‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 51 sur 111 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BOURNERON, MADELEINE, LOUIS, par moments.

BOURNERON

Non, ce n'est pas possible. Toi ! tu t'annonces et tu viens ! C'est fou.

MADELEL\E

Attrape. Je suis comme ça. Eh bien, et cette omelette ?

BOURNERON

Elle accourt.

MADELEINE

Tricheur !

Pas trop fatiguée ?

MADELEINE

Non, pas trop. D'abord, quand je mamuse, je ne me fatigue pas.

ACTK IM{i:.MU:H II.)

HOURNEIION

Donc, tu t'es amusée. Donc, tu es exquise, lue jeune et jolie femme comme toi ffui consent à ne pas serabèter avec un vieux type comme moi, c'est plus que de la gentillesse, c'est de la générosité. Madeleine, je Tairae. Alors, c'est vrai, cette ballade de trois semaines en Italie...

MADELEINE

A passé comme un rêve charmant. Tu es le compagnon de voyage idéal, toujours gai, toujours allant, toujours dispos.

BOURNERON

Je n'y ai vraiment pas grand mérite. Je t'aime et j'ai la soixantaine alerte.

MADELEINE

Tu nous ennuies avec ton âge. On n'a jamais que l'âge qu'on paraît, et toi, on te donnerait...

BOURNERON

Merci. J'aime autant qu'on ne me donne plus rien. Ce que j'ai me suffit. Vois-tu, ma petite Madeleine, maintenant que c'est fini, il faut que je te dise un grand merci. Grâce à toi, je viens de vivre un mois délicieux, unique dans mon histoire. Oh ! mon histoire ! Elle est simple et d'une banalité! J'ai été marié ; marié, j'ai été sage comme une image; j'ai eu trois enfants, un garçon et deux filles : Pierre, Jeanne et Émilienne. J'ai travaillé comme un bénédictin. Mon usine de pétrole a prospéré, et, un beau jour, je me suis aperçu que je n'avais plus assez d'années à vivre pour rester emprisonné dans des bureaux. Je venais de perdre ma femme. J'étais riche Je n'avais plus grand goût au travail; j'ai passé la main à Pierre et à Cardan, mon gendre, le mari d'Émilienne ; et, pour la première fois, je me suis mis à flâner sur le boulevard, ce che-

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min des vieux écoliers. J'ai eu de la veine ; quelque temps après, je t'ai rencontrée. Tu étais veuve, libre, indépendante ; j'ai pu te dire combien tu me plaisais ; tu ne m'en as pas tenu rigueur.

MADELEINE

Au contraire.

BOURNERON

Tu mas même permis de te le redire.

MADELEINE

Tiens 1

BOURNEROX

J'ai usé, abusé peut-être de la permission et, depuis, je faime, je t'aime comme un fou, ce qui est, je crois, la forme supérieure de la sagesse. Voilà. Depuis deux ans, grâce à toi, je me sens vivre, enfin ! 11 y a trois semaines, tu as fini par céder à mes supplications. Tu as consenti à faire avec moi ce voyage d'Italie, dont je rêvais depuis toujours comme d'une fête impossible et grisante. Xous avons visité ensemble Milan, Florence, Venise. Quelles heures, quelles villes, quels souvenirs! Tiens, je t'adore 1

Il veut l'embrasser. Louis entre.

MADELEINE, le repoussant, en riant.

L'omelette 1

BOURNERON

Ça n'empêche pas les sentiments!

MADELEINE

Au contraire, cales soutient. Laisse-moi te servir.

BOURNERON

Toute la vie. Je t'ai monté le coup tout à l'heure. J'ai trente-cinq ans, tu sais.

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