V. Baltard
L'histoire des commandes administratives à Antonin Moine sera vite achevée.
On peut juger qu'il eut la pensée de prendre part au concours pour une figure oflicielle de la Iiépul)lique dont Soitoux
fut le lauréat. A sa vente, L'Artiste constate la présence du modèle d'une
Figure si/mbolique de la République
dont il dit que c'est une esquisse « mou- « vementée et vivante (1) )).
On verra plus loin que, le 3 avril )8iO. le Ministre de l'Intérieur déclarait à l'Assemblée nationale qu'Antonin Moine avait sollicité la commande d'un buste et qu'il l'avait obtenue. Et c'est tout. Sur ces deux affaires, je n'ai pas de renseignements.
Au Salon de 184«s (l>2, rue Boursault) :
Portrait de Madame de S..., pastel; Portrait de Madame de Gervillier, pastel.
Au moment de clore l'énumération des travaux d'Antonin Moine, il faut rappeler
(I) L'Arlisir, 5me pôrio, lomo IV, pngo IX.
|S; ANTON IN MOINK
que L'Artiste signale dans son atelier, au moment de la vente, une
Suite (J'éljaueJies et de jinij^arjes.
Le piT>cès-verbal de la vente fournirait sans doute de curieuses indications sur ces œuvres.
L'œuvre lithographie ne semble pas s'être augmenté depuis les estampes publiés avant 1830 ou peu après et dont j'ai parlé plus haut (I). Je ne vois depuis que des reproductions de ses ceuvres par de Laplante. Alophe, Mouilleron. etc. L'une des litliographies de Moine semble cependant d'une manière différente et probablement postérieure : l'épreuve avant la lettre qui est à la Bibliothèque nationale est inventoriée sous ce titye inexact : Deux tètes (Vancjes dans les /mages; il y a trois jeunes figures fort jolies entrevues dans des brumes flottantes, les mains y sont modelées avec une délicatesse qui trahit le maître; on peut croire meilleure l'indication qui montre là une poétique rêverie sur /es Heures du matin. Cette estampe pourrait être plus récente. Toutes les autres sont des premières années.
(Il Voir pa;.^e.s '22-"23.
AN TON IN MOI ni: I8o
De rensem]>le de ces estampes, la Bioijvnplne Michaud dit : « Un œuvre litho- " graphie, assez faible d'ailleurs, exécuté « tant par Moine que par d'autres artistes (( d'après ses tableaux et ses bustes, « contenant une série de portraits et des « têtes de vierges ».
Le Salon de lîS48. malgré les événements, s'était ouvert à peu près à l'époque habituelle. Mais l'orage était dans l'air et, en juin, on eut vraiment peur. Qui donc parlait d'art? Moine tenta d'aller chercher du travail dans les pays plus calmes où les aristocraties pouvaient encore garder le goût des belles choses.
Il se décida pour la Belgique. On le voit, en juillet, se munir de références, de lettres gc présentation. Les papiers acquis par la Bibliothèque de Saint- Etienne en contiennent plusieurs (I), restées inutiles.
(1) Quelques-unes signées d'un M. Defauconpret, du Collège Rollin, probablement le lîls du traducteur de Fenimore Cooper; M. Defauconpret semble avoir été pour Moine un excellent ami.
Il partit pour Bruxelles fin juillet. Le vendredi matin 28 juillet, il commençait, pour sa femme, une sorte de journal de son voyage dont il expédiait le commencement le lendemain : quatre grandes pages bourrées à pleines marges.
Je les donne ces quatre pages qui sont dans les papiers acquis par la Bibliothèque de Saint-Etienne; je les donne après les avoir lues avec émotion ; je les donne avec la certitude qu'elles contiennent le secret de la pauvre âme endolorie.
Et ce secret, le voici : il aimait beaucoup sa femme et son « pauvre » Paul : « pauvre» veut dire que, lui. le père, n'était pas sûr de pouvoir faire assez pour lui ouvrir la vie; il avait, pour les deux êtres aimés, peur de la misère et faisait, pour échapper à son étreinte, des efforts dont il redoutait l'inutilité, sachant trop que le beau monde s'intéresse peu à l'artiste qui sollicite; il sentait venir l'heure où il faudrait désespérer, il la sentait venir avec une appréhension contenue et secrète, se contraignant à l'espérance !
Comment n'être pas touché de l'amour de cet homme malhçureux pour les siens? Quelle aiïcctucuse confiance dans
la femme aimée! Comme il lui raconte ses affaires, sa chambre de quarante sous, son pauvre dîner de trente sous!
Gomme il la prend à témoin de la nécessité de dépenser cependant, malgré tout, pour le client possible, pour ne pas « faire compassion »! et il s'agit d'un dîner de quatre francs! Oh misère! Et quelles délicatesses d'affection : « Soignece toi bien... tranquilise toi, je me soigne (i bien...; j'ai été bien peiné de te laisser « toute seule...; tu as quelquefois Paul, « cela me fait bien plaisir... ; j'aimerais « mieux vous avoir là tous les deux...; je «t'embrasse bien tendrement...! » Et comme elle est apparente la cruelle préoccupation de la misère : « Je n'ai pas le « temps d'être malade...; tout mon mal, (( c'est l'inquiétude pour vous et pour nos a aft'aires... >> î
Mais il disait encore : « Espérons tou- H jours ».
Vendredi, malin.
Ma bonne Louise,
.Je commence aujourd'hui, comme je te l'ai promis, le récit de mon voyage et du peu de séjour que j'ai fait à Bruxelles. Tout cela ne saurait être bien long ni bien semé d'aventures, mais cela l'intéressera, j'en suis sur. .Je te dirai d'abord (jue l'autre jour en le
quittant, il mon coulait tellement de le dire adieu, que je néorligeai de monter dans la salle d'attenle el que déjà tout le monde monlail en voiture, de telle sorte que je faillis ne trouver qu'une fort mauvaise place : cependant, il n'en fut rien et je fus fort bien placé. Les secondes peuvent très Inen se supporter jusques à Bruxelles; j'aurais pu aller plus loin sans être trop fatigué, et, grâce à un des volumes que j'ai emportés, je ne me suis pas ennuyé autant que j,'aurais pu le faire. Quand je ne lisais pas, je pensais à toi, à mon pauvre Paul, à la solitude où tu te trouvais, aux examens (1), à nos bonnes et mauvaises chances de succès dans toutes nos affaires : de cette façon, je suis arrivé vei^ 8 heures à Bruxelles. Nos effets avaient été visités à Quiévrain, première station de Belgique. Cette visite n'a pas été aussi désagréable que je l'aurais cru et mes effets n'ont pas été trop dérangés.
En arrivant, un omnilms du chemin de fer nVa conduit, moyennant 75 centimes, avec mes malles, à l'Hôtel de l'Union où j'ai été adressé par M. Crespy. Malheureusement, cet hôtel est un des plus laids de Bruxelles et ce n'était xjas du tout ce (jui me convenait. J'y ai passé une nuit et un jour et j'en ai choisi un autre des plus beaux et des mieux situés : cela vaut infiniment mieux. J'ai trouvé dans cet hôtel une toute petite chambre et un tout petit salon, afin tle ne itas recevoir dans ma chambre à coucher si (jueliiu'un venait me voir. Gela me coûte 2 francs par jotfr et, quoique je sois dans un escalier un peu détourné, c'est une trouvaille que j'ai faite car l'équi-
(1) Il s'agit des examens de son tils jiour ladmission à l'Ecole polytechnique.
valent dans un des beaux escaliers me coûterait (3 francs. Tout est ici fort cher lorsqu'on veut quelque chose d'un peu propre, et, comme le luxe est excessif, il faut absolument faire comme tout le monde ou on est exposé, comme partout ailleurs, à faire compassion et voilà tout. Les dîners sont fort chers : 3 francs quand on prend du vin (ce qui met le dîner à 5 francs) et 4 francs quand on n'en prend pas. Il y a bien des diners à 1 fr. 50 à table d'hôte, mais c'est tout ce qu'il y a de plus commun en fait de personnes : tu penses bien que j'irai souvent, ou du moins le plus souvent possible pour dépenser moins, mais je crois, comme tu le disais, qu'il est bon de diner de temps en temps avec les gens fle l'hôtel qui sont tous des gens très riches. 11 y a, dans ce moment même, la sœur de la princesse d'Arenberg, à ce que m'a dit la maîtresse d'hôtel. .Je vais essayer d'un de ces beaux diners aujourd'hui; si cela n'a pas Fair d'être bon à quelque chose, j'y reviendrai le moins possible.
Vendredi, 3 heures.
J'ai beaucoup de peine à remettre mes lettres : les uns sont à la campagne, les autres ne sont pas chez eux. Je rentre très fatigué ; depuis ce matin à 9 heures, je suis sur pied. 11 y a ici de longues rues où il n'y a pas une seule boutique, de sorte que, pour demander un renseignement ou une adresse, il faut parcourir plusieurs fois la rue en guettant si une porte s'ouvre (car toutes les portes sont fermées) et si quelqu'un met son nez dehors. Dans certaines rues, il n'y a pas un seul passant, ce qui n'empêche pas certains quartiers d'être aussi vivants que Paris, et Bruxelles d'être une très belle ville, et surtout d'une propreté éblouis-
190 ANTOMN MOINE
santé : lu serais là dans ton élément. Toutes les malsons sont peintes en blanc, ce qui fait un très agréable effet.
Je viens de chez Madame la princesse Sanguizko qui ma parfaitement accueilli ainsi que Madame la princesse de Ligne, sa sjour, chez qui elle demeure. Ces dames m'ont demandé à voir quelque chose ; je leur ai immédiatement envoyé mes deux têtes; je dois y retourner demain. M. de Montigny, secrétaire de l'ambassade française, ma aussi très bien reçu, mais Madame de Montigny ne sera pas à Bruxelles avant la lin de septembre; cela nuira un peu à ma recommandation; néanmoins, M. de Montigny m'a offert tous ses services, mais comme il n'est ici que depuis quelques jours, ses relations sont peu nombreuses.
Madame (l), à qui j'étais recommandé par
Madame la comtesse Lelion, est à la campagne : j'ai donné ma lettre à son mari qui parait fort peu causeur. M. Gachard à qui j'ai remis l'autre lettre de Madame Lehon m'a très ])ien reçu, mais toutes ces personnes disent que le moment est mal choisi. Madame la comtesse Lehon ne doit arriver que dimanche soir.
Vendredi, 7 heures^ .
Ënrin, j'ai diné à 4 francs. .J'en suis honteux; il y avait au moins cinquante plats et tout cela fort bien : Mais ce n'était pas là ce que je demandais. Il y avait fort peu de monde et presque tout des anglais; personne ne m'a adressé la jiarole et cela se conçoit :
(i) Le nom csl enlevé û moitié par la rupture du cachet.
eluu-uii i^ai'lait bas cl à la persoiîne qui était à cote et de sa connaissance. Décidément, Je vais voir à m'en tirer plus économi(iuement.
M. de Montigny est venu aujourd'hui même au moment où je me mettais à table. J'ai trouvé cela fort aimable et je l'ai conduit dans mon petit logement ; mais il est reparti presque aussitôt, ne voulant pas m'empècher de diner et me promettant de revenir.
Tu diras à M. Paquier que :M. le comte de la Garde m'a parfaitement accueilli. Je dois retourner le voir. C'est un homme on ne peut plus distingué dans ses manières et d'une grande bienveillance. Je ne suis pas encore allé chez le prince d'Arenberg vu qu'il est à la campagne : j'irai peut-être demain.
Mon adresse est Hôtel de Flandres, à Bruxelles.
Je viens de chez Madame la princesse de Ligne. Elle était partie et Madame la princesse Sanguizko part dans deux jours. Mais avant leur départ, elles ont prié M. Van Pradt, ministre de la maison du roi, de me donner des lettres pour la Hollande. Ici, il n'y a plus personne : tout le monde est à la campagne; mais c'est, je crois, une bonne chose que mon voyage, pour plus tard. Mes deux têtes ont été vues chez ces dames ; on en a été très content.
Voilà, je crois, beaucoup de clioses et je voudrais t'en dire beaucoup plus, ma chère Louise; mais le papier et le temps me manquent. Je pense toujours à toi et j'ai été bien peiné de te laisser toute seule. Heureusement, tu as quelquefois Paul, cela me fait bien plaisir; mais j'aimerais mieux vous avoir là, tous les deux. Si je ne disais pas adieu ici, je n'aurais
plus de place. Adieu donc, ma chère Louise ; soigne toi bien et tranquillise toi à mon égard : je me soigne bien et je n'ai pas le temps detre malade. Tout mon mal, c'est l'inquiétude pour vous et pour nos affaires. Espérons toujours.
Je t'embrasse bien tendrement ainsi que notre Paul.
Ton mari très affectueux.
Antonin Moixe.
Mille choses affectueuses à la famille Brunon, ainsi qu'aux Grespy. As-tu vu Ernest? Son visage s'est-il éclairci? Rappelle moi au souvenir de la famille Derval si tu les vois, sans oublier Achille à qui je souhaite une réussite )x>nne et prompte.
En Belgique, il n'obtint rien. Je me trompe, ii obtint pour La Haye des lettres de présentation du ministre de la maison du roi. Van Pradt (!), visant la recommandation de la princesse de Ligne. S'en alla-t-il en Hollande? C'est présumable.
Mais ce qui est plus présumable encore, ce qui est presque certain, c'est qu'il revint comme il était parti. Il avait pu admirer Ln Leçon fVanatomie ; mais il était plus pauvre des frais de son voyage.
(1) Dans les papiers acquis par la Bibliothèque île Saint-Etienne.
ANTOMN -MOINE 11)8
Revenu à Paris désillusionné, s'il eût quelque illusion sur ce voyage, il semble n'avoir été plus jamais distrait du douloureux soliloque sur sa pauvreté, le lamentable échec de sa vie.
Sa pauvreté, on la voit bien. On la voit bien la res angusta qui causait son tourment d'àme. Quand son fils fut admis à Polytechnique (l*^^" novembre 1848), les amis durent s'employer très activement pour obtenir la bourse et le trousseau (l): la comtesse Damrémont, Lizinka de Mirbel l'excellente artiste qui connaissait Arago, bien d'autres multipliaient des démarches qui, heureusement, aboutirent. Un peu avant, en juillet, le 'directeur des postes de la République, Etienne Arago, exprimait à l'artiste son vif regret de ne pouvoir encourager une demande d'emploi pour le frère de Madame Moine, les emplois étant réservés aux candidats
(1) Dans les papiers acquis par la Bibliothèque de Saint- Ktienne, plusieurs lettres et notamment une lettre de Léon Cogniot (18 novembre I8i8), qui annonce le succès.
idi ANTOMN MOINE
« victimes de leur foi politique » (1). Et, enfin, si les amis n'en étaient peut-être pas encore à lui chercher de bonnes leçons, ils ne négligeaient pas l'occasion de les lui adresser. Une lettre d'ami du 28 février 1849 (si près de la fin !) engage à présenter une élève (-2) :
Mlle Bossange peut donc se présenter sans aucune crainte et elle trouvera une famille des plus aimables et des plus intéressantes, en même temps qu'un excellent professeur.
Il en arriva à ce point, le pauvre artiste, qu'il dut envisager le renoncement à sa carrière et qu'il ambitionna une « place )> dans l'Administration, imaginant une fonction nouvelle en vue de l'obtenir: Conservateur des objets d'art des ex-résidences royales. Il fit des démarches très humiliées, ainsi que l'atteste la lettre suivante (3):
Paris, le 12 janvier 1849.
Monsieur le Ministre,
.Monsieur le Président de la République a daigné remettre lui-même et recommander à M. le Ministre
(1) Dans les papiers acquis par la Bibliothèque de Saint- Efienne.
(2) La lettre est signée Defauconprpt, celui qui avait déjà donné des références pour le voyage eu Belgique.
(3) Communiquée par M. Dumas, de Sjinl-Etienne.
qui vous a précédé une demande par laquelle je sollicite la place de Conservatein- des objets d'art des ex-rèsideiiees royales.
Le besoin de donner à Monsieur le Ministre quelques explications sur l'utilité de l'emploi que je désire obtenir me fait espérer que Son Excellence voudra bien m'accorder la faveur d'une audience particulière.
Qu'il me soit permis d'ajouter ici combien je serais reconnaissant des bontés que Monsieur le Ministre voudrait bien avoir pour moi.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect de Votre Excellence, Monsieur le Ministre, le très humble et très obéissant serviteur.
Antonin Moine, 12, rue Boursault.
Tout entier de la main crAntonin Moine, ce papier témoigne assez de la tristesse de sa vie à cette heure. L'imagination de ceux qu'étreint la misère ressemble à celle des malades qui s'en ^ ont vers la mort : elle invente d'impossibles remèdes, raisons de fugitives espérances...
Le résultat fut naturellement négatif, (c L'Excellence » ne fut pas touchée par la supplique et ne consentit pas à créer la fonction. L'Excellence était alors l'impeccable Léon Faucher, l'économie politique faite homme. Trois mois plus tard, sans rougir, Faucher dira à la tribune
qu'Antonin Moine ne s'est adressé à l'Administration qu'une fois, pour un buste qu'on lui a donné, et il ajoutera : « Si nous avions pu deviner tout ce qu'il « y avait de douleur et de désespoir dans « cette âme. nous aurions été au-devant «du vceu qu'il aurait pu former et nous « aurions cru faire un bon usage des « fonds qui nous étaient confiés ».
La situation ne devenait pas seulement dure par les inexorables exigences économiques, elle le devenait plus encore par la cruelle blessure au cœur qui, tous les jours, se creusait plus profonde.
Amour-propre l)lessé, vanité blessée*.^ Et pourquoi non?
Cet homme avait grandi sa vie. 11 avait élevé Sun esprit jusque vers les sommets d'où se découvrent les vastes horizons.
Il n'avait pas seulement acquis de tous les arts du dessin, la technique, la science; il en avait vu le passé, les écoles, les maîtres, les filiations. Il avait eu, dès ses premières études, ce sentiment que
ceux-là, seuls, S( )nt les artistes et les poètes qui ont su dire avec émotion, avec sincérité, quelque cliose des tressaillements de la pauvre âme humaine; que c'est bien là qu'est le grand art, plus apparent dans l'une des figures de la divine Pièce aux cent florins que dans la collection des envois de Rome. Il avait pris parti contre la rhétorique, les rhéteurs, les pédants, l'art en formules, les esthétiques qui expliquent l'inexplicable. Il avait manifesté ses aspirations par des œuvres dont on avait dit qu'elles traduisaient la vie. On avait cru de lui que la Muse l'avait marqué au front. Quelques-uns de ses contemporains, les plus éminents, le considéraient comme leur pair. Vwq jeune Ecole, éprise de son talent, l'avait désigné pour les lauriers des victoires futures
Tu se lo mio maestro!
et cette Ecole avait attendu de lui le chefd'œuvre, les chefs-d'œuvre qu'il avait, lui, entrevus dans ses rêves d'artiste, tenus au bout de ses doigts ! Et tout cela aboutissait à du néant, à de la misère, à, l'heure triste où il fallait laisser toute espérance! Il dût à ce moment les revivre en esprit les péripéties de cette lutte de vingt ans
qu'il avait si follement engagée et soutenue, lui. sans fortune, armé seulement de sa conviction d'artiste qu'il aurait jurée indomptable, hélas! Ce Salon de 1831 qui, pour lui. sembla le prélude d'une carrière glorieuse! Ce Salon de 1833. l'ardente mêlée où des amis passionnés avaient pris son nom. ses œuvres, son talent, son avenir, l'avenir des siens et en avaient fait le drapeau secoué au vent de la l)ataille. désigné aux coups de l'ennemi ! Puis, les conséquences si lourdes! les injustices, les portes des Salons fermées, la récompense refusée au grand travail pour la Madeleine, ce travail même refusé par TAdministration, le vide dans son atelier, le refus des commandes, les infructueuses tentatives de résistance par les travaux d'art industriel, par renseignement, et, enfin, la capitulation, rébauchoir quitté, la n<>ble statuaire de l'idéal abandonnée pour le gagne-pain, les portraits à perpétuité î
Mais ces portraits ne venaient même plus. On est occupé à entendre Proudhon réclamer tous les jours la liquidation sociale. C'est bien le temps de persuader aux belles dames qu'il est distingué d'avoir son portrait à la manière des portraits
ANTONIX MOINE 199
de Madame de Pompadoui' î L'Administration qui pourrait être protectrice se bouche les oreilles. Quel travail amoindri faudra-t-il solliciter? Faudra-t-il, pour acheter son dîner, attendre des concierges des commandes de portrait, le cadre compris ?
Voilà la déchéance, les humiliations, la cruelle ironie dans sa destinée que le pauvre artiste n'accepta pas. ce qui lui fît entrevoir la mort comme un tutélaire refuge, comme l'asile où. du moins, il n'aurait pas l'angoisse d'assister, impuissant et vaincu, à la misère des siens. Les siens ! « Tout mon mal, c'est l'inquiétude « pour vous ! » Et, tous les jours, le mal s'aggravait et se faisait plus étreignant. plus obsédant, plus inéluctable.
C'est vers ce temps de tristesses noires que la mort tragique de Bruno Galbacio, l'ami d'enfance, vint si douloureusement le frapper de stupeur. Gigoux dit (I) :
(I) Causeries sur /<'«? arlisles tU mon temps, page 5S.
:20O ANTOMN -MOINE
Par un triste matin de découragement, Galbacio se coupa la s'oro-e... L'impression qu'en ressentit Antonin Moine fut ineffaçable.
Cette impression ne devait pas être de trop longue durée, hélas !
La date de cette mort ne m'est pas connue. Elle doit être placée cependant peu après mai 1S48. A cette dernière date, Galbacio figurait encore sur les contrôles du « Comité électoral des citoyens du f( département de la Loire résidant à » Paris » dont Aug. Bernard était le président et rarchiviste minutieux (1). A ce moment. Galbacio habitait 4, rue du Jardin des Plantes.
Les témoignages s'accordent d'ailleurs à le montrer, ce pauvre Antonin Moine, comme enclin à d'amères mélancolies, sensitif. timide. « C'était — dit encore « Gigoux — un être nerveux, frêle et « timoré (•2) ». Ernest Chesneau qui, sauf des inexactitudes de dates, de lieu, semble avoir été bien renseigné, dit dans le même sens (3) :
(1) Voir mon Catalor/tte de la BihUolhcque de Saint- FJienne, page 351, n* i0r>G-î057.
{% Cmuseries sur les artistes de mon temps, page 58.
(3) Peintres et statuaires roman'iqiœs. pages 87-88.
Moino avail dans le caractère, dans l'altiluoe, l'indolence câline assez fréquente chez les Lyonnais... 11 ne savait point réagir contre de profonds abattements intérieurs, contre ces heures de spleen auxquelles il était sujet dès sa jeunesse... Son tempérament n'a^■ait point de ressort contre les amertumes de la vie, qui ne lui furent point ménagées.
Brusquement, la crise eut sa conclusion.
Le Moniteur du 20 mars contient la note suivante :
Paris, 19 mars.
Les arts viennent de faire une grande perte. M. Antonin Moine, peintre statuaire, est mort hier matin.
Longtemps après, en 1883, Gigoux écrivit :
... Lui aussi, un jour que la misère devenait de plus en plus noire à la maison, il se briila la cervelle.
Je ne sais rien des funérailles.
llUîl ANTON IN MOINE
Cette mort eut un grand retentissement.
Victor Hugo en parla à la tribune de l'Assemblée nationale : on le verra tout à riieure. La presse, naturellement, fit quelque bruit autour. Je n'ai pas eu la curiosité — difficile à satisfaire — de dépouiller les journaux du temps. On devine bien, d'ailleurs, les responsabilités que les partis pouvaient se rejeter : d'un côté, l'état social sans fraternité, fondé sur les pires égoïsmes, permettant que les plus nobles intelligences se sentent vouées à la mort...; de l'autre, le régime révolutionnaire qui condamne à désespérer tout ce qui vit d'art..., etc. Il faut tirer à part les deux articles écrits par les amis, les compatriotes, celui d'Aimé Royet dans L'Avenir républicain de Saint-Etienne du 25 mars 1849 et celui de J. Janin dans les Débats du 2 avril, tous deux inspirés par une amitié attendrie qui touche; tous deux convaincus que la politique d'après Février est la cause de cette mort tragique. On les trouvera plus loin. Janin n'oublia même pas qu'il écrivait dans le journal officiel
de la rue de Poitiers et son article ressemble à un amer réquisitoire contre le nouveau régime populaire, avènement des vulgarités, des inavouables envies, des ignorances , des dépressions intellectuelles. Ahî si le roi eût été là! si elle eût été là cette princesse Marie qui. elle aussi faisait de la sculpture, par quelle bienveillance, quels secours délicats. Antonin Moine n'eùt-il pas été relevé et encouragé? Hélas! la réponse était trop facile puisque le plus grand mal avait été fait par les administrations de la paternelle monarchie.
Il faut aussi signaler particulièrement l'article de Paul Mantz dans la livraison d'avril de r Artiste. L'éminent critique — dans cette revue qui avait tant loué Antonin Moine — parla de lui avec sympathie, mais fît sur ses aptitudes et son œuvre des réserves auxquelles la critique s'est souvent associée depuis (1) et qui resteront probablement comme un jugement définitif que personne d'autorisé
(I) C'est l'article de Paul Maiitz qui est le foïid de la îiotice dans la Binr/raphic Michaiid où on relève des appréciations si injustes : « artiste de g'^ùt, chercheur, « indécis, ressentant parfois la verve, mais rien de plus; « il a manqué à cet esprit impatient et chagrin ]es longues
n'entreprendra de reviser, bien >ùr. Jo reproduis aussi cet article plus loin.
Sans assumer la présomption d'un appel de ce jugement, on peut affirmer que le sens de la vie d'Antonin Moine a échappé à la critique. La vive appréhension de la misère de trop près sentie, les efforts pour y échapper, les tentatives en vue de quelque argent gagné ont été interprétés comme les symptômes d'une agitation un peu maladive, d'une inconstance d'esprit qui expliquerait l'incapacité d'atteindre au talent souverain. Pour ne pas voir les véritables causes de cette mort, on a remarqué des inconséquences de caractère, des bizarreries, la naturelle tendance au « spleen ». Aimé Royet, un esprit distingué, ami d'enfance, constate qu'il n'eut pas les qualités qui eussent fait de lui un parfait bourgeois de Saint- Etienne.
C'était un esprit bien doué et mal fait. Il était de ceux que la mélancolie marqua comme siens.
« et sérieuses études qui font les maîtres ; il eût fallu à « cette nature lymphatliique des succès faciles ».
Mais combien ces jugements sont souvent peu mesurés et légèrement établis! Un autre critique dit juste le contraire dans L'Illustration (19 janv. ISÔO) : «« plein d'ac- «• tivité et Jopiniittre persévérance ».
ANTONIN MOINE 20o
selon le mol du poète anglais... En laijordanl, malgré son cordial accueil, on le lrou^•ail peu satisfait; on découvrait en lui un fond de soutî'rance permanente. En le quittant, on le laissait plaintif...
Qu'a-t-il donc manqué à cette organisation si distinguée à tant d'égards? 11 lui a manqué la juste appréciation des hommes, la science ordinaire de la vie, moins de révolte et plus de soumission de l'esprit, la fidélité au travail commencé, Tordre et la mesure en toutes choses, tout cet ensemble entin de qualités saines qui mènent à bien l'existence...
Mais quelle révolte et quelle soumission? Lui reproche-t-on l'indépendance de sa pensée d'artiste ou son refus d'accepter la vie déprimée dont il souffrait ?
Avec tant de « qualités saines », Antonin Moine n'eut pas été le songe-creux qu'il fut, l'amoureux des nymphes de Jean Goujon, le sculpteur épris de poésie. Il est surprenant qu'il ait échappé à Aimé Royet qu'avec « la science ordinaire de la vie » et « la juste appréciation des hommes », Antonin Moine eût simplement fait fortune en succédant à son père dans la fabrique de rubans, payant le moins possible au passementier et vendant au plus haut prix; peut-être millionnaire; peut-être membre de la Chambre de commerce; entouré d'honneurs et comblé d'éloges.
L Artiste va plus loin dans cet ordre de reproches; il nie que la misère ail été la cause de la mort de Moine et insinue quelque chose comme l'irresponsabilité (1) :
... Hàlons-nous de dire que s'il s'est brûlé la cervelle, ce n'est pas la faim accroupie à son foyer qui Ta poussé là. Il avait du talent et du' pain. Peut-être était-il mécontent de son pain et de son talent. Nul n'a su son secret, pas même sa femme, pas même lui.
Et. enfin. Ernest Chesneau en 1880 (2) :
De grands chagrins, comme homme et comme artiste, le conduisirent lentement au suicide... Son tempérament n'avait point de ressort contre les amertumes de la vie qui ne lui furent point ménagées...
Il faut dire, parce que c'est la vérité, que ces insinuations et ses jugements sont téméraires et inconsidérés. Le hasard qui a conservé la lettre écrite, de Bruxelles, par Antonin Moine à sa femme sauvegardera sa mémoire. Elle dit, cette lettre, que cet homme, esprit si distingué, porta un bon et simple cœur; qu'il aima beaucoup les siens et en fut aimé; que son amour des siens dirigea sa vie plus encore que l'amour de sa propre gloire; que. pour les
(1) L'Artiste, 5"» série, tome III. page 27.
(2) Peintres et statuaires romantiques, pages Sl-iSS.
siens, encore plus que pour lui, il eut le tourment de voir échouer l'effort de sa vie et qu'il mourut désespéré de n'avoir pu, avec sa chimère de gloire, apporter à son foyer l'honorable vie de chaque jour et surtout la sécurité du lendemain.
Entre les témoignages de respectueuse sympathie adressés à la veuve, j'en trouve un bien touchant dans les papiers acquis par la Bibliothèque de Saint-Etienne. 11 émane d'une artiste de grand cœur Lizinka de Mirbel qui, depuis 1827, recueillait dans les Salons — pour ses miniatures — toujours les mêmes éloges et qui devait suivre Antonin Moine de si près dans la mort (t). Je crois bien qu'on ne saurait confondre cet élan du cœur avec les ordinaires paroles de condoléance (2) :
25 mars 1849.
J"ai été, chère Madame, tellement bouleversée par la nouvelle de Taffreux malheur qui vous a frappée,
(1) Lizinka de Mirbel était de Cherbourg; née en 179G comme Anlonin Moine, elle mourut comme lui, en 1849, peu après, le 31 août.
(2) Par exemple une lettre à la veuve de Moine d'un avocat de Saint -Etienne, Dumarest, dans laquelle le 28 mars, le signataire copie sans autre façon tout un alinéa de l'article d'Aimé Royet paru le 25. — Dans les papiers acquis par la Bibliothèque de Saint-Etienne.
qu'il m'a été tout à fait impossible de vous exprimer, de suite, toute la part que j'y prenais.
L'occasion devenue plus fréquente pour moi de voir M. Moine, la bonté que manifeslaient ses paroles, son esprit délicat, distingué, l'amitié qu'il me témoignait m'avaient vraiment attachée à lui et votre douce raison, votre agrément, votre grâce rendaient complètes les relations que je me trouvais heureuse d'avoir avec vous deux et je nourrissais l'espérance d'en profiter d'avantage dans un avenir plus libre que le présent.
Triste chose que la vie, où l'on ne peut presque sans folie compter sur le jour suivant.
.Je ne sais quand je pourrai vous aller voir, car de tristes nécessités me retiennent au logis pendant la matinée entière. .Je veux au moins que ma tendre et vive sympathie vous soit exprimée.
Je sais que vous êtes auprès de bons parents, mais j'ignore où je devrais aller vous chercher.
Faites-moi, je vous prie, chère madame, écrire quelques lignes qui m'apprennent comment vous êtes et me promettent que vous verrez toujours en moi une personne dont l'affection est aussi sûre que sincère.
LiZINKA DE MiRBEL.
Seize jours après le dénouement tragique, le 'S avril 1849, on votait à l'Assemblée nationale le budget du Ministère de l'Intérieur. Au cluipitre XVII. le Gouver-
nement avait maintenu le crédit de Vexercice précédent (137.700 francs) avec la rubrique : Indemnités annuelles ou secours accordés à des artistes, auteurs dramatiques, compositeurs et à leurs veuves. La Commission du budget, après avoir constaté que ces « indemnités » n'allaient pas toujours à leur destination et avaient servi à d'injustifiables largesses, proposait comme sanction à sa critique de diminuer le crédit de 7.700 francs. Victor Hugo, reconnaissant d'ailleurs le bien fondé des observations de la Commission du budget, vint, cependant, demander à TAssemblée nationale de maintenir ce crédit des misères de l'art. Je coupe dans le Moniteur :
Le cit. Y. HiKjo .... J'ajoute que les besoins des artistes n'ont jamais été plus impérieux, ni plus urgents. Et, messieurs, puisque je suis monté à cette tribune..., je ne voudrais pas en descendre sans vous rappeler un souvenir qui aura peut-être quelque influence sur vos votes dans la portion de cette discussion qui touche plus particulièrement aux intérêts des lettres et des arts.
11 y a quelques mois, lorsque je discutais à cette même place et que je combattais certaines réductions spéciales qui portaient sur le budget des arts et des lettres, je vous disais que ces réductions, dans certains cas, pouvaient être funestes, quelles pouvaient entraîner bien des détresses, qu'elles pouvaient amener
^lU ANTON IN MOINE
même des ailastrophes. On trouva, à celle époque, qu'il y avait quelque exagération dans mes paroles. Eliî bien, messieurs, 11 m'est impossible de ne pas penser en ce moment, et c'est ici le lieu de le dire, à ce rare et célèbre artiste qui vient de disparaître si fatalement, qu'un secours donné à propos, qu'un travail commandé à temps aurait pu sauver.
Plusieurs membres : Xommez-le.
Le rit. y. Eiiffo : Antonin Moine.
Le cit. ministre de Vlnterieur (1) : Je demande la parole.
Le rit. Y. El' go : Oui, messieurs, j'insiste, j'appelle votre attention sur ce point. Ceci mérite voire attention. Ce grand artiste, je le dis avec une amére et profonde douleur, a trou^•é plus facile de renoncer à la vie que de lutter contre la misère. (Mouvements divers.)
Eh I bien, que ce soit là un grave et douloureux enseignement. Je le dépose dans vos consciences. Je m'adresse à la générosité connue et prouvée de cette Assemblée. Je l'ai déjà trouvée, nous l'avons tous trouvée sympathique et bienveillante pour les artistes. En ce moment, ce n'est pas un reproche que je fais à personne, c'est un fait que je constate. Je dis que ce fait doit rester dans vos esprits et que, dans la suite de la discussion, quand vous aurez à voter, soit à l)rop©s du budget de l'Intérieur, soit à propos du budget de l'inslruclion publique, sur certaines réductions que je ne (jualilie itas d'avance, mais qui peuvent être mal entendues, (]ui peuvent être déplorables, vous vous souviondrez iiuo d-^s réductions fatales peuvent*
;i) Léon rauchei
ANTONIN MOINE il\ 1
pour faire gagner quelques écus au trésor public, faire perdre à la France de grands artistes. Voilà, messieurs, ce que je tenais à dire.
Le ci t. ministre de V Intérieur : Qu'il me soit permis de dire un mot du fait douloureux qui a été porté à cette tribune par Tlionorable M. Victor Hugo.
Le gouN'eruemcnt no peut pas venir en aide à tous les malheurs. 11 n"est pas plus possible dans le domaine de Tart que dans le domaine de l'industrie de donner du travail à tout le monde; le gouvernement succomberait sous un tel fardeau. Mais il est venu, autant qu'il est en lui, au secours de toutes les misères; il a cherché à rendre moins douloureuse la transition d'un état malheureux entre deux époques de prospérité : celle qui, j'espère, viendra bientôt et celle qui n'est plus; il a cherché à rendre, dis-je, cette. transition moins douloureuse.
Et quant à l'artiste dont on a parlé, il s'est adressé une seule fois à l'Administration, il a demandé la commande d'un buste, commande qui lui a été accordée. Si nous avions pu deviner tout ce qu'il y avait de douleur et de désespoir dans cet le âme, nous aurions été au-devant du vœu qu'elle aurait pu former et nous aurions cru faire un bon usage des fonds qui nous étaient contiésl (Très bien I très bie/i .'/
Sur l'avis conforme de la Commission, le crédit fut maintenu à loT.TOa francs.
LU
L'ijitervention de Victor Hugo ne pouvait pas manquer d'être profitable à la veuve. Il y ajouta des démarches qui eurent pour résultat de lui faire accorder une pension. Avant la décision ministérielle. Victor Hugo, la tenant pour presque assurée, fit aussitôt part de ses espérances au jeune Paul Moine, à l'Ecole polytechnique. J'ai sous les yeux la lettre émue du poète (I) :
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous pour îaire savoir à Madame votre mère, dont j'ignore l'adresse, que j'ai lx)n espoir pour un bon résultat. J'ai vu le directeur des Beaux-Arts et il est convenu que la première pension vacante sera attribuée à Madame Anlonin Moine, dans le plus bref délai l»ossible. Le ministre ne fera évidemment pas d'obstacle. .Je lui parlerai, d'ailleurs, mais je considère, dès à présent, la chose comme faite. Veuillez, Monsieur, transmettre cette lx)nne nouvelle à Madame votre mère.
Vous portez un beau nom. Monsieur, vous le porterez dignement, llecevez, je vous prie, l'expression
(I) Dans les pnpiers acquis par la Bibliothèque de Saint- Elienne.
de mes plus douloureuses et de mes plus vives sympathies. Veuillez mettre aux pieds de Madame voire mère riiommage de mes respects.
Victor Hugo.
20 avril.