‹ Antonio Moro, son œuvre et son tempsChapitre 24 sur 46 · JACQUES DE MOOR · texte numérisé non relu

JACQUES DE MOOR

(Galerie de S. E. le chev. Alph. de Stuers, Paris.)

GUILLAUME DE NASSAU (le Taciturne) (?)

(Musée royal, La Haye.)

douceurs de la vie de famille. Philippe II, en reprenant le chemin de l’Espagne, avait remis le gouvernement des Pays-Bas à sa sœur consanguine, Marguerite de Parme. Il avait tenu à la présenter en personne aux Etats Généraux réunis à Gand, l’ayant choisie, disait-il, « pour lui être si proche de sang et pour la singulière affection quelle avait toujours portée aux Pays-Bas où elle était née, avait été nourrie et savait toutes les langues »>.

Près d’elle, comme ministre et régulateur, en quelque sorte, restait l’évèque d’Arras, appelé bientôt à porter le titre de cardinal, le tout-puissant Granvelle. Par le fait même allaient se renouer les relations de Moro avec la cour. S’il conservait à Utrecht son quartier général, le centre de son activité redevenait ainsi Bruxelles.

Entre les œuvres de cette époque de la carrière du maître, figure un très intéressant portrait d’homme signé : Antonio Moro ftingebat i56i, passé de la collection Secrétan au musée de La Haye. Le personnage, vu à mi-corps et de trois quarts, est vêtu d’un justaucorps gris laissant voir, par ses taillades, un vêtement de dessous de soie jaune, épais et très ouvragé. Au cou, une chaîne d’or à plusieurs tours.

On a vu dans cette tête grave et songeuse, où marque à peine une barbe follette, un portrait de Guillaume d’Orange âgé de trente ans. C’était donc l’année de son malchanceux mariage avec Anne de Saxe.

Rien ne semblerait plus normal que de voir le Taciturne recourir encore, en cette circonstance, au plus fameux portraitiste des Pays-Bas, pour créer, non seulement sa propre effigie, mais celle de sa nouvelle épouse. A défaut d’un portrait en peinture de la princesse, il existe un portrait d’Anne de Saxe, gravé par Houbraken, d’après un original de Moro, selon l’inscription. On peut inférer de là qu’en fait notre peintre fut appelé à l’honneur de tracer les effigies de l’illustre couple.

Comparaison faite avec le portrait du musée de Cassel, les auteurs du catalogue du Mauritshuis, en dépit de certains carac-

tères de similitude, abandonnent l’identification première du personnage. La couleur des yeux, d’autres particularités ne leur paraissent pas d’accord avec la présomption. L’absence de la Toison d’or nous semble avoir, cette fois, de quoi surprendre. A ce moment de sa carrière, Guillaume n’avait aucune raison de répudier un insigne dont les titulaires jouissaient de hautes prérogatives, sans compter que le crédit du prince d’Orange à la cour de Marguerite de Parme était, pour l’heure, considérable. Au mois de novembre i565, lors du mariage d’Alexandre Farnèse avec Marie de Portugal, le prince d’Orange était au nombre des plus hauts personnages ayant pris part aux joutes de Bruxelles. Même il y conduisait une quadrille de douze gentilshommes, dont était le jeune Farnèse.

S’il faut nous résigner à laisser sans nom l’individu représenté, nous ne saurions douter qu’il s’agit d’un personnage de haute situation, ne pouvant être confondu avec la masse de ceux que le hasard procurait pour modèles au grand portraitiste.

Granvelle, en dépit d’une impopularité croissante, voyait grandir son pouvoir. Pour la plus large part il était l’inspirateur des actes de la régente. Devenu, grâce à sa haute influence, archevêque de Malines, ensuite cardinal (i56i), le luxe de son train de maison indignait l’aristocratie (i). Mais, il faut le dire, la protection éclairée qu’il accorda aux arts et aux lettres, permet de l’envisager comme un véritable mécène. Sans conteste l’artisan de la fortune de Moro, il semblait se complaire à faire naître les occasions d’utiliser son pinceau.

Si le peintre ne nous a point laissé d’autre portrait du prélat que celui de 1549, tout concourt à prouver que, même après sa fugue, il avait gardé l’entière faveur de son patron. Dans la série,

(i) Sa maison de plaisance de la Fontaine ou <. Petit château », aux portes de Bruxelles et dont quelques vestiges subsistent, était réputée pour la splendeur de ses jardins.

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