‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 130 sur 191 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

s'en faire relever publiquement un cierge a la main, le jour de Yauto-da-fé solennel. Perez fut en tête des condamnés. On avait entendu des témoins contre ses croyances, ses mœurs, ses actes, ses desseins, son origine même. Afin de lui attribuer un penchant héréditaire a l'hérésie, le fiscal de l'inquisition avait cherché a prouver qu'il était arrière-petit-fils d'un Antonio Perez d'Ariza, juif converti et brûlé à Calatayud avec son frère, comme ayant judaïsé après leur conversion. 11 n'en était rien. Gonzalo Perez, secrétaire d'État de Charles-Quint et père d'Antonio Perez, était fils de Barthélémy Perez, natif de Monreal d'Aragon, secrétaire des séquestres du saintoffice de l'inquisition de Calahorra. Sa descendance était noble. C'est ce que des dépositions précises et respectables établissaient, et ce qui fut plus tard mis hors de doute par des actes authentiques 1 ; mais ces dépositions furent rejetées par les inquisiteurs, auxquels il convenait mieux de s'appuyer sur des témoignages vagues et menteurs, qu'ils avaient eu soin de provoquer et qu'ils avaient cependant obtenus à grand'peine. Les autres faits qui servirent à motiver la condamnation de Perez ne furent pas mieux démontrés ou plus graves. La sentence portée le 7 septembre 1592, par le saint-office d'Aragon, fut confirmée le 13 octobre par le conseil de la suprême inquisition à Madrid. Après avoir longuement raconté les insurrections suscitées par Perez

4 Llorente, Histoire critique de V Inquisition, t. 111, p. 347 à 351 et 367 à 369.

en Aragon, rappelé ses trahisons comme secrétaire d'État, énuméré les propositions blasphématoires et malsonnantes , les assertions fausses et offensantes avancées par lui contre Dieu et contre le roi ; soutenu qu'il avait eu le projet d'extirper l'inquisition, et que c'était par attachement pour M. de Vendôme (Henri IV) qu'il avait troublé l'Aragon et y avait fait venir une armée de luthériens ; l'avoir déclaré suspect du crime contre nature ; avoir prétendu qu'il vivait en France comme un hérétique, entendant les prières des huguenots et communiant avec eux, les inquisiteurs le condamnaient a être brûlé en effigie, par leur sentence, qui se terminait ainsi :

« Le nom du Seigneur invoqué,

« Nous devons déclarer et nous déclarons

Antonio Perez convaincu d'être un hérétique fugitif et obstiné, fauteur et protecteur d'hérétiques, ayant dès lors encouru l'excommunication majeure sous laquelle il demeure lié, et la confiscation de ses biens, que nous ordonnons d'appliquer a la chambre et au lise de Sa Majesté... Nous remettons la personne dudit Antonio Perez. si on peut s'en saisir, à la justice et au bras séculier, pour être exécutée sur elle la punition qui est requise de droit en cas semblable ; et, comme pour le présent la personne dudit Perez ne peut être appréhendée, ordonnons qu'en

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