‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 81 sur 111 · I-LAVIGNY, neivciix · texte numérisé non relu

I-LAVIGNY, neivciix

Quelque temps?

KIMILIENNE

Trois semaines au plus.

FLAVIGNY, avec humeur.

Au plus ! Tu en as de bonnes ! Et où vas-tu, s'il te plaît?

ÉMILIENNE

En Alsace. 11 faut que j'accompagne ma sœur et papa à Ribeauvillé î

FLAVIGNY

Pourquoi faut-il?

ÉMILIENNE

Je t'expliquerai, il va même falloir que tu me conseilles ce déplacement pour ma santé.

FLAVIGNY

Mais jamais de la vie. Je m'y oppose.

ÉMILIENNE

Je t'en prie. 11 le faut. Je te demande cela comme un service.

FLAVIGNY, (louloureusement.

Et moi ?

ÉMILIENNE

Tu m'aimes assez pour patienter, n'est-ce pas?

fl a vigny Je t'aime assez pourmourir d'impatience.

Mon chéri !

FL A VIGNY

Qu'est-ce que c'est que toutes ces complications? Hier, il n'était question de rien... Aujourd'hui...

ÉMILIENNE

Je t'expliquerai.

FLAVIGNY, avec colère.

Oh ! je n'eu doute pas !

ÉMILIENNE

Henri !

FLAVIGNY

Pardon ! mais aussi l'idée d'être séparé de toi trois semaines. Non, non, et non.

ÉMILIENNE

Tu viendras me voir une fois ou deux, comme ami et comme médecin... Et puis, on tâchera de se voir aussi... mieux. Je ferai l'impossible, je te le promets. Allons! sois raisonnable, sois courageux. Ne t'emporte pas ; obéis-moi, sans comprendre. Tu le peux, va ! Si tu savais comme je t'aime !

FLAVIGNY, avec humeur.

Je m'en aperçois !

ÉMILIENNE, très tendrement.

Méchant!

FLAVIGNY

Méchant! moi! C'est admirable! C'est moi sans

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doute qui pars brusquement pour des villéf^iatures ineptes; c'est moi qui n'ai jamais que des minutes de trente secondes et des heures de douze minutes à te donner; c'est moi qui ne suis pas libre; qui ne dispose pas de moi ; qui t'énerve tous les jours dans des attentes odieuses; qui te fais perdre dans l'impatience de me voir et l'allolement de ne pas me voir les plus belles années de ta jeunesse. C'est moi enfin qui n'ai pas le courage de quitter un mari que je n'aime pas pour vivre librement et loyalement avec l'homme que j'aime...

ÉMILIENNE

Tais-toi, tais-toi, je t'en prie, je sais tout cela aussi bien que toi, mieux que toi, hélas ! et, si ça peut te consoler, dis-toi que j'en soutire autant que toi, sinon plus.

FLAVIGNY

Çh ne me console pas. D'ailleurs, tu me connais, j'ai horreur de récriminer; je t'aime. Cela suffit. Cela veut dire que je suis prêt à tout accepter, à me résignera tout! Il arrivera ce qu'il arrivera. J'attendrai. Je t'attendrai; et, si j'attends en vain, j'aurai attendu en vain; mais, une autre fois, tu feras attention avant de me reprocher ma méchanceté.

ÉMILIENNE

Alors, c'est moi qui suis méchante?

FLAVIGNY

Ni toi, ni moi, c'est la vie, ce sont les autres. Un surtout. Oui, ton frère. Je ne sais pas pourquoi, je me méfie. Est-ce que, par hasard, ce ne serait pas lui qui aurait imaginé toute cette comédie à seule fin de nous séparer?

Non. Il a des raisons sérieuses, très sérieuses, de me pousser à partir, mais elles ne nous concernent pas.

FLAVIGNY

Tu en es bien sûre ?

ÉMILIENNE

Certaine.

FLAVIGNY

C'est que... il a des façons avec moi qui me font penser qu'il est au courant de tout.

ÉMILIENNE

C'est vrai.

FLAVIGNY

Il a deviné?

ÉMILIENNE

Il a observé.

FLAVIGNY

C'est un mot indulgent.

ÉMILIENNE

Henri !

FLAVIGNY

Je serais tout de même curieux de les connaître, ces raisons sérieuses I

Ace moment, Bourneron paraît sur le perron. ÉMILIENNE

Je VOUS les dirai demain, chez vous (Se reprenant.) chez toi ! (Riant.) Jc suis bête !

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