CHAPITRE VIII
rester plus longtemps en Espagne, bien qu'il s'y sentît retenu par un amour involontaire de la patrie et par les chers otages qu'il y laissait. « Il attendait toujours, dit-il en parlant de lui-même, pour voir si la raison ne reprendrait pas quelque force, et si Dieu n'ouvrirait pas les yeux de l'esprit a celui qui pouvait tout arranger. 11 était comme un chien d'un naturel iidèle, qui, battu et maltraité par son maître et par ceux de la maison, ne sait pas s'éloigner des murailles de sa demeure 1 . » A la lin il fallut s'y décider. 11 envoya donc, le 18 novembre, son libérateur et son ami Gil de Mesa a Pau, avec la lettre suivante, adressée à la princesse Catherine de Bourbon :
« Sérénissime Dame ,
« Antonio Perez se présente a Votre Altesse par le moyen de cette lettre et de la personne qui la porte. Madame, comme il ne peut exister ici-bas de lieu si caché et si retiré où ne soit parvenu le bruit de mes persécutions et de mes aventures, il est probable que, par suite de ce retentissement, la connaissance en sera arrivée jusqu'à des régions aussi élevées que celles où Votre Altesse réside. Ces persécutions sont telles et elles durent depuis si longtemps, qu'elles
4 « Yva se entre Icniendo por ver si recobrava alguna i'ucrza la razon, y si abria Dios los ojos del enlendimiento â quien lo podia reniediar : y como perro de fidelidad nalural, que, apaleado y mal tralado de su sefior 6 de los de su casa no sabe apartarse de sus paredes. » (Relaciones, p. 163, 164.)
m'ont réduit a la plus impérieuse et absolue nécessité, pour ma défense et ma conservation naturelles, de chercher un port où je pusse sauver ma personne et la mettre a l'abri de cette mer pleine de tempêtes que soulève, avec tant de furie et depuis tant d années contre elle, la passion de certains ministres, ainsi que cela est notoire au monde entier. Raison suffisante, Madame, pour croire que j'ai été, comme une borne, a l'épreuve du marteau et de tous les chocs possibles. Je supplie Votre Altesse de me donner sa protection et un sauf-conduit qui me fasse parvenir au but que je poursuis, ou, si elle le préfère, de m'accorder son appui et un guide pour pouvoir passer en toute sûreté près de quelque autre prince de qui je puisse recevoir le même bienfait. Votre Altesse fera là une chose digne de sa grandeur. »
Il terminait cette lettre par des expressions fort recherchées, a l'aide desquelles il espérait tout au moins provoquer sa curiosité, en se présentant à elle comme une de ces monstruosités de la fortune capables d'exciter 1 etonnement et dignes d'obtenir la sympathie du genre humain 1 .
La princesse Catherine répondit que Perez serait le bienvenu en Béarn, et qu'il pourrait librement y rester, y passer, y traiter de ses affaires et y vivre dans sa religion. Avant d'avoir reçu celte réponse, Perez fut obligé de quitter le château de don Martin
4 Rrlaciones, p. 165, 166.