CHAPITRE VII
bourreau Juan de Miguel, qui fut pendu par son aide. Plus tard, don Juan de Luna ayant été arrêté, et don Diego de Heredia, Francisco Ayerbe, Dyonisio Perez de San Juan, s'étant laissé prendre dans une expédition qu'ils tentèrent sur la frontière d'Aragon avec quelques Béarnais, furent conduits et décapités a Saragosse 1 . La tête de don Juan de Luna, qui avait été député du royaume, fut clouée a la porte du palais de la députation, et celle de don Diego de Heredia le fut a la porte du pont de la ville 8 , où elles restèrent durant tout le règne de Philippe 11. Neuf ou dix habitants de Terruel, qui s'étaient associés a l'insurrection de Saragosse, furent pendus et coupés en quartiers, et d'autres condamnés aux galères 5 . La vengeance royale ne s'arrêta point la. Après avoir procédé a la confiscation des biens des condamnés, interdite par les fueros, prescrit la démolition de leurs châteaux et de leurs maisons, qu'on rasa jusqu'à terre, multiplié les arrestations, et rendu les fuites plus nombreuses encore que les arrestations 4 , Philippe 11 publia une amnistie générale ressemblant fort a une proscrip-
1 Argensola, cap. l, li et ui, p. 149 à 162.
' (La cabeza de don Diego de Heredia fuc clavada sobre la puerlu de la puente; la de don Juan de Luna sobre la puerta de la deputacion. » [Ibid., p. 162.)
3 a El licenciado Covarrubias. . . mandô ahorcar y hacer cuartos nueve 6 diez hombres (de Teruel) que hallô mas culpados y a otros eebar a galeras. » (Ibid. f cap. xlvii, p. 144.)
* Relacioms, p. 157, 160. — Llorente, Histoire critique de l'inquisition, t. III, p. 392.)
tion, tant il y avait de personnes de tout âge qui s'en trouvaient nominativement exclues. Dans cet acte d'une clémence hypocrite, donné le 24 décembre 4592, il rappelait les troubles qui avaient éclaté en Aragon au mépris de son autorité et du service de Dieu, l'audace criminelle avec laquelle on avait marché contre son armée et les bannières royales; il vantait la grande bénignité qu'il avait montrée dans le châtiment des coupables, qu'il aurait pu frapper en nombre plus considérable, puis il ajoutait :
« Prenant en grande considération la fidélité de ceux de notre royaume d'Aragon, voulant pardonner aux méchants a cause des bons, usant de cette clémence et de cette douceur naturelles qui sont si conformes a notre inclination ; désirant, à cause de l'amour que nous portons a notre royaume d'Aragon et a tous ses habitants, recevoir et replacer dans notre grâce et notre affection ceux qui ont failli et qui nous serviront, nous en avons la confiance, avec leur ancienne fidélité ; nous rappelant d'ailleurs les devoirs qu'ont les princes d'imiter Dieu, Notre-Seigneur, qui nous pardonne tant de péchés; considérant, en outre, que la plupart de ceux qui se sont mêlés aux troubles et séditions passés ont été entraînés par de fausses persuasions, par la violence, la crainte, l'imprévoyance et la fragilité humaines, nous avons décidé et résolu, de l'avis, avec l'assentiment et après la délibération de notre conseil suprême d'Aragon, d'accorder notre présente grâce et