SCÈNE VI MADELEINE seule, puis BOURNERON
BOURNERON, très ému.
Madeleine !
MADELEINE
Mon ami 1
BOURNERON
Enfin, je vous revois. J'ai bien cru... Ah! que j'ai eu de la peine ! Asseyez-vous. Vous êtes très gentille d'être venue... J'avais si peur... Je ne vous suis donc pas tout à fait indifférent ?
MriE QUATRIÈME 203
MADELEINE
i\e dites pas cela ! .l'ai pour vous, vous le savez, une grande tendresse et je soufïre du chagrin que je vous ai fait, (-ar je sais que vous avez eu beaucoup de chagrin.
BOURNERON
Oui, beaucoup, .le rre pouvais pas m'habituer, n'estce pas ? à ridée que je ne vous verrais plus, plus jamais, .le ne pouvais pas. Mais, maintenant, vous n'allez pas vous sauver, n'est-ce pas? Ce ne serait pas bien ; je n'y résisterais pas, je vous jure.
MADELEINE
.le vous promets que vous me verrez souvent.
BOURNERON
Aussi souvent qu'autrefois ?
MADELEINE
Presque.
Enfin, très souvent. Il le fafit, ma petite Madeleine. Aujourd'hui, je ne peux pas vous parler comme je voudrais ; je suis trop ému ; mais demain, voulez-vous, revenez demain, je vous dirai tout ce que j'ai là en moi et qui ne passe pas aujourd'hui.
MADELEINE, hésitant.
Demain?...
BOURNERON
Oui. .le sais, on m'a appris, il faudra que, bien des fois, je me résigne à vous voir... mal. Eh bien, je m'y résignerai; je serai courageux; mais, aujourd'hui, ça ne compte pas, n'est-ce pas ? Aussi, demain, je veux vous voir longuement, avoir avec vous une grande, grande, après-midi, seul à seule. Vous voulez bien?
madeleine Oui.
BOURNERON
Merci. — Ah! Je vous prierai de m'apporter votre photographie. Vous me ferez un grand plaisir.
MADELEINE
Mais je vous Tai déjà donnée.
BOURNERON
Oui, ça ne fait rien.
MADELEINE
Vous l'avez égarée ?
BOURNERON
Oui, non... je vais vous dire la vérité. (Tirant des moiceauxde sa poche.) La voici ! je Tai décMrée quand j'ai reçu votre lettre. J'étais très en colère ; ça a été plus fort que moi. Vous me pardonnez?
MADELEINE
Ce n'est pas à moi de vous pardonner.
BOURNERON, après s'être retourné.
Nous sommes seuls. Je vous en prie. Laissez-moi vous embrasser.
MADELEINE
Avec joie, mon pauvre grand ami ! (ii veut lembrasser
sur les lèvres. Instinctivement elle se détourne et lui tend la joue qu'il baise en pleurant.)
BOURNERON
Ah ! Madeleine î Ce n'est plus du tout comme avant, et pourtant je suis bien heureux, oui, bien heureux !