‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 88 sur 111 · SCÈNE PREMIÈRE BOURNERON, le petit MARCEL · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE BOURNERON, le petit MARCEL

Bourneron, au lever du rideau, se promène de long en large. 11 arpente la cour. Il s'arrête chaque fois plus longtemps à la porte. Il allume une cigarette qu'il jette aussitôt pour en rallumer une autre, prend son portefeuille, en sort une photographie qu'il regarde longuement, tire le Temps de sa poche, le déplie, essaye de le lire, le replie et le rentre; tous les dix pas, ii regarde sa montre. Le petit Marcel arrive de la route en jouant au cerceau.

MARCEL

Prends garde, bon-papa. Tu vas faire tomber mon cerceau.

BOURNERON, l'arrêtant.

Dis donc, mon petit Marcel, tu n'as vu personne sur la route ?

MARCEL

Personne, bon-papa.

BOURNERON

Tu es sûr ?

ACTI'] rHOISIKME "loi)

MARCEL

Oh ! sur !

BOURNERON

Tu connais bien le facteur, avec sa casquette lisérée

de rouge ?

MARCEL

Oh ! oui 1 tu serais môme bien gentil de m'en donner une comme ça. de casquette. Je jouerais au télégraphe. J'enverrais des dépêches comme toi ; t'en envoies tout le temps. A qui donc, dis ?

BOURNERON

Mais.., à ton oncle Pierre, à ton oncle Georges.

MARCEL

Ils ont bien de la chance ! Dis, moi, quand je serai grand, tu m'en enverras aussi, des dépêches?

BOURNERON

Certainement. Alors, tu ne l'as pas aperçu sur sa' bicyclette ?

MARCEL

Qui ça ?

BOURNERON

Le facteur.

MARCEL

Mais non, que j'te dis. Voyons, es-tu drôle I

Il joue avec son cerceau.

BOURNERON, regardant sa montre.

Cinq heures. 11 est en retard d'au moins dix minutes. C'est incompréhensible.

Il s'assied sur un hanc, à droite, rouvre son Temps, rallume une cigarette et s'absorbe. Cependant, Marcel joue avec son cerceau et, brusquement,le lance dans les jambes de Bourneron qui sursaute, jure et secoue 1 ' petit.

bourneron

Nom d'un petit bonhomme! Tu ne peux donc pas faire attention ! (Marcel se met à pleurer.) Tu m'as fait très mal. C'est insupportable ! Le jardin est assez grand cependant. Il faut toujours que tu viennes te fourrer dans les jambes des grandes personnes. Et puis, ne pleure pas. Tu m'énerves. Veux-tu te taire! Dirait-on pas que je l'ai assommé? Allons, tais-toi! Je ne le ferai plus, là. Tu ne vas pas ameuter toute l'Alsace, n'est-ce pas? J'irai demain à Colmar et je t'achèterai... Non, tu ne veux pas finir?... Faut-il que je me traîne à tes genoux?

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