ACTE IM{EMIi:i{ JS
HOURNERON
Et pourquoi venons-nous si souvent dans la capitale ?
ÉMILIENNE
p Parce que nous trouvons qu'une capitale a plus d'attraits qu'un chef-lieu de canton. Si tu crois que c'est drôle, toi, la Laye ?
Quelle Laye ?
ÉMILIENiNE
Celle en qui se trouve notre Saint-Germain.
BOURNERON
Soit ! mais la renommée ne s'en tient pas là.
ÉMILIENNE
Ah ! Qu'est-ce qu'elle chante encore ?
BOURNERON
Elle ne chante pas, elle glose.
ÉMILIENNE
Ah !... et que glose-t-elle, s'il vous plaît?
BOURNERON
Qu'on rencontre madame par les rues et les boulevards en compagnie de jeunes gens.
ÉMILIENNE
Votre renommée, mon cher papa, est une tourte, vous le lui direz de ma part. (Riant.) Des jeunes gens, on me voit me promener avec des jeunes gens !... Papa, avoue-le ! c'est une histoire de brigands que tu m'as rapportée des Galabres, exprès pour me faire poufîer et me mettre en retard, dis, c'est ça ?
bourneron
Non, non 1 Je plaisaate parce que tu ne me laissespas le temps d'être grave et digne comme je le devrais... mais c'est sérieux. Tu veux que je mette les points sur les /? Je les mets. Il paraît que tu te compromets avec Henri. Voilà.
ÉMILIENNE
Henri Flavigny ?
BOURNERON
Probable, à moins qu'il n'ait changé de nom depuis mon départ.
ÉMILIENNE
A la bonne heure. Ça, c'est net; c'est idiot; mais, c'est net.
BOURNERON
Mais, je le sais bien que c'est idiot. Je suis sûr de toi, comme de moi-même... plus que de moi-même; ; mais enfin, que veux-tu ? le monie est le monde, c'est-à-dire quelque chose de pas joli, oh ! non, de pas joli du tout; seulement, voilà, quand on en est, le moyen de ne pas compter avec lui ?
ÉMILIENNE
Il m'embête ton monde, et, en plus, il me dégoûte,, voilà aussi.
BOURNERON
C'est bien mon opinion sur lui, mais enfin...
ÉMILIENNE
Écoute, mon cher petit papa, envoie tes mais et tes> enfin rejoindre tes donc. C'est ce que tu as de mieux à laire pour le moment. Ta morale est très gentille, mais tu es bien plus geutil qu'elle, et entre nous j& t'aime mieux sans elle.
ACTi; i'iu:mii:u , \\)\
BOURNHUON
Mais, sapristi, ou jase.
ÉMILIENNE
Eh bien, sapristi, on déjasera. Kt, si Ton ne déjase pas, on s'en ficliera comme on s'en est toujours fichu. Voilà! Mets-toi bien dans la lête, dans ta chère tête de vieux papa adoré, que je ne vais pas être assez bête pour rompre avec Henri une intimité qui date de toujours, parce qu'il a plu à Ja pimbêcherie de trois vieilles toupies de s'en etïaroucher.
BOURNERON
C'est précisément ce que j'ai dit.
ÉMILIENNE
A qui ?
BGURNERON
... A la renommée.
ÉMILIENNE
Elle doit avoir une sale tète, ta renommée!
BOURNERON
Mais non, mais non.
ÉMILIENNE
Je ne me suis jamais gênée pour sortir avec Henri quand j'en avais envie ; ce n'est pas aujourd'hui que je commencerai. Et tu m'approuves.
BOURNERON
C'est-à-dire... pas tous les jours, tout de même.
Quand ça me plaira. .Je n'ai de comptes à rendre à personne.
BOURNERON
Cependant... Georges...
ÉMILIENNE
C'est affaire entre lui et moi, pas vrai ?
BOURNERON
Évidemment.
ÉMILIENNE
Tu vois ! — D'ailleurs...
Elle vient de découvrir une voilette sur la cheminée et joue avec. BOURNERON
D'ailleurs?... qu'est-ce que c'est que ça?
ÉMILIENNE, négligemment.
Ça, c'est une voilette.
BOURNERON
Ah!
ÉMILIENNE
C'est même une voilette qui sent très bon.
BOURNERON
Comment, elle n'est pas à toi ?
Tu plaisantes. Attends un peu, je vais te dire le parfum.
BOURNERON
Ouest-ce qu'elle vient faire ici, celle-là?
ÉMILIENNE
On se le demande. Attends...
BOURNERON, voulant s en emparer.
Rends-la-moi.