LES MÊMES, PIERRE GROSSMULLER
Pierre! Oh! ça, c'est extraordinaire!
ÉMILIENNE, stupéfaite.
Pierre !
PIERRE, les embrassant.
Bonjour! bonjour! — Vite! Papa est là?
JEANNE
Oui, mais il se prépare à partir pat le train de huit heures. J'allais te téléj^raphier. Tu arrives à temps.
PIERRE
Heureusement! — Il vient de prendre cette décision, n'est-ce pas ?
JEANNE
Oui, tout à l'heure.
PIERRE
Après avoir reçu une lettre de Paris ?
JEANNE
Oui. par le courrier de cinq heures. Une lettre grave, paraît-il, et qui le rappelle d'urgence. J'ai fait l'impossible pour le retenir. Il n"a rien voulu entendre.
PIERRE
Je m'en doutais. C'est pour cela que je suis venu.
ÉMILIENNE
Ah!
PIERRE
Je VOUS expliquerai.
JEANNE
Jai dû subir seule les rebuffades de papa. Émilienne s'cbt refusée à me seconder.
PIERRE
Pourquoi ?
ÉMILIENNE
Je l'ai vu trop malheureux.
PIERRE
Comment ne comprends-tu pas, ma chère Émilienne, que ce chagrin-là cautérise peu à peu sa blessure, et nous le rend douloureusement, mais infailliblement? C'est là, sois-en assurée, de la sensibilité déplacée.
ÉMILIENNE
C'est possible ; je ne la regrette pas. Nous n'avons pas à lui apprendre, moins encore à lui imposer sa façon d'être heureux. Qu'il le soit désormais comme il voudra l'être; moi, je vous en préviens, je n'interviendrai plus.
• PIERRE
Soit. Je comprends tes scrupules et tes hésitations,
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si je ne les partage pas. Quand papa va redescendre tout à l'heure, laissez-moi seul avec lui ; j'ai à lui parler.
ÈMILlEiNNE
Je sens que tu vas lui faire encore de la peine.
PIERRE
Pour la dernière fois, je te le promets.
ÉMILIENNE, le regardant fixement.
Et s'il ne la supporte pas?
PIERRE
Il la supportera et ce sera enfin la guérison complète, définitive. Je te le rendrai, ton père chéri, je te le jure, et tu l'auras désormais à toi seule, à toi toute seule.
EMILIENNE, douloureusement.
Oui, mais à quel prix ?