‹ AntoniaChapitre 9 sur 18 · VI \NT()N I · texte numérisé non relu

VI \NT()N I

— Va-t'pii, p:rtMlin!, Tu ne viens chez moi que poui me soutirer toujiMirs (luehjue eliose. Tu pouviiis bieii répoiidi'e à ma place, toi «pii <'s riche!

— Si je l'étais, soyez sûr (pie ce serait (h'jà t'ait; mais j'achève de payer mon étude, et je ne peux plus ti'omper Julien sur les sacrifices (jue je lais pour lui. 11 s'en atVecte, sa mère s'en désole...

— Oli ! sa mère, sa mère!... dit le ricliard avec racceul d'une aversion profonde.

— Nous ne l'aimez pas, c'est connu : aussi ne vous demandera-t-elle jamais rien, soyez tranf|uille ; mais j'aime ma tante, moi, ne vous en déplaise, et Julien l'adore. A eux <leu\, à nous trois, s'il le faut, on s'ac- (piittera avant deux ans, et vous n'aurez rien i\ débourser, je m'en flatte.

— Kt moi, je ne m'en llatte j)asî N'importe! je leur rends ce service, (|ui sera le dernier.

— Kt le premier aussi, mon cher oncle!

VA, comme la pièce était signée, repliée et empochée, Marcel ajouta eu appuyant ses coudes sur la table et en regardant son oncle droit au visaj^e :

— Savez-vous, mon petit oncle du bon Dieu, qu'il faut que vous soyez bien chien pour avoir laissé v<Midre la maison de campagne de votre frère?

— Ah! nous y voilà encore! s'écria M. Antoine en se levant et en assénant sur la table un v«''ritable coup de poing de paysan. Tu voulais me voir «'inployer mon argent , gaiiue à la sueur de mou IVoiil , pour payer les f()li«'s d'un dissipateur! Depuis (piand les artistes

)nt-ils besoin d'avoir dc^s maisons i\ eux , de les rem- )Iir d'un tas de bêtises qui routent les yeux de la tête, le se faire des jardins avec des ponts et des kiosf(ues, !ux qui ne sauraient pas seulement faire pousser une aitue? Qu'est-ce que ça me fait, à moi, qu'on vende a folie de mon frère, et que sa veuve n'ait plus de ;ordon bleu dans sa cuisine ni de fjrands seif,meurs à a table? Ont-ils assez fait leurs embarras (juand ils ecevaient des comtes et des marquis, et que madame lisait : (( Ma maison , mes gens , mes chevaux ! » Je avais bien , moi , où tout vv train-là mènerait la larque ! Kt voilà ((u'aujourd'lini on a besoin du vieux at (jui vil dans son coin en sage et en philosophe, iiéprisant le monde, dédaignant le luxe et se consaraiit à des travaux miles! On baisse la crête, on lui end la patte, et lui,... lui (jui ne donnerait pas par litié, — ces gens-là n'en méritent joint, — il donne lar lierté, et c'est comme (.a (|u'il se V(Mige. \a, rélète ca à ta tante, la belle pii[)cesse aux abois : c'est i connnissioii (|iie le conlie Ion cirM-n d'oncle... Mais a donc, canaille de prociiiM>sier! (jiie l'ais-lii là à me lévisagtir'.'

Kn ell'et, Marcel, avec ses |)elils yeux gris et juilinls, ('Indiait la physionomie et l'attilnde de son ilicle, comme s'il eût vendu peicei- jtis(prau fond de a conscience'.

— bah! dil-il loiil à coup en se le\anl, \ou> éU's rès-(bu\ liès-cliieu. je le rt'-prle ; mais VOUS n'êtes pas i uiecliaut (pie ça! \t)us ave/ à l'endroit de V(»tre

A N roNi \.

l>('II(>-s(iMii' (|ii('l(|U(' iiiolirdc liaiiit' (jiic |)ersoiiiin n'a j;nn;ii> pu »'\pli(|iit'i', doiil vous iir vous rriidc/ peutr-lrc pas l)i(Mi complr à vous-uu'uu», iniiis que j'arriverai à découvrii", coiui)!!'/-)', mon clici' oncle, car je vais m'y mettre, et vous savez (jue, (juand je veux (pielque chose, je suis comme vous, je ne làclie jamais pied.

^ Va) [)arlaiit ainsi , Marcel examinait toujours le richard, et il saisit une notal)le altération dans son air,! Lne pâleur soudaine etliK/a les brutales roui^^eurs dei sa face, (léji\ recuites au soleil du pi'iutemps nouveau*. Ses lèvres tremblèrent, il enfonça son cliapeau jusque sur ses noirs sourcils en buisson, et, tournant le dos, il sortit dans son jardin sans mot dire.

Ce n'était pas un jardin ;\ petits rochers, à petites fabri(|ues et à petites vaches en terre cuite couchées dans rheri)e, comme ceux (ju'à feite époque on fîiisait à l'imitation du i^oùt champêtre de Trianon. Ce n't'tail pas non plus une pelous(^ ondulée avec des allées tournantes, (h^s boscjuets bien distribut's, des colonnades troncjuées so mirant dans les bassins limpides, comme celui de lliolel d'Kstrelle, premiers essais pittoresques du moderne jardin à l'aniîlaise. Ce n'étaient plus les anciens carrés et les longues plates- ])an(les ré.i^ulières du tcMnps de Louis \l\ ; tout le teri'ain ('tait renun'' et coupassi' par les essais de M. Antoine. Tout était corbeilles, cu'urs, ('toiles, triangles, ovales , ('cussons et trèfles entour(''s de bordures vertes et de |)etits sentiers formant labyrinthe.

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