TRADUCTION
« Conrad Schot, peintre de son état, résidant chez son père Jean Schot, en la ville de Bruxelles, âgé de xxvi ans ou environ, dépose sous la foi du serment ce qui suit :
« Qu’ayant quitté l’école où l’avait placé son père, d’abord à Bodeghem, il s’est ensuite, en la présente ville, engagé chez un conseiller général, maître Jean vanWaterd5rck, domicilié à Bergen-op-Zoom, restant à son service environ deux années. Revenu chez son père, le déposant a travaillé chez celui-ci pendant près d’un an aux écritures, le père étant commis du conseil de l’administration des orphelins.
» Le déposant s’est ensuite placé comme élève chez un peintre italien nommé Jean Baptiste, habitant la rue Haute, passant quatre années à apprendre sous celui-ci le métier de peintre. En sortant de là, Conrad s’est engagé chez maître Antoine Moor, peintre de Monseigneur d’Arras, résidant chez lui environ un an et demi, soit jusqu’au moment du départ de son maître pour le Portugal, où Moor était chargé de peindre le roi et la reine de ce pays.
» Il s’est alors engagé auprès de Jean
wen broeders overe, mitten welcken hy dry jaeren heeft gewrocht, ende noch op dezen dach zoude zyn en waere hy déponent daeraf nyet getrocken by Janne Schotte zynen broedere, ende Marie, zynder huysvrouwen. »
Maes, le principal des auxiliaires dudit maître Antoine, un peintre habitant à Anvers l’avenue (Geleye) à peu près vis à vis du couvent des Carmes. Il est resté chez ce maître l’espace de trois ans et serait encore chez lui s’il ne s’en était séparé pour aller habiter chez Jean Schot, son frère et Marie, son épouse. »
Inutile, pensons-nous, d’insister sur l’intérêt de cette source, encore inférieur pourtant à celui de la pièce qu’on va lire. Dans celle-ci Conrad Schot pénètre davantage dans le détail de ses relations avec Moro comme avec ses autres maîtres et s’étend davantage, aussi, sur le mystérieux « Jean Baptiste ». Il s’agit, ici encore, du peintre italien mentionné par Jean Baudouyn dans ses suppliques à Ferrand de Gonzague analysées plus haut.
Voici le document, long, sans doute, mais digne d’être reproduit -en entier :
« Dit is het leven van Conrad Schot, hoe ende in wat manieren dat hy geleeft vanjonge kinsgedage, en waer hy ter scolen gegaen heeft ende by wat meesters hy altyt gedient heeft wel ende eerlycken alsoe hierna volght.
« Ierst soe heeft Jan Scot, den vader van Conraet, bestaeyt denselven dry jaren lanck ter scolen, om aldaer te leeren lesen en schry ven, by eenen goeden heere die welcke genaempt es her Hendrick.ende is prochiaen van Bodegem, aldaer den vooi schreven Conraet ten scolen gelegen heeft, ende gewoont heeft, binnen den huyse van den zelven prochiaen van Bodegem, daer Conraet wel ende eerlycken geleeft heeft, ende subject ende onderdanich gewreest heeft ende altyt bemint was van synen meester, gelyck noch blycken sal. Ende als den voôrschreven Conraet den termyn van dry jaren daer ten
« Ceci est l’exposé de la vie de Conrad Schot, comment et de quelle manière il s’est comporté depuis son enfance, où il est allé à l’école, les maîtres qu'il a servis dûment et honorablement , comme l'on voir ci-après..
« Tout d’abord Jean Schot, père de Conrad, a mis celui-ci, l’espace de trois années, à l’école, en vue d‘y apprendre à lire et à écrire, sous un bon prêtre du nom de Henri, curé de Bodeghem. Chez cet ecclésiastique Conrad a vécu d’une manière honorable faisant preuve de soumission et sachant mériter l’attachement de son maître, comme il appert.
» Le terme de trois ans expiré, l’ecclésiastique a, de sa personne, reconduit l’élève à son père, ce dernier consentant volontiers
scolen gelegen hadde by den voirschreven prochiaen, soe heeft hem den prochiaen selve tôt syn vaders huys gebracht, ende soe heeft den vader Coenraet gewilich by hem genomen aengezien dat den prochiaen van den voirschreven Coenraet niet dan duecht ende eere en wist te seggen.
» Ende alsdaen soe heeft Jan Scot Coenraet noch te Brussel bestaeyt op die Savel kerckhoff, by eenen goeden heere den termyn van twee jaren, lutter min oft meer op dat den selven Coenraet daer lattyn soude leeren lesen en spreken, aldaer Coenraet oick wel eerlycken onderdanich geleeft heeft, gelyck een jongen van eeren behoirt te leven, ende den termyn uyt synde, soe is Conraet van daergesceyden wel en duechdelyck met consente van synen voirschreven meester ende van syn vader also dat blycken sal.
» Ende vander scolen gaende, daer heeft hem synen vader bestaeyt by eengoet heere, diewelcke heer genaempt was mynheer van VVaterdyck, dieselve was scepene tôt Berghen-opten-Zoom, ende was oick raedtsheere van mevrouwen van Bergen, ende was dagelyx frequenteerend in ’t hoff by mevrouwe van Bergen, ende by den voirschreven heere van Waterdyck heeft Conraet wel ende eerlycken geleeft. Ende denselven heere liet Conraet gaen scryven in de greffie op ’t Stadthuys somtyts aldaer. Soe heeft Conraet meer dan een onderhalf jaer lanck metter voirschreven heere gewoont, ende den heere noyt beter gedient en was van eenen knecht niet gelyck Conraet hem diende. Soo eest gesciet dat den heere gesien heeft die goede maniéré van den selven Conraet ende dat hy een goet beginsel hadde metter pennen, soe heeft den voirschreven Waterdyck een brief gesonden aen den vader van Conraet, diewelcke brief innehielt dat jammer syn soude dat Conraet noch lange met hem woenen soude want hy beter syn soude op
à le reprendre sur la foi de l’éloge fait de son élève par maître Henri.
» Jean Schot a alors placé son fils durant deux années environ, à Bruxelles, chez un brave monsieur ayant sa demeure sur le cimetière du Sablon, en vue d’y apprendre à lire et à parler le latin, sous lequel maître Conrad fit preuve de subordination, comme il convient à un disciple pénétré du sentiment de ses devoirs.
» A l’expiration du terme d’engagement, Conrad se sépara de son maître en bons termes et du consentement de son père, comme la chose sera établie.
» Après l’école, Jean Schot envoya son fils chez un brave monsieur, le sieur de Waterdyck, échevin de Bergen-op-Zoom, et conseiller de madame de Bergen et un des familiers du château. Chez celui-ci, Conrad se comporta d’une manière honorable. Et le même seigneur permettait à Conrad de tenir certaines écritures au greffe de l’échevinat.
» Jamais le sieur de Waterdyck n’eut meilleur serviteur que durant les dix-huit mois que Conrad fut à son service. Aussi, tenant compte de la bonne conduite du jeune homme et de ses bons débuts en l’art de manier la plume, l’échevin écrivit au père de Conrad lui proposant de prolonger un engagement si avantageux à l’avenir de son fils dont la lettre vantait la correction et le dévouement. Elle assurait d’ailleurs le jeune homme de la bienveillance de son patron en témoignage du bon souvenir que conserverait de lui l’échevin.
» Ainsi prit fin le séjour de Conrad à Bergen-op-Zoom, et le retour chez son père, à Bruxelles. Bien accueilli par ce dernier
die penne dat hy die dagelyx soud mogen hanteren. Ende liet den vader weten dat Conraet eerlycke ende getrouwe gedient hadde, ende dat hy Conraet soude vrinscap doen, waer hy conde duer die goede getrouwicheyt die hy denselven Waterdyck aen den voorschreven Conraet bevonden hadde. Soe es Conraet van Bergen-opten- Zoom gesceyden, ende es na syn vaders huys comen tôt Brussel. Item, die voirschreven Conraet by syn en vader comen, soe heeft hy den vader willecomme geweest, ende syn vader heeft den voirschreven Conraet meer dan een jaer lanck by hem gehouden.
» Item soe eest gesciet dat Conraet goede sin hadde tôt leeren te scilderen, soe heeft hy synen vader te kennen gegeven diewelcke vader antwoordde dat beter vvare dat hy die penne useren soude, aengezien dat hy daer eene goede handelinge aff begonst te hebben. Niettemin Conraet en liet niet af syn vader te biddene om dieselve const te mogen leeren. Soe est gesciet dat den vader van Conraet hem dat consenteerde mits redenen dat hy daer goeden geest toe creech, want hy altyt soe onderdanich leefde, ende was bemint van vader ende moedere ende van aile syne vriende.
» Soe heeft den vader van (dan ?) Conraet bestaeyt by eenen fynen constenere diewelcke die genaempt es meester Jan Baptista, italiaen ende een ryck man, ende soe heeft Coenraet by den voirscreven meester Jan geleeren scilderen den tyt van viere jaeren, ende Conraet woonde by syn vader ende quam des s’ noenens ende des s’ avonts thuys eten en drincken, ende dede
il séjourne sous le toit paternel durant plus d’une année.
« Se sentant toutefois un vif penchant pour la peinture, Conrad s’en ouvrit à son père. Mieux valait, au gré de celui-ci, s’en tenir au maniement de la plume, où déjà son fils faisait preuve d’aptitude. Pourtant Conrad ne cessait de supplier son père de lui permettre de suivre son inclination, si bien qu’à la longue le père consentit, voyant l’insistance de son fils, d’ordinaire si plein de déférence. Conrad avait d’ailleurs l’affection de ses parents et était aimé de tous.
« Le père fit alors choix d’un maître, très habile [fin] artiste, italien de naissance, Jean Baptista, homme riche, sous lequel, durant une période de quatre années, Conrad apprit à peindre, continuant de résider chez son père et prenant chez lui les repas de midi et du soir. Au logis il s’occupait de ce dont le chargeaient ses parents, tout en servant loyalement son maître, le prédit Baptista, lequel lui témoignait une affection vraiment paternelle.
« Pourtant il se fit que ledit Jean résolut d’abandonner la peinture. Il se trouvait assez riche pour vivre sans travailler ; de plus, il était chargé d’ans. Il alla donc se fixer à Lierre pour y tenir société au seigneur Jean Carie (i). Conrad avait dignement accompli chez lui son terme de trois années (2) et Jean manifestait au père de son élève la satisfaction qu’il éprouvait de la fidélité avec laquelle il avait été servi par
(1) Jean vander Noot, seigneur de Carloo ? Ce seigneur prit une part considérable à l’organisation du coup de main projeté contre le duc d’Albe en i568, l’épisode qui inspira le drame de Patrie , à Victorien Sardou. (C/m Complot contre le duc d’Albe en i568, par le Vicomte de Ghellinck Vaernewyck. Anvers, 1901).
(2) Nous faisons remarquer que l’engagement était de quatre années.
al date hem vader ende moeder belaste, ende diende den voirscreven Baptista wel ende eerlycken in syn werck, soe date Baptista den voirschreven Conraet beminde oft syn sone geweest hadde.
» Soo eest gesciet dat den voirschreven Jan het werk liet varen, want hy goets genoech hadde om opte leven sonder meer te wercken, want hy out van jaren was ende ginck woonen te Liere, om seignor Jan Carie (Carie) te compaignere, so hadde Conraet met hem dry jaeren lanck wel ende eerlycken voldaen,ende den selven meester Jan bedanckte den vader van dat Conraet soe onderdanich ende getrouwelyck gedient hadde, ende begeerde dat Conraet met hem noch tôt Liere soude gaen woonen, maer omdat hy d’ werck liet varen soe bleef Conraet by synen vader ende den vader betaelde meester Jan omdat hy Conraet geleert hadde ; daer es Conraet by synen vader gebleven ende heeft wel ende duechdelycken met vader ende moeder geleeft.
» Soe eest gebuert dat den voirschreven Conraet gesproken heeft meester Anthoni Mor, van Utrecht, een scildere, die selve scildere es van den prince van Spaegnien, ende by den voirschreven Anthoni heeft Conraet hem bestaet te woonen om te scilderen : dieselve meester Anthoni Mor scilder is van mynheere den bisscop van Atrecht. Daer denselven Conraet dagelyx frequenteerde op die camere van Mynheere van Atrecht, van ’s morgens tottenavontbinnen den huyse van Mynheere van Atrecht, ende op de de camere van den prince van Spaegnien, heeft den voirschreven Conraet met synen meester verkeert soe lange als den prince te Brussel hier is geweest, ende den prince van Spaegnien selve is aengesproken heeft menichmael ; ende aile syn baggen, ketenen ende juweelen ende veel costelycke cleederen denselven Conraet bewaert heeft,
ce dernier. Même il exprimait le désir de l’emmener à Lierre, mais comme Jean avait cessé de peindre, Conrad resta chez son père lequel donc s’acquitta envers maître Jean de ses obligations pour avoir dirigé son fils; celui-ci vécut alors sous le toit paternel en parfaite concorde avec ses parents.
» Il se fit alors que Conrad s’étant abouché avec maître Antoine Mor d’Utrecht, peintre au service du prince d’Espagne, contracta un engagement pour habiter chez lui et travailler sous sa direction. Le même maître Antoine est également peintre de Monseigneur l’évêque d’Arras, si bien que journellement, et du matin au soir, Conrad hantait les appartements du dit évêque d’Arras et du matin au soir aussi se trouvait dans son hôtel. Et, en compagnie de son maître, Conrad a fréquenté également les appartements du prince d’Espagne, tant que dura la présence dudit prince en cette ville de Bruxelles. Plusieurs fois même le prince a adressé la parole à Conrad, chargé de la garde de toutes ses bagues, de ses chaînes, de ses joyaux et de ses précieux habits. Maître Antoine a effectivement peint le portrait de l’infant d’Espagne et utilisé, à cet effet, le costume porté par son modèle (i).
» Conrad a fréquenté aussi les appartements de la reine de France et de quantité de grandes dames : duchesses et comtesses dont « ils » firent les portraits et s’est trouvé dans nombre d’aristocratiques demeures, comme celles de Bergues, de Molembaix, la cour impériale, enfin les plus considérables de Bruxelles, où Conrad fut journellement admis; d’où suit que durant toute
(i) Sur ce portrait voir plus loin page 47.
die denselve meester Anthoni geconterfeyt den prins van Spaegnien ende die cleederen oick die hy droech. Ende Conraet verkeerd oick op die camere vanden coninginne van Vranckeryc.by hertoginnen ende gravinnen die sy lieden conterfeyten ; ende in menich groot huys van heeren daer Conraet dagelyx frequenteerde : in ’t huys van Bergen, in ’t huys van Mollenbeys ende op ’t hof van den Keyserlycke Majesteyt, ende in die beste hussen van der stadt van Brussellen, daer Conraet altyt verkeerde Soe dat hy dagelyx en syn leven lanck anders niet dan met eerlycke lieden verkeert heeft. Ende Conraet scheyde van meester Anthoni midts dien hy moeste een reyse doen voor den Keyserlycke Majesteyt in Portegaele, om aldaer den coninck ende coninginne van Portegael te conterfeyten met die kinderen van Portegael, en dat voer den Keyserlycke Majesteyt. Ende soe heeft Conraede eerlycken orloff genomen van meester Anthoni. Denselven meester Anthoni Conraet begeerde in Spaegnen met hem te vueren, maer Conraedt en mocht met hem niet reysen uyten lande, mits redene dat syn vader niet hebben en wilde.
» Soe es Conraet met syn vader comen woonen ende syn vader heeft hem bestaeyt by een jonck geselle, diewelcke genaempt was Hans Maes. Ende Conraet woonde by synen vadere, ende daer hy wel ende eerlycken mede leefde. Ende Conraet was wel bemint van syn vadere ende moeder, ende Conraet met synen meestere dagelyx verkeerde met heeren en princen ende met lieden van eeren. Ende soe es Conraet met orloff ende metten wille van synen vader gesceyden, ende nae Mechelen met synen meester gereyst, aldaer Conraet dagelyx
sa vie il n’a été en relations qu’avec gens honorables et distingués.
» Conrad se sépara de son maître, ce dernier, par ordre de l’Impériale Majesté, devant faire un voyage en Portugal avec mission d’y peindre le roi, la reine et les infants et cela pour Sa Majesté Impériale. Conrad prit alors honorablement congé de maître Antoine (i). Celui-ci eût voulu que son élève l'accompagnât en Espagne, mais Conrad ne fut point autorisé à le suivre à l’étranger, son père s’y opposant.
« Conrad est donc retourné chez son père, et ce dernier s’est alors accordé avec un peintre célibataire, du nom de Jean Maes (2}. Conrad vivait chez son père de la manière la plus correcte et avait toute l’affection de ses parents.
» Chaque jour Conrad, en compagnie de son maître, se trouvait en rapport avec des seigneurs, des princes et gens honorables. De l’assentiment de son père il s’éloigna pour suivre son maître à Malines. Ici encore, en compagnie de ce dernier, il voyait les principaux de la ville et Jean Maes, ayant épousé une jeune malinoise, alla se fixer à Anvers, où, comme ailleurs, Conrad le servit fidèlement. Et à Anvers, également, Conrad fut en relations suivies avec les plus hauts négociants de la ville.
Chez l’ambassadeur du roi d’Angleterre son maître et lui peignirent ledit souverain. Si bien que, durant des mois, Conrad et son maître fréquentèrent la maison de l’ambassadeur, Conrad restant parfois seul dans l’endroit où se conservaient tous les
(1) Nous donnons ci-après le texte du certificat délivré par Moro à son élève.
(2) Au sujet de cet artiste voir ci-après.
oick met die beste van Mechelen frequenteerde met syn meester; soe dat die voirschreven Hans Maes daer een dochter troude tôt Mechelen ende alsoe trocken t’samen t’Antwerpen, daer Hans Maes ginck woonen, ende Conraet bleef hem by wel ende getrouwlycke dienende. Ende Conraet dagelyx oick t’ Antwerpen frequenteerde met die beste cooplieden van Antwerpen als ten huyse van den abbassador van den coninck van Engelant, aldaer sylieden den coninck van Engelant binnen den huyse maecten. Soe dat Conraet met synen meester met maenden lanck geweest es ten huyse van den abbassador van den Coninck van Engelant in eene camere alleen, daer aile die juweelen van den abbassador in waren ; en oick ten huyse van den Foccer, ten huyse van Joris Stecker ende met andere diversse machtige cooplieden.
» So dat Conraet wel ende getrouwelycken t’ Antwerpen geleeft heeft, ende over al met wien dat hy gewoont heeft.
Soe dat men anders niet dan duecht en eere en weet te seggene van den voirschreven Conraet, alsoe dat aile syn meesters t’ seggen sullen, die noch levendich, ende over al waer hy verkeert heeft, ende sullen anders van hem niet dan duecht ende eere weten te seggen metter waerheyt ».
Quels faits étaient reprochés à Conrad Schot? Nous l’ignorons. Son honorabilité et sa bonne foi semblent à l’abri du soupçon d’indélicatesse.
Au surplus, sous la date du 14 novembre i553, Moro lui délivrait un certificat conçu dans les termes les plus avantageux et que voici en traduction :
« Condt ende kinnelycken zy eenen jege-
lycken hoe meester Anthoni Mor, geboren « A tous et à chacun soit déclaré que van Utrecht, woonende alhier binnen der maître Antoine Mor, natif d’Utrecht,
(1) Les Stecker représentaient à Anvers les Fugger.
joyaux du diplomate. Il a fréquenté aussi la maison Fugger, chez Georges Stecker(i), enfin chez quantité d’autres grands négociants d’Anvers.
« Ainsi donc à Anvers comme partout ailleurs Conrad s’est comporté honorablement et loyalement avec tous ceux qu’il a connus. On ne peut conséquemment rien lui imputer qui soit contraire à l’honneur et à la vertu, ce que peuvent attester ses maîtres encore vivants et confirmer, au nom de la vérité, les personnes des divers lieux où il a séjourné ».
stadt van Brussele, wesende schilder van de Keyserlycke Majesteyt, verclaert dat Conraet Schotte van Brussele, met hem woonde omtrent onderhalven jaer het ambacht van schilderen geleert heeft, wesende altyt van goeden naeme ende famé ende dagelyx converserende met my Anthoni voorgenoemde, in ’t hoff van den Keyserlycke Majesteyt ende op de camere van den prince van Spaenjen, ende op de camere van mynheeren van Atrecht, ende voirts in andere groote edele heeren huysen ; so dat die voirschreven Conraet altyt levende eerlycken ende tamerlycken met eenen jegelycken, alsoe een goet geselle schuldich es ende behoirt te doene, ende dat men van hem noyt gheoirt en heeft gehadt ofte en weet te seggene dan duecht ende eere, aile dwelck de voorschreven meester Anthoni verclaert als vrient selve altyt te willen by synen eede als hy met recht daertoe versocht werde te afiimeren. Ende des ’t oirconden soe hebbe ick myn gewoenlyck handteeken hieronder gestelt opten vierthiensten dach in november in ’t jaer Ons Heeren XVe en LUI.
Antonius Mor ».
habitant la ville de Bruxelles, peintre de S. M. Impériale, atteste que Conrad Schot, de Bruxelles, a séjourné chez lui l’espace d’un an et demi environ pour s’initier à la peinture; qu’il a toujours été de bonne fâme et, en ma compagnie, a fréquenté journellement la cour de S. M. Impériale, les appartements du prince d’Espagne et de Monseigneur d’Arras également de grandes et nobles maisons ; qu’il s’est toujours comporté de manière honorable, agissant envers tous comme il sied à un bon compagnon ; que jamais il n’a été articulé à sa charge aucun fait contraire à l’honneur et à la vertu, ce que le prédit maître Antoine est prêt à confirmer sous serment.
En foi de quoi j’appose ci-dessous mon seing habituel, le 14 novembre de l’an de grâce XVe et LUI.
Antoine Mor. »
Le même jour Jean Maes, le maître que Schot avait suivi de Malines à Anvers, faisait, par devant les échevins de la première de ces villes, une déclaration conçue en termes presque identiques et tout en faveur de son ancien élève :
« Nous bourgmestre, échevins et conseillers de la ville de Malines, à tous ceux qui les présentes verront ou ouïront, Salut. Au nom de la vérité, certifions que ce jour a comparu devant nous Jean Maers (sic), peintre et bourgeois de cette ville, âgé d’environ trente ans, lequel, la main levée et invoquant les saints, a déclaré et affirmé sous serment que Conrad Schotte, de Bruxelles, habitant chez lui depuis environ quatre ans, a appris le métier de peintre et s’y est perfectionné, en a acquitté les droits et est de bon renom,
vivant honnêtement comme il sied à un bon compagnon. Qu’on n’a articulé jamais à sa charge aucune chose contraire à l’honneur et à la vertu. En foi de quoi nous avons appendu aux présentes le sceau de la ville de Malines, le 14e jour de novembre i553 >» (1).
Pas plus à Malines qu’à Anvers le nom de Conrad Schot n’apparaît dans les sources artistiques. Il n’en est pas de même de celui de Jean Maes. Inscrit à la Gilde anversoise de Saint-Luc en i55o, comme fils de maître, il obtient, le 8 octobre, cette faveur singulière de pouvoir passer sa nuit de noces à Malines, « tout en conservant la qualité de bourgeois d’Anvers » (2). Pourtant il était fixé à Malines en i553 et y appartenait alors à la nation des peintres (3).
Le mémoire de son élève nous le fait connaître comme le principal des auxiliaires de Moro et comme s’étant acquis à Anvers une vogue assez sérieuse en qualité de portraitiste. Il avait notamment, on l’a vu, en compagnie de Schot, beaucoup fréquenté chez l’ambassadeur d’Angleterre et même exécuté pour le diplomate un portrait d’Edouard VI.
Faute de connaître cette peinture, sans doute pourrait-il
(1) Wy commoingsmeester, scepenen ende raedt van der stadt van Mechelen, allen denghene die dese letteren zulen zien ofte hooren lesen, Saluyt. Met kennissen der waerheyt, doen te wetene dat opten dach van heden, voer ons gecomen is J an Maers, schilder ende poorter deser stede, omtrent xxx jaeren oudt ende heeft met opgerechten vingeren lyffelyck aen den heyligen zwerende, verclaert ende geaffirmeert dat Conraet Schotte, van Bruessele, met hem woonende omtrent vier jaeren het ambacht van schilderen geleert ende volleert heeft, ende desselfs ambacht rechten voldaen, wesende altyt deselve Conraet van goede name ende famé, converserende ende levende eerlyck ende tamelyck met eenen jegelycken alsoe een goet geselle schuldich is ende behoirt te doene, ende dat men van hem noyt gehoirt en heeft gehadt of en weet te seggene dan duecht ende eere... (Op den XIIITe dach in november in ’t jaer ons Heeren XVe LUI. (Bibliothèque royale, Papiers d’Alexandre Pinchart, comme les pièces précédentes.)
(2) Rombouts et Van Lerius : Les « Liggeren » etc. T. I, p. 171.
(3) Neefs : Histoire de la Peinture et de la Sculpture à Malines. T. I, p. 284. Il avait épousé Agnès Ghysmans. Veuf en i56i, il retourna se fixer à Anvers en 1566-67, étant sous le coup de poursuites du chef d’hérésie.
être aventureux de la vouloir identifier avec l’effigie en pied du jeune roi, passée de la collection Secrétan au Musée du Louvre, où elle figure à tort, dans tous les cas, comme l’œuvre personnelle de Moro.
Quoi qu’il en soit, parmi les détails que nous venons de recueillir figure la très précieuse information qu’avec Conrad Schot et Jean Maes, d’autres participaient aux travaux de notre fameux portraitiste. Nul doute qu’ils n’eussent été occasionnellement appelés aussi à travailler, sous la direction de leur maître, à la production de copies nécessairement très recherchées des œuvres de ce dernier. De quoi expliquer, de la manière la plus naturelle, la fréquente rencontre de plusieurs exemplaires d’un même portrait de Moro, sans parler de créations nombreuses où apparaît son style et que pourtant le connaisseur hésite à lui attribuer.
L’observation s’applique surtout aux portraits de personnages royaux, destinés, comme de juste, à être fort répandus.
Quant au peintre italien «Jean Baptiste», à défaut de ses œuvres, nous n’avons pu trouver sur lui que les très sommaires informations résultant des passages reproduits des lettres de Jean Baudewyn, le fabricant tapissier bruxellois, et des déclarations de Conrard Schot. M. Stockmans, archiviste à Lierre, n’a pu rien nous procurer à son sujet.
Relativement à Schot Pinchart mentionne qu’il avait pour beau-frère l’orfèvre Jacques Coygnet, né à Anvers et habitant Malines.
D’après Pinchart, aussi, il eut pour élève son neveu Hans Broeyaerts, de Bruxelles, âgé de i5 ans, fils de feu Luc et de Marguerite « Schots ». Pas plus que le nom de Schot celui de Broeyaerts n’apparaît dans la liste des peintres bruxellois.