‹ Antonia (volume 2)Chapitre 11 sur 11 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Pourquoi cette histoire n*est pas un conte*

Plus de dix ans se sont passés depuis ces événements.

Aujourd'hui JuHen a succédé à son ancien patron. Il n'est pas encore ce qui s'appelle riche, mais pourtant il marche rapidement vers la fortune.

Chargé par un de mes amis de lui faire l'acquisition d'une voiture, le hasard me conduisit chez Julien l'an dernier. Mon ami était exigeant ; je tenais à remplir convenablement mon mandat, si bien que mes visites chez Julien furent assez fréquentes, et qu'une sorte d'intimité relative s'étabht entre nous.

Un jour, après m'avoir montré ses ateUers en détail, il m'exprima le désir de me faire voir aussi sa maison. J'y consentis de grand cœur, et p fus émerveillé du bon goût simple et poujctant

charmant de cette demeure, que Madeleine embellit encore par toutes les grâces et les vertus de la femme.

Arrivé au premier étage, mon hôte me dit:

— Entrez-Ià, monsieur, c'est la chambre de ma mère.

J'obéis. Le premier objet qui frappa ma vue fut une descente de lit superbe, faite de la peau d'un tigre d'une taille colossale. Je l'admirais, lorsque Julien alla au-devant de la question que j'allais lui adresser.

— Vous êtes étonné de trouver chez un modeste carrossier une fourrure aussi belle, je le vois, me dit-il. Je vais vous raconter l'histoire des cent francs du dompteuvy une faute de ma jeunesse que je puis avouer maintenant sans rougir, car elle est la seule tache de mon passé; vous comprendrez alors que le hasard m'ayant fait retrouver maître Samson pendant un voyage que je fis en province pour mes affaires, je n'ai pas hésité à lui acheter la peau de son tigre Nemrod, qui venait de mourir.

Nous nous attablâmes devant une légère collation avec Mme Claude et Madeleine.

Je n'ai fait que vous répéter ce que Julien me raconta. J'espère donc que, tout invraisemblable que soit peut-être ce récit, on l'acceptera non comme un conte, mais comme une histoire.

Nous allions nous lever de table. J'avais exprimé à Mme Claude toute mon admiration pour

PAR LÉOPOLD STAPLEAUX

son héroïque et maternel courage, lorsqu'une dernière question me vint à l'esprit.

— A propos, dis-je à Julien, et Passoir? Vous ne m'avez pas appris ce qu'il était devenu. Si je me sers un jour de votre confidence, ainsi que vous me le permettez en usant des précautions de rigueur, cette lacune pourra froisser peut-être certains lecteurs méticuleux.

— J'ai perdu de vue mon ancien ami depuis cette époque, me répondit Julien, et cependant je puis vous satisfaire. J'ai applaudi Passoir, l'an dernier, à Bruxelles, où il joue les premiers rôles au théâtre des Galeries-Saint-Hubert. Il a bien fait de persévérer dans la voie dramatique; les journaux belges en disent grand bien, et ils ont raison.

FIN DE l'ouvrage.

Naumbourg, imprimerie de G-. Paetz.

Oniversity of Toronto library

ON CVJ

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