‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 136 sur 191 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de la Nuza. Trois cents hommes avaient paru a Sallent, et ils devaient, d'après des avis certains, arriver le matin du 24 novembre dans le château même où il avait trouvé un asile 1 . Il partit dans la nuit du 23 au 24, et, suivi de deux lacayos, il franchit les montagnes. « La neige des Pyrénées, dit-il, le reçut favorablement, et fut comme l'abri le plus naturel qu'il pût avoir en ce temps. 11 marchait avec si grande peine, a cause de la délicatesse de sa complexion, et parce que ses souffrances avaient amoindri ses os, fatigué son corps et son âme, qu'il fallait le porter à bras dans certains passages élevés, et, dans d'autres, mettre les manteaux sur la glace pour qu'il pût y marcher*. » Enfin, le 26 novembre, il arriva heureusement k Pau, où la princesse Catherine l'accueillit avec un empressement auquel la politique avait autant de part que la compassion 8 .

Lorsqu'il fut parvenu sur la terre étrangère, Philippe II, déconcerté dans sa vengeance, et craignant, d'ailleurs, le mal que la présence et les divulgations de Perez pourraient lui faire en Europe, essaya de

1 Relacione8, p. 167.

* a La nieve de los Pyreneos le recibiô gratamente, y con abrigo mas que nalural de aquel tiempo. Caminava con lanlo Irabajo, por ser hombre delicado , y tenerlc los trabajos muy adelgazados los huessos, y muy fatigada la pcrsona cxterior y intcrior, que era menester passarlc en braços muchos passos de los elados, y en otros ecliar las capas sobre los yelos por donde pisasse. » [Ibid., p. 167,168.)

* Ibid.

le ramener en Espagne en le trompant. 11 espéra, sans doute, que sa femme et ses enfants pourraient servira l'attirer dans ce nouveau piège. Don Martin de la Nuza, en sortant de Sallent et en se jetant sur le territoire de France, avait eu, sur la ligne même de la frontière, un entretien avec les chefs de la bande qui cherchait Perez. A la suite de cet entretien, il se rendit k Pau pour proposer a Perez, de leur part, un accord dont ils promettaient la fidèle observation en leur nom, au nom du roi, du viceroi, de don Alonzo de Vargas et des inquisiteurs 1 . Perez répondit qu'il écouterait de bon gré ces propositions, pourvu qu'elles fussent faites de bonne foi, et que, selon ce qu'on offrirait, il répondrait 8 . Don Martin de la Nuza ne revint plus; mais, le 1 er janvier 1592, Thomas Perez Rueda, qui avait secondé sa première évasion, lui écrivit pour rengager à s'entendre avec le roi, dans l'intérêt de sa famille et dans celui du royaume d'Aragon, sur lequel commençait k s'appesantir la main de Philippe II 3 . Perez lui répondit aussitôt :

« J'ai reçu hier la lettre de Votre Seigneurie, du premier jour de cette année. Cette lettre m'a touché l'âme, Votre Seigneurie peut m'en croire, car j'ai, dans le monde, la réputation d'aimer ceux qui m'ai-

* Relaciones, p. 169, 170.

* Ibid., p. 170.

s Llorente, Histoire de l'inquisition, t. III, p. 343.

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