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— Et comment vous êtes-vous trouvée en compagnie de ces malfaiteurs? lui demanda la supérieure du couvent quand elle eut entièrement repris ses sens. Dites-moi avec confiance la vérité.
— Eh bien, répondit Antoniella, vous allez tout savoir, et l’heure de tout dire est venue.
Alors elle parla ainsi :
« Je ne suis pas Napolitaine ; je suis née parmi les ennemis des chrétiens, dans une famille riche du royaume du Maroc. Un esclave chrétien de mon père convertit ma mère et l’enleva pour la conduire en Espagne. La mer conduisit les fugitifs dans le port
de Naples, qui devint leur patrie. Us s’épousèrent, je fus le fruit de leurs amours. Peu de temps après ma mère mourut ; mon pauvre
père désolé devint à la fois mon père et ma mère ; à douze ans, je le perdis moi-même ; un vieux médecin, suivi d’un élève compatissant, fut son seul ami. Après sa mort, je restai seule à la maison avec ma chèvre.
L’élève du vieux médecin' m’aima ; il s’ap- * pelait Lorenzo; c’est celui qu’on a rencontré avec moi et qui a été blessé par une balle en me couvrant de son corps dans l’horrible meurtre du souterrain. Voici comment nous y étions pendant la bataille.
« A quelques milleâ de Foggio, au sommet d’une tnontée, les vandarelli, qui venaient pour passer la revue dans la ville devant le général, nous aperçurent tout à
coup et fondirent à l’improviste sur nous.
Lorenzo, que ses restes d’uniforme firent prendre pour un déserteur fuyant avec sa
maîtresse, ne put me défendre et fut garrotté avec moi pour que leur capture donnât au général de Foggio une preuve de leur vigilance et de leur utilité au gouvernernent dans les provinces. Arrivés dans la ville, on nous déposa, Lorenzo et moi, sous la garde de la boutiquière, sur un peu de paille au bas de l’escalier, au fond de sa cave, jusqu’à ce que la revue fût passée;
nous nous y endormîmes de lassitude.
« Les coups de carabine qu’on tirait suites vandarelli en dehors nous éveillèrent.
J’essayai de monter pour voir ce qui se passait sur la place ; mais les premiers groupes de bandits qui étaient descendus de leurs chevaux et qui s’engouffraient dans la boutique me refoulèrent sur l’escalier; j’y tombai dans tes bras de Lorenzo ; alors il
tomba lui- mcrne la cuisse cassée par le ricochet d’une balle ; je le soutins, il me couvrit de sang. Il se colla sur moi pour que son corps me protégeât contre la mêlée affreuse qui tourbillonnait autour de nous.
Ce fut le moment où ceux des soldats qui n’avaient pas été frappés à mort, désespérant d’être épargnés par les soldats qui leur avaient tendu ce piège, récitèrent le De profundtSy baisèrent leurs chapelets et déchargèrent leurs pistolets et leurs espingoles les uns sur les autres, se donnant tous la mort et laissant l’immobilité et le silence régner là-bas dans la nuit. »