‹ AntoniellaChapitre 6 sur 32 · XLI I · texte numérisé non relu

XLI I

Nous couchâmes les deux jumeaux, et nous passâmes la soirée à nous remémorer plus gaiement le passé auprès du lit du malade; puis nous nous étendîmes ensemble sur la paille, à côté des enfants. Mais, au corn-

mencement de la nuit, nous dormîmes mal.

Annunziata, me prenant dans ses bras, pleura en me parlant de son mari, de moi, de ses peines et du sort de ces chères créatures, si la mort qu’elle regardait comme prochaine venait à enlever leur père et à lui ravir la pension du gouvernement, à l’aide de laquelle toute la maison se suffisait à elle-même.

Elle m’apprit ce que j’aurais à faire pour l’aider dans son travail de blanchisseuse en gros : allumer le réchaud, nettoyer les fers et les chauffer, plisser les chemises, etc.

« Ne t’inquiète pas, me dit-elle, en peu de jours je t’enseignerai tout cela. Quant à ces deux jolis jumeaux, que tu amuseras pendant que je soignerai le père et que je ferai le gros du ménage, ils t’aimeront bien-

tôt autant que moi ; n’y pense pas seule- .

ment; ils seront à toi autant qu’à moimême. Les enfants portent avec eux la ré-

compense des soins qu’on leur donne ! »

Nous nous endormîmes en causant ainsi.

J’étais toute joyeuse dans ma tristesse:

au lieu de ma pauvre vieille chèvre, tuée

par ces méchants agents du fisc, le ciel, après mon malheur du cimetière, m’avait envoyé ma meilleure amie et deux charmantes créatures.

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