‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 110 sur 111 · SCÈNE VI MADELEINE seule, puis BOURNERON · texte numérisé non relu

SCÈNE VI MADELEINE seule, puis BOURNERON

BOURNERON, très ému.

Madeleine !

MADELEINE

Mon ami 1

BOURNERON

Enfin, je vous revois. J'ai bien cru... Ah! que j'ai eu de la peine ! Asseyez-vous. Vous êtes très gentille d'être venue... J'avais si peur... Je ne vous suis donc pas tout à fait indifférent ?

MriE QUATRIÈME 203

MADELEINE

i\e dites pas cela ! .l'ai pour vous, vous le savez, une grande tendresse et je soufïre du chagrin que je vous ai fait, (-ar je sais que vous avez eu beaucoup de chagrin.

BOURNERON

Oui, beaucoup, .le rre pouvais pas m'habituer, n'estce pas ? à ridée que je ne vous verrais plus, plus jamais, .le ne pouvais pas. Mais, maintenant, vous n'allez pas vous sauver, n'est-ce pas? Ce ne serait pas bien ; je n'y résisterais pas, je vous jure.

MADELEINE

.le vous promets que vous me verrez souvent.

BOURNERON

Aussi souvent qu'autrefois ?

MADELEINE

Presque.

Enfin, très souvent. Il le fafit, ma petite Madeleine. Aujourd'hui, je ne peux pas vous parler comme je voudrais ; je suis trop ému ; mais demain, voulez-vous, revenez demain, je vous dirai tout ce que j'ai là en moi et qui ne passe pas aujourd'hui.

MADELEINE, hésitant.

Demain?...

BOURNERON

Oui. .le sais, on m'a appris, il faudra que, bien des fois, je me résigne à vous voir... mal. Eh bien, je m'y résignerai; je serai courageux; mais, aujourd'hui, ça ne compte pas, n'est-ce pas ? Aussi, demain, je veux vous voir longuement, avoir avec vous une grande, grande, après-midi, seul à seule. Vous voulez bien?

madeleine Oui.

BOURNERON

Merci. — Ah! Je vous prierai de m'apporter votre photographie. Vous me ferez un grand plaisir.

MADELEINE

Mais je vous Tai déjà donnée.

BOURNERON

Oui, ça ne fait rien.

MADELEINE

Vous l'avez égarée ?

BOURNERON

Oui, non... je vais vous dire la vérité. (Tirant des moiceauxde sa poche.) La voici ! je Tai décMrée quand j'ai reçu votre lettre. J'étais très en colère ; ça a été plus fort que moi. Vous me pardonnez?

MADELEINE

Ce n'est pas à moi de vous pardonner.

BOURNERON, après s'être retourné.

Nous sommes seuls. Je vous en prie. Laissez-moi vous embrasser.

MADELEINE

Avec joie, mon pauvre grand ami ! (ii veut lembrasser

sur les lèvres. Instinctivement elle se détourne et lui tend la joue qu'il baise en pleurant.)

BOURNERON

Ah ! Madeleine î Ce n'est plus du tout comme avant, et pourtant je suis bien heureux, oui, bien heureux !

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