‹ Antonio Moro, son œuvre et son tempsChapitre 23 sur 46 · A° M. D. LX · texte numérisé non relu

A° M. D. LX

L’œuvre est donc votive et antérieure de deux ans à la mort du chanoine; elle décorait, paraît-il, sa tombe à Sainte-Marie d’Utrecht.

Ce ne serait point l’unique effigie du maître par son illustre élève ; nous n’avons pas eu l’occasion de voir les autres. En effet, le beau portrait de « l’Homme au gant, » de la galerie de Brunswick, aurait, selon M. de Loga, été envisagé erronément par nous comme reproduisant les traits de Jean van Scorel. S’il y a identité d’attitude avec le portrait gravé dans la galerie des peintres de Lampsonius, il n’y a pas identité de personne. L’homme représenté dans la belle création de Brunswick serait un docteur de l’université d’Oxford, ce qui ferait l’œuvre contemporaine du séjour de son auteur en Angleterre. Le morceau est d’ailleurs fort remarquable mais passablement froid d’effet et d’exécution, (i)

Datés de i56o, remarquables par leur vigueur autant que par leur modelé précis, sont trois portraits en buste de membres de la famille De Moor, appartenant à M. le chevalier Victor de Stuers, à la Haye. Le premier, porteur d’une forte barbe, fait songer, par l’éclairage et le style, au portrait de Moro lui-même. Il est désigné, au revers du panneau, comme Jacques De Moor,

(i) Il existerait, comme pendant à ce portrait, une effigie féminine, dans une collection allemande. Celle-ci, datée de i567, représenterait une dame âgée de 44 ans.

père de Jacques, époux d’Elisabeth Ruysschenberg (i). Le même personnage se retrouve dans un magnifique portrait, appartenant à M. le chevalier Alph. de Stuers, à Paris.

La troisième effigie, celle d’un jeune homme roux à moustache naissante, porte, dans le coin supérieur à droite, le millésime i56o. L’inscription placée au revers du panneau, outre le nom et le prénom de l’autre personnage et de son épouse Elisabeth Ruysschenberg, désigne ces derniers comme ayant eu pour fils Bernard van Ruysschenberg, époux de Claire vande Capelle, sans doute le jeune homme représenté (2).

Attribués à Moro, pouvant être aussi par A. T. Key, datés de i56i, nous rencontrons au musée de Carlsruhe, les portraits, excellents, d’un jeune couple non désigné. Les conjoints sont vus jusqu’aux genoux et tous deux de face. Ils appartiennent à la bourgeoisie et sont âgés respectivement de 33 et de 21 ans, d’après les inscriptions. Les deux oeuvres sont d’ailleurs tout à fait remarquables et sans vouloir les assigner formellement à Moro, nous ne voudrions non plus les lui retrancher sans hésitation.

Dignes, au surplus, du maître, au simple point de vue artistique, ces effigies, comme les précédentes, sans doute créées dans l’intimité et pour l’intimité, tendraient à nous montrer leur auteur se retrempant, au milieu des siens, des fatigues et des périls de ses pérégrinations lointaines.

Pourtant, s’il avait rêvé de mettre un terme à son rôle officiel, les événements n’allaient point tarder à l’arracher aux

(1) Haut. 0,455 ; larg. o,355. M. Moes, en mentionnant ce portrait dans son Iconographia Batava, ajoute qu’il appartenait, en 1738, à Lucas van Vorst.

(2) Haut. 0,255 ; larg. o,23o. Cette peinture, ainsi que la précédente, procède de la vente Huydecoper, à Amsterdam (20 oct. 1880). M. Vict. de Stuers, en nous donnant ce renseignement, ajoute qu’à la même vente figurait un autre portrait de Jacques De Moor (1539-1599) attribué à P. Pourbus. Il fut acquis par M. C. Schôffer, d’Amsterdam.

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