‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 108 sur 111 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

voir mon père; vous constaterez tout de suite combien il a dû soulïrir,combien il asoulïertdepuisqu'il a craint de vous perdre.

MADELEINE, avec émotion.

Ah !

ÉMILIENXE

Je vais au plus pressé. 11 ne faut pas que vous partiez d'ici 'avec la pensée de ne plus revenir ; il ne le faut pas. Mon père aura dans votre vie la place que vous voudrez bien lui laisser, fût-ce la plus efïacée, la plus humble, j'allais dire la plus humiliée; mais je vous supplie de lui en conserver une. Sinon... oui, tout est à redouter.

MADELEINE

Mon Dieu !

ÉMILIENNE

Je vous le demande en grâce, même si vous n'êtes plus libre, soyez assez généreuse pour ne pas délais- .ser complètement un homme dont vous êtes toute la pensée et que votre abandon, tuerait.

MADELEINE

Je n'aurais jamais eu le courage de faire ce que j'ai fait, madame, si votre frère n'était pas venu me persuader que le bonheur de votre père l'exigeait. Je savais qu'il m'aimait, mais je ne me doutais pas que ce fût au point que vous dites, et je pensais que votre présence auprès de lui suffirait à adoucir l'amertume dune séparation brusque et peu à peu la ferait oublier.

ÉMILIENNE

Hélas ! non, madame ! mon père m'aime infiniment, mais la tendresse qu'il a pour moi n'a rien pu contre le désespoir où fa plongé votre départ. Il vous aime

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vraiment d'un amour de jeune homme, et ces sentiments-là sont si forts que, près d'eux, tous les autres pâlissent. Je le sais maintenant.

MADELEINE

Il est très à plaindre.

ÉMILIENNE

11 a été très à plaindre. Il l'est moins maintenant, puisque vous voici.

MADELEINE

Sans doute, me voici. Mais je ne reviens pas telleque peut-être il l'espérait. Vous l'avez deviné, madame, je ne dispose plus de moi; je ne suis plus libre. Et je ne le suis plus dans le sens le plus grave du mot; je ne m'appartiens plus moralement ; j'ai donné ma vie, mon cœur à un autre être; j'aime, en un mot.

ÉMILIENNE

Je le pensais. Sinon, vous n'auriez jamais eu le courage de faire à un être qui vous adorait le chagrin que vous n'avez pas hésité...

MADELEINE, vivement.

Ne croyez pas celât J'ai hésité longtemps et j'ai été déchirée d'agir comme j'ai agi. J'avais pour votre père une profonde affection.

ÉMILIENNE

Il la mérite. C'est le meilleur des êtres.

MADELEINE, à mi-voix.

Je le sais bien.

Mais vous ne l'aimez pas et vous êtes effrayée à la pensée de vous aliéner à cause de lui quelqu'un...

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