SCÈNE PREMIÈRE BOURNERON, le petit MARCEL
Bourneron, au lever du rideau, se promène de long en large. 11 arpente la cour. Il s'arrête chaque fois plus longtemps à la porte. Il allume une cigarette qu'il jette aussitôt pour en rallumer une autre, prend son portefeuille, en sort une photographie qu'il regarde longuement, tire le Temps de sa poche, le déplie, essaye de le lire, le replie et le rentre; tous les dix pas, ii regarde sa montre. Le petit Marcel arrive de la route en jouant au cerceau.
MARCEL
Prends garde, bon-papa. Tu vas faire tomber mon cerceau.
BOURNERON, l'arrêtant.
Dis donc, mon petit Marcel, tu n'as vu personne sur la route ?
MARCEL
Personne, bon-papa.
BOURNERON
Tu es sûr ?
ACTI'] rHOISIKME "loi)
MARCEL
Oh ! sur !
BOURNERON
Tu connais bien le facteur, avec sa casquette lisérée
de rouge ?
MARCEL
Oh ! oui 1 tu serais môme bien gentil de m'en donner une comme ça. de casquette. Je jouerais au télégraphe. J'enverrais des dépêches comme toi ; t'en envoies tout le temps. A qui donc, dis ?
BOURNERON
Mais.., à ton oncle Pierre, à ton oncle Georges.
MARCEL
Ils ont bien de la chance ! Dis, moi, quand je serai grand, tu m'en enverras aussi, des dépêches?
BOURNERON
Certainement. Alors, tu ne l'as pas aperçu sur sa' bicyclette ?
MARCEL
Qui ça ?
BOURNERON
Le facteur.
MARCEL
Mais non, que j'te dis. Voyons, es-tu drôle I
Il joue avec son cerceau.
BOURNERON, regardant sa montre.
Cinq heures. 11 est en retard d'au moins dix minutes. C'est incompréhensible.
Il s'assied sur un hanc, à droite, rouvre son Temps, rallume une cigarette et s'absorbe. Cependant, Marcel joue avec son cerceau et, brusquement,le lance dans les jambes de Bourneron qui sursaute, jure et secoue 1 ' petit.
bourneron
Nom d'un petit bonhomme! Tu ne peux donc pas faire attention ! (Marcel se met à pleurer.) Tu m'as fait très mal. C'est insupportable ! Le jardin est assez grand cependant. Il faut toujours que tu viennes te fourrer dans les jambes des grandes personnes. Et puis, ne pleure pas. Tu m'énerves. Veux-tu te taire! Dirait-on pas que je l'ai assommé? Allons, tais-toi! Je ne le ferai plus, là. Tu ne vas pas ameuter toute l'Alsace, n'est-ce pas? J'irai demain à Colmar et je t'achèterai... Non, tu ne veux pas finir?... Faut-il que je me traîne à tes genoux?