‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 45 sur 111 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

1res simple, ne me remerciez pas. Vous permettez que je m'asseye à votre bureau ?

GERMAIN Faites donc, je vous en prie. (Entraînant Antoinette à droite,

très bas.) Vite, ai-je tort d'accepter?

ANTOINETTE, surprise.

Tort ?

GERMAIN, à mi-voix.

Allons ! répondez ! Puis-je accepter ? En ai-je le droit ? Puis je recevoir cetargent des mains de M. Dangenne?

ANTOINETTE, à mi-voix.

Mais oui.

GERMAIN, à mi-voix.

Ne répondez pas ainsi. Dites ! dites... Il en est temps encore... M. Dangenne vient de me donner sa parole d'honneur que je pouvais accepter... mais elle est sans valeur pour moi. C'est de vous, Antoinette, de vous seule que j'attends la vérité. Répondez-moi... je peux accepter, dites, je le peux?...

Antoinette, bouleversée, va répondre quand René se lève. RENÉ, tendant le chèque.

Voici, monsieur.

GERMAIN, prenant le chèque en tressaillant.

Merci.

Antoinette le suit des yeux. . ♦

RENE, très simplement.

Je vous demande la permission de me retirer.

GERMAIN, d'une voix étranglée.

Pardon. Accordez-moi encore un instant. Tant que

je n'ai pas signé le reçu de cette somme, rien n'est définitif... et je tiens, puisque je « peux » l'accepter de vous, à ce que les choses se passent correctement. Je veux que vous ayez de moi un reçu en règle où soient spécifiés les garanties et les délais de remboursement.

RENÉ

Mais, monsieur, rien ne presse. Vous ferez ce papier tout à rheure, et vous me l'enverrez ce soir ou demain. Cela n'a aucune importance.

GERMAIN

Pardon... une très grande importance, (a René qui se dirige vers la porte.) Je VOUS prie d'attendre. . .je ne veux pas que vous sortiez d'ici sans avoir ce reçu. J'aurais l'impression que vous m'avez fait un cadeau : il suffit d'une avance. Asseyez-vous, je vousen prie... (sasseyant à son bureau.) Je ne VOUS demande qu'un moment, (ii écrit.) « Je reconnais avoir reçu à titre de prêt de M. René Dangenne, demeurant à Paris... » Votre adresse, je vous prie? Je l'ignore.

RENE, .à mi-voix.

10, rue Royale.

«... 10, rue Royale, la somme de cinq cent mille francs, que je m'engage à lui rembourser dans un délai... d'un an. » Il me faut un an; je vous demande un an. Vous pouvez me l'accorder?

RENÉ

A quoi bon spécifier le délai?

GERMAIN

Sans délai? Pensez-vous à ce que vous m'ofirez là? Vous pourriez, s'il vous plaisait, ne jamais me réclamer cette somme. Je pourrais, moi, me trouver des

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excuses toujours nouvelles pour ne pas vous la rendre. . . N'insistez pas, je vous eu prie.

RENK, à peine muiimiré.

Je vous demande pardon.

GERMAIN, éciivanl.

« Dans un délai d'un an. J'ad'ecterai à la réalisation de ce remboursement la cession ou la vente de tout ou partie de ma mine de Huescar, dans la province de Grenade, qui lui servira de garantie.. » Veuillez relire.

11 se lève et lui fait signe de s'approcher du bureau.

RENÉ

Inutile.

GERMAIN, entre René et Antoinette.

Je vous en prie. Je ne signerai qu'après. (S'approchant d'Antoinette.) Antoinette, je vais signer. Vous ne dites rien? Vous ne m'arrêtez pas? Si c'est une infamie que vous me laissez commettre, prenez garde! Réfléchissez! Je joue toute une vie d'honnêteté sur votre réponse. Je signe ?

ANTOINETTE, bouleversée.

Mais oui !

GERMAIN, étrange.

Soit, (il fait un pas vers René, qui lui tend le reçu. A ce moment, Antoinette défaille. Germain se retourne violemment, la pi-end dans ses bras, lui regarde profondément dans les yeux, qu'elle détourne.) Ah !

misérable ! J'en étais sûr!

ANTOINETTE, dun cri.

Ce n'est pas vrai !

GERMAIN Ce n'est pas vrai? (Désignant du geste René, qui est accouru

pour la défendre.) Ce n'est paS Vrai ! (Se retournant vers Dangenne.)

Canaille!

RENÉ

Monsieur !

GERMAIN

Et j'allais signer! signer cette honte I (ii va à la table-

déchire le reçu, casse la plume.) Et tOUS leS deUX VOUS étiez

d'accord pour me laisser !... Vous étiez encore complices pour me faire faire cette saleté-là !...( a René.) Heureusement, elle ment moins bien que vous. ( a Antoinette.) (.-a ! c'est ça, ma femme, ma compagne, mon alliée dans la vie... Je l'adjure de me dire la vérité dans un moment tragique I je joue toute ma vie dhonnête homme sur sa réponse... et elle se tait, d'un silence plus traître qu'un mensonge, d'un silence d'assassinat. (A René. ^ Et VOUS? Vous m'avcz douué votrc parole d'honneur dans des circonstauces où le plus lâche des gredins aurait eu honte de mentir.

RENÉ, avec gravité.

Monsieur, il y à des situations oii l'on ne peut qu'agir mal... J'ai tâché d'agir le moins mal possible.

GERMAIN, sourdement-

Allez-vous-en ; ne me bravez pas davantage ; je vous tuerais... vous entendez ?

RENÉ

Je ne veux pas vous laisser seuls.

GERMAIN, hors de lui.

Vous ne voulez pas ?

ANTOINETTE, se précipitant.

René! laissez-nous. C'est moi qui vous en supplie.

René hésite, puis sort lentement sous la supplication du rei^ard d'Antoinette.

a<:tl: TKoisiKMK lin

SCKNE \'1I GERMAIN, ANTOINETTE

Un jiiaiHl silence ; puis Gennaiii toinlie dans son fanlenil eu sanglotant" ANTOINETTE, s'a|»|)r()clianl..

Pardon!

Jamais !

Il fait un geste de colère.

Germain, soyez généreux, épargnez-moi. Je viens de souffrir à la limite de ce qu'un être humain peut souffrir.

GERMAIN, (lin-emenl.

Ce n'est que juste.

ANTOINETTE, douloureusemenl.

Ohl

GERMAIN

Je te déteste.

ANTOINETTE, 1res tristement.

Je le vois bien.

GERMAIN, avec un grand découragement.

C'est si lâche, vois-tu, ce que tu as fait! Quand un homme a dans une femme une telle confiance, cette confiance folle que j'avais en toi, elle devrait avoir honte d'en abuser. iMa confiance en toi, mais elle était comme mon adoration pour toi, illimitée! Tiens, tu me dégoûtes.

Ce n'est pas ma faute, ne m'injurie pas.

T'injurier ? (ii hausse les épaules.) Je te plains ! Je ne voudrais pas être à ta place. Je ne voudrais pas avoir à me reprocher un acte qui d'un homme abattu a fait un homme écrasé.

Ce n'est pas ma faute, ne m'accable pas.

GERMAIN

Et ce Doreuil qui me répondait de vous tout à l'heure, qui me jurait que vous m'auriez quitté si vous ne m'étiez pas restée fidèle.

ANTOINETTE, vivement.

Doreuil disait vrai.

GERMAIN, ironique.

En effet!

ANTOINETTE, très émue.

La vie ne vous a pas appris grand'chose, Germain si elle ne vous a pas appris encore que les faits ne prouvent rien. Je vous ai trompé et je suis près de vous. C'est vrai. Mais c'est vrai contre mon cœur et contre mon instinct. C'est vrai malgré moi, malgré toute ma vie, malgré toute ma volonté. Le jour même où j'ai su que j'aimais, j'avais décidé de vous quitter, de m'enfuir...

GERMAIN

Et cependant vous êtes restée?

Oui.

Vous avez manqué de courage à la dernière minute?

A( IK TKOISIKME ■ \'V.\

Non.

GERMAIN

Alors, pourquoi êtes-vous restée? Vous ne voulez pas me le dire?

Je ne le peux pas... je ne le peux plus... maintenant.

GERMAIN

Attendez ! je me rappelle. Cet air étrange, ce désarroi, toute cette maison bouleversée le soir où je suis revenu de Londres à l'improviste. C'estbien cela, n'estce pas? Dans mon affolement j'ai tout de même compris qu'il se passait ce soir là quelque chose d'insolite. Et maintenant, je comprends tout. Vous alliez fuir ; c'est l'annonce de mon désastre qui vous a retenue. Vous croyiez quitter un homme heureux, riche, et vous n'avez pas voulu, vous n'avez pas osé abandonner un homme à terre, un homme désemparé.

Je ne vous l'aurais jamais avoué.

GERMAIN

C'est bien cela, cependant ?

C'est cela.

Votre conduite aurait paru tropignoble. Vous n'avez pas voulu jouer un rôle aussi laid.

Vous savez bien que je n'ai jamais joué aucun rôle ; mais j'étais votre compagne, je n'ai pas voulu déserter

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au moment du danger. Ce jour-là, je vous ai sacrifié ma liberté que j'allais reprendre. Si j'avais pu faire pour vous autre chose, je l'aurais fait.

GERMAIN

Vous m'avez sacrifié votre liberté, mais vous êtes tombée dans les bras de l'homme que vous n'osiez plus suivre. Et vous êtes restée par pitié. Par pitié ! Mais ce n'est pas de pitié que j'avais besoin, vous le savez bien. De la pitié ! Je n'en ai pas pour moi. Qu'avais-je à faire de la vôtre? J'avais besoin de votre amour. Je n'avais besoin que de votre amour. Je comptais sur lui comme sur ma dernière ressource. Puisque vous ne pouviez plus me le donner, puisque vous me l'aviez volé pour le donner à un autre, il fallait vous enfuir.

Ce soir-là ?

GERMAIN

Ce soir-là surtout... et pour jamais. Ce soir-là, vous avez été plus cruelle pour moi que ce Jamagne, dont vous avez peut-être eu tort de ne pas vouloir.

GERMAIN

Vous vous seriez entendus tous les deux contre moi, vous n'auriez pas mieux réussi. (Changeant de ton.) Assez, d'ailleurs! Que faites-vous ici maintenant?

J'attends.

• GERMAIN

Quoi?

Vous le savez mieux que moi, ce qui vous arrivera.

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