SCÈNE VI Les mêmes, moins BOURNERON
JEANNE
Oui, mais qu'est-ce que va dire Pierre quand il apprendra ?...
EMILIENNE, nette.
Ce qu'il voudra.
JEANNE
Il est évident que papa va retrouver cette femme.
GROSSMULLER
Natiirlich !
EMILIENNE
Nous aurons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Le reste ne nous regarde plus.
~2oH l'enfant chérie
GROSSMULLER
Évidemraent,
On n'emprisonne pas un homme de son âge. L'épreuve cfue nous lui avons imposée est déjà suffisamment dure ; je m'en veux presque maintenant de m'y être prêtée. Je sais très bien pourquoi j'ai cédé aux instances de Pierre; ce n'est pas seulement parce que je craignais pour le bonheur de papa; au contraire, je n'avais qu'une terreur, c'était qu'il fût trop heureux avec elle; mais, maintenant, la jalousie ne m'aveugle plus. Je comprends que nous avons fait violence à son cœur, que nous l'avons fait beaucoup souffrir et que nous avons tous été lâches, oui, lâches 1
GROSSMULLER
A la boQue heure! Ça, c'est parler. J'aurais pas pu dire ça, bien sûr, mais je le sentais.
JEANNE, perfidement.
Émilienne, pour être indulgente à certaines faiblesses, a peut-être des raisons, que je suis fière, moi, de ne pas avoir.
ÉMILIENNE, tristement.
Ta fierté se contente à peu de frais, ma pauvre Jeanne, et, si tu ne la surveillais pas, elle pourrait facilement te rendre méchante. Prends garde!
GROSSMULLER
Voyons ! voyons ! vous n'allez pas...
ÉMILIENNE
Non, je préfère ne pas comprendre. Je te laisse désormais la responsabilité de tout ce que tu pourras faire pour empêcher p M-e de partir.
AC.TF. TIJOlSir.MK 2o9
JEANNE
•levais d'abord télégraphiera Pierre, le raeltre au courant.
ÉMILIENNE
Tu es libre.
JEANNE
Je peu se bien.
An moment où elle va remonter, on entend un bniit de grelots. Une voiture s'arrête à la porte. Un voyageur en deàcend.