. Moi le premier.
VIGNAC
Le second !
SAVERGNE
Si vous voulez ! Les idées, c'est très joli ; mais, sans les capitaux 1 Ça me fait l'effet de femmes délicieuses que personne n'inviterait à souper. Non, la veine de Sabrier, c'est d'avoir toujours trouvé les fonds nécessaires au moment opportun. Il n'avait même pas besoin de se baisser pour les ramasser. On se baissait pour lui.
• VlGNAC
Ou on faisait la baisse.
SAVERGNE
Ce qui revient au même. Tenez, sans le gros J3magne...
ACn: IMiKMIKH
Vir.NAC
Le fait est qu'il doit ime fière chandelle au gros Jamagne.
M"^^- SAVERGNË
Une chandelle!... Tout un candélabre! Il a éclairé a giorno, ce bon Jamagne. A la bonne heure! parlezmoi de commanditaires comme celui-là ! Sans lui, la
Banque des valeurs minières... (Tendanl son vcne à Vignac.)
Merci. Dites donc, entre nous, si Sabrier avait été célibataire, croyez-vous que ses idJes auraient inspiré autant de confiance à Jamagne ?
VIGNAC, remontant.
Mystère !
SAVERGNE
Voilà bien les femmes ! Elles s'imaginent toujours que les affaires cachent des romans î
M"^® SAVERGXE
Souvent.
SAVERGNE
Jamais. Pas si bête ! On ruine quelquefois les maris pour avoir leurs femmes ; on ne les enrichit pas. Ce serait un calcul d'enfant.
M"^° SAVEUr.NE
Oui. Eh bien, moi, je prétends que si Jamagne n'en avait pas pincé, et sec, pour la petite Sabrier, il n'aurait pas... Voyons, qu'est ce que vous en pensez, vous, Vignac ?
VÎGNAC
Oh! moi ! Je n'ai pas d'opinion. Il y dix ans que je n'ai plus d'opinion sur rien, par principe.
O ANTOINETTE SABRIER
SAVERGNE
vlgnac, vous êtes un sage.
M^^ SAVERGNE
Un lâche ! Il a peur de se compromettre.
VIGNAC
De me compromettre? Non. De compromettre une femme? Mon Dieu, oui, peut-être. J'ai été rosse, comme les camarades, sur le coup de vingt-deux ans. J'en ai trente-six. Ça ne m'amuse plus.
INl"^^ SAVERGNE
Mais ça m'amuserait, moi. Et puis, compromettre la petite Sabrier? Non, mais regardez-moi, Vignac ! Vous me prenez pour une autre. Une femme qui... Enfin ne faites donc pas le Jacques... Vous en êtes aussi sûre que moi... Doreuil, Gaston Doreuil, le meilleur ami de Sabrier.
VIGNAC
Ah ! bah !
U^'^ SAVERGNE
Mais oui, parfaitement.
SAVERGNE, haussant les épaules.
Des ragots î