CHAPITRE V
délivrance d'Antonio Perez est devenue indispensable; renvoyez-le sans délai et avec précaution dans la prison des Manifestados 1 . » 11 leur appril en même temps que le peuple avait saisi et blessé le marquis d'Almenara. Cette fois, l'opiniâtreté de Molina fléchit. Perez et Mayorini furent remis, vers cinq heures du soir, entre les mains du vice-roi et des comtes d'Aranda et de Morata. Mais, en se dessaisissant d eux, les inquisiteurs ne renoncèrent pas a leurs poursuites, et ils recommandèrent qu'on les gardât avec soin, et que la prison du royaume fût pour eux comme la prison du sainloflice*.
Dès que le peuple aperçut les prisonniers, il poussa un grand cri de joie. On les plaça dans un carrosse ; mais, comme Perez n'y était pas a la portée de tous les regards, le vice-roi lui dit de se tenir debout, afin que chacun pût le voir et s'assurer qu'il était Ta 3 . Ce fut pour Perez une vraie marche triomphale de l'Aljaferia a la prison des Manifestados. La foule le suivait en faisant éclater son allégresse; elle se pressait autour de lui et criait : « Seigneur Antonio Perez, lorsque vous serez en prison, montrez-vous trois fois par jour a la fenêtre, pour que nous vous
1 « El bolbcr à Antonio Perez es tanta fuerça como se vee m\ mas dilacion, vuestras mercedes le buelban, con seguridad que entre en la carcel de los Manifestados. » (Collcct. Llorente, vol. XIII, 1. 1, fol. 80.)
•Atf. l M.81.
3 « El vircy hiz6 que Antonio Perez fuesse en pié en cl cocbc, de suerte que fuesse visto de todos, y desta rnanera lue hasta la carcel de la Manifestacion. » [Proceso, ms.)
voyions et qu'ainsi on ne fasse aucune brèche a nos libertés et a nos fueros 1 » Dès que Perez eut été replacé sous la garde du justicia mayor, l'insurrection s'apaisa.
1 « Y por el eamino le iban tliciendo : « Senor Antonio Perez, qnando « estubieres en la earcel, très veces el dia os poned en la venlana, para <c que os veamos, p orque no nos hagan algun agravio, de suerle que « se quiebren las nueslras liberlades y fueros. » [Procew, nis.)